7 ans sans Conseil des ministres : le Cameroun en errance
CAMEROUN :: POINT DE VUE

7 ans sans Conseil des ministres : le Cameroun en errance

Le Cameroun n'a pas eu de Conseil des ministres depuis le 16 janvier 2019. Sept ans d'absence qui interrogent : qui gouverne vraiment le pays ? Plongée dans les coulisses d'une gouvernance informelle et d'un régime à bout de souffle. 

Le 16 janvier 2019, Paul Biya présidait son dernier Conseil des ministres. Sept ans plus tard, le Cameroun fonctionne sans feuille de route, sans direction, sans agenda un pays livré à l'informel et aux guerres de clans.

Sept ans plus tard, l'encre du stylo a séché. La feuille de route n'a jamais été rédigée. Et le Cameroun est entré dans l'informel un fonctionnement aussi obscur que lugubre, selon les mots du Dr Richard Makon.

Depuis le 16 janvier 2019, aucun Conseil des ministres n'a été convoqué. Un record sinistre parmi tant d'autres, qui interroge : qui gouverne vraiment le Cameroun ?

Le 16 janvier 2019 : un conseil qui devait tout changer

Ce mercredi 16 janvier 2019 restera dans les annales comme une date clé du régime Biya. Ce jour-là, le président de la République convoque un Conseil des ministres au Palais de l'Unité, douze jours après la formation du gouvernement Dion Ngute.

Un seul point à l'ordre du jour : la « communication spéciale du chef de l'État ». Paul Biya y exhorte l'équipe Dion Ngute à « déployer les efforts nécessaires pour assurer un meilleur accueil aux investisseurs » et à considérer le programme économique, financier et culturel du Cameroun pour 2019 comme une « feuille de route ».

Le Premier ministre Joseph Dion Ngute, à la sortie du conseil, déclare : « Le président de la République, chef de l'État, vient de nous tracer sa feuille de route ».

Sauf que cette feuille de route n'a jamais été écrite.

Sept ans de silence

Depuis le 16 janvier 2019, Paul Biya n'a plus convoqué de conseil ministériel. Pas un seul. Cette absence, qui dure depuis plus de sept ans, est un fait inédit dans l'histoire politique récente du Cameroun.

Le conseil des ministres est pourtant un outil essentiel de gouvernance. Il permet au chef de l'État de réunir ses ministres pour discuter des politiques publiques, coordonner les actions gouvernementales et prendre des décisions stratégiques.

Son absence prolongée laisse planer un doute sur la manière dont les décisions sont prises et mises en œuvre au sein de l'exécutif camerounais.

Un gouvernement en errance

Le gouvernement de Joseph Dion Ngute, formé le 4 janvier 2019, est aujourd'hui le plus long de l'histoire du Cameroun. Sept ans sans remaniement significatif, sans nouvelle feuille de route, sans direction claire.

« L'équipe gouvernementale actuelle, dirigée par le Premier ministre Joseph Dion Ngute, a été formée le 4 janvier 2019. Sept ans plus tard, cette longévité exceptionnelle a même suscité l'ironie des internautes camerounais qui ont "célébré" son anniversaire, rappelant au passage qu'aucun conseil des ministres n'a été tenu sous la présidence de Paul Biya durant cette période ».

Certains ministres cumulent jusqu'à 21 ans de fonction ministérielle, symbole d'une gouvernance marquée par l'immobilisme.

L'informel : le nouveau mode de gouvernance

Sans Conseil des ministres, comment le Cameroun est-il gouverné ?

Selon le Dr Richard Makon, les orientations et instructions présidentielles transiteraient dorénavant par des « canaux de fortune » : les proches collaborateurs du président, sa famille, ses amis. Les affaires courantes et la coordination gouvernementale seraient assumées par le Secrétaire général de la Présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, et accessoirement le Premier ministre.

Cette analyse rejoint celle de nombreux observateurs. Certains estiment que cette situation reflète un style de gouvernance centralisé, où les décisions sont prises par un cercle restreint, sans consultation large des ministres concernés.

D'autres analystes soulignent que Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, privilégie d'autres canaux de communication et de décision, tels que des réunions informelles ou des directives directes aux ministres.

Mais le résultat est le même : un pays gouverné dans l'ombre, sans transparence, sans débat collégial, sans véritable coordination gouvernementale.

Les conséquences d'une gouvernance absente

Cette situation a des conséquences concrètes. Le Cameroun fait face à de nombreux défis : la lutte contre Boko Haram dans le Nord, la crise dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, les difficultés économiques.

« L'absence de conseil ministériel depuis six ans pourrait expliquer, en partie, les retards dans la mise en œuvre de certaines réformes et les difficultés à répondre efficacement aux attentes des citoyens ».

En janvier 2026, le pays restait paralysé par l'attente d'un remaniement gouvernemental annoncé comme « imminent » par Paul Biya dans son message du 31 décembre 2024. Plus d'un an plus tard, rien n'a changé.

Les caisses sont vides, la succession fait rage

Le constat du Dr Richard Makon est sans appel : « L'avenir est obscur, les affrontements de la succession font rage, le pays est ruiné, les caisses sont à sec, et nous sommes dorénavant obligés d'implorer les bailleurs de fonds pour pouvoir boucler notre modeste budget. »

Cette analyse rejoint les préoccupations de nombreux Camerounais. L'inflation galope, l'insécurité augmente, et quatre des dix régions du pays subissent de plein fouet une crise sécuritaire persistante.

Dans les ministères, l'atmosphère est devenue oppressante. Les membres du gouvernement vivent un calvaire moral et psychologique, ne sachant qui sera reconduit ou remercié. Tout semble figé : les décisions sont reportées, les regards se tournent vers une succession qui s'annonce chaotique.

Un tambour qui va bientôt se percer

Le Dr Richard Makon conclut sa chronique par une métaphore : « Heureusement, lorsqu'un tambour résonne déjà trop fort, cela signifie qu'il va bientôt se percer. »

Une manière de dire que le régime de Paul Biya, après 43 ans de pouvoir, approche de son terme. L'absence de Conseil des ministres n'est pas un détail technique c'est le symptôme d'un système à bout de souffle, d'un président qui a physiquement et politiquement abandonné son pays.

La question n'est plus de savoir si le tambour va se percer, mais quand.

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