Ahidjo a quitté le pouvoir à 58 ans, Biya s'accroche à 94
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Cameroun - Ahidjo a quitté le pouvoir à 58 ans, Biya s'accroche à 94

Ahmadou Ahidjo a quitté le pouvoir à 58 ans, épuisé. Paul Biya, à 94 ans, s'accroche après 44 ans de règne. Les confidences de Germaine Ahidjo éclairent ce contraste saisissant entre deux visions de la gouvernance. 

Le 4 novembre 1982, Ahmadou Ahidjo, 58 ans, démissionnait après 22 ans de pouvoir, fatigué et lucide. Quarante-quatre ans plus tard, Paul Biya, 94 ans, s'accroche au fauteuil. Les confidences de Germaine Ahidjo éclairent ce contraste historique.

Aujourd'hui, Paul Biya, 94 ans, cumule 44 ans de pouvoir soit deux fois plus qu'Ahidjo. Il est absent du Cameroun depuis le 7 juin 2026, une absence record de 63 jours. Il n'a plus convoqué de Conseil des ministres depuis 2019. Et pourtant, il s'accroche.

Que révèle ce contraste sur deux visions du pouvoir ?

Le 4 novembre 1982 : une démission qui stupéfie le Cameroun

Ce jeudi 4 novembre 1982 restera à jamais gravé dans les mémoires. Ahmadou Ahidjo, le « bâtisseur de l'État camerounais », le Louis XI d'Etoudi, annonce sa démission. L'effet est « celui d'un coup de tonnerre en pleine saison sèche ».

Il devient, après Senghor, le deuxième président africain en exercice à quitter volontairement le pouvoir alors que rien ne l'y contraint « si ce n'est sa propre conscience ».

Mais quelles sont les véritables raisons de ce départ ? Pendant des années, la rumeur évoque un cancer, une maladie grave. La réalité est plus simple, et plus édifiante.

Les confidences de Germaine Ahidjo : la fatigue d'un homme intègre

En juillet 1993, quatre ans après la mort de son mari, Germaine Ahidjo accorde une interview exclusive à Jeune Afrique. Elle y révèle les coulisses de la démission.

« Il était tout simplement fatigué, saturé et souffrait de migraines que rien ne soulageait », confie-t-elle. Quelques années avant sa démission, Ahidjo avait de très fortes migraines, des nausées, des insomnies. Tout était « uniquement nerveux ».

Le médecin traitant d'Ahidjo, qui l'avait suivi pendant toutes ces années, atteste n'avoir « jamais dépisté aucune des maladies dont parlaient les journaux ». Il n'y avait ni cancer, ni pathologie grave. Seulement la fatigue d'un homme qui avait tout donné.

Un travailleur acharné, une éthique exemplaire

Germaine Ahidjo décrit un président d'une rigueur exceptionnelle. Chaque matin, avant même de prendre sa douche, Ahidjo examinait la pile de dossiers arrivée la veille, les annotait un à un, prêt à interroger ses ministres sur le moindre détail. Il ne déconnectait jamais vraiment : même en « vacances », un ministre débarquait avec des dossiers à signer.

« Ce n'était pas un manque de confiance. C'est qu'il assumait », explique Germaine Ahidjo. « Dans tous ses actes, il a toujours assumé. C'était un homme d'une parfaite intégrité. »

Mais cette rigueur avait un prix. Ahidjo souffrait de maux de tête atroces. Il prenait des calmants. Et un jour, il confie à son épouse : « Ça devenait sérieux, parce que quand il avait des audiences, au bout d'une demi-heure, il perdait le fil de la conversation et ne suivait plus. »

Le refus d'un pouvoir à moitié exercé

Lorsqu'il réunit ses ministres pour leur annoncer sa décision, ceux-ci lui proposent une alternative : prendre un an ou deux de repos, en laissant le Premier ministre assurer l'intérim.

Ahidjo refuse catégoriquement. « Ce n'était pas sa conception du pouvoir », témoigne Germaine Ahidjo. Rester au pouvoir dans des conditions de relâchement ne lui semblait « pas honnête vis-à-vis de son peuple ».

Cette décision, prise dans le secret le plus total, démontre une éthique présidentielle rare. Ahidjo avait peur qu'on l'empêche de démissionner. Il a donc tout caché jusqu'au dernier moment.

Paul Biya, 94 ans : le contraste saisissant

Quarante-quatre ans plus tard, le contraste est saisissant. Paul Biya, âgé de 94 ans, est au pouvoir depuis le 6 novembre 1982 le lendemain même de la démission d'Ahidjo.

Il détient désormais le record de longévité parmi les chefs d'État en exercice dans le monde. Mais à quel prix ?

- Absence record : parti le 7 juin 2026 pour un « court séjour privé » en Suisse, il n'est pas réapparu en public depuis 63 jours la plus longue absence de ses 44 ans de règne.
- Aucun Conseil des ministres : le dernier remonte au 16 janvier 2019. Sept ans sans réunion gouvernementale formelle.
- Gouvernance informelle : les décisions transiteraient par des « canaux de fortune » proches collaborateurs, famille, amis.
- Succession incertaine : la guerre des clans fait rage à Etoudi, entre Baboke et Ngoh Ngoh, tandis que le pays attend un remaniement annoncé mais jamais venu.

La leçon d'Ahidjo à Biya

Ahmadou Ahidjo, à 58 ans, a eu le courage de reconnaître ses limites. Il a choisi l'intérêt du pays plutôt que son maintien au pouvoir. Il a préféré une retraite digne à un pouvoir à moitié exercé.

Paul Biya, à 94 ans, semble incarner l'exact opposé. Il s'accroche au fauteuil, malgré une absence prolongée, une gouvernance de moins en moins visible et un âge qui interroge sur sa capacité à diriger.

« Rester au pouvoir dans ces conditions ne lui semblait pas honnête vis-à-vis de son peuple », disait Germaine Ahidjo de son mari.

Cette phrase, prononcée en 1993, résonne aujourd'hui comme une question adressée à Paul Biya.

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