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© Camer.be : Toto Jacques
- 10 Aug 2026 15:28:24
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Cameroun - Doctorat bidon ? La guerre des diplômes fait rage
Olive Ngobo accuse le colonel Badjeck de tentative de viol et de détournement de fonds. Il la poursuit en diffamation. Récit d'un clash qui secoue le Cameroun.
Huit ans de silence, des accusations de doctorat de façade, une tentative de viol présumée et une guerre judiciaire : l'affaire Olive Ngobo contre le colonel Didier Badjeck embrase le Cameroun.
Le Dr Olive Ngobo Elok, présidente de LIVIA Foundation, accuse publiquement le Dr Colonel Didier Badjeck, ancien porte-parole de l'armée camerounaise, de tentative de viol présumée en 2017 et de détournement de centaines de millions de FCFA du magazine « Honneur et Fidélité ». En riposte, Badjeck l'attaque en diffamation et la somme de s'excuser. Sa réponse est cinglante : « Vous ne recevrez AUCUNE excuse de ma part ! »
Mais derrière ce bras de fer médiatique se cache une accusation plus sourde, plus personnelle, qui touche à l'essence même de la légitimité intellectuelle : le doctorat de façade. Olive Ngobo affirme que Badjeck, à deux ans de la retraite et en pleine quête d'étoiles de général, n'a jamais eu le temps de mener une véritable recherche doctorale. Elle assure avoir rédigé elle-même l'introduction et la bibliographie de sa thèse, tandis que le corps et la conclusion auraient été façonnés par deux jeunes doctorants. Un assemblage de pièces rapportées, selon elle. Une bombe.
Et ce n'est que le début.
Deux figures publiques, une guerre des mots
Le Dr Olive Ngobo Elok est une diplomate camerounaise, diplômée de l'IRIC (Institut des Relations Internationales du Cameroun), experte en relations internationales, stratégie et sécurité. Elle est fonctionnaire au secrétariat général de la présidence de la République et présidente de LIVIA Foundation. Le Dr Colonel Didier Badjeck, ancien chef de la Division de la Communication du ministère de la Défense (DIVCOM/MINDEF) et ancien porte-parole de l'armée camerounaise, a été mis à la retraite en 2018 après 34 années de service. Il est titulaire d'un doctorat en science politique.
L'affaire a éclaté le 5 août 2026, lorsque le Capitaine Kenneth Romuald Effoudou Awussi, ancien chef du bureau de renseignement de l'État-major particulier du président Paul Biya, aujourd'hui en exil en Europe, a accusé Badjeck de tentative de viol sur une collaboratrice en 2017, lors d'une interview sur le plateau de « Fauteuil Rouge ». Radié des cadres de l'armée le 13 mars 2024 et recherché pour « désertion en temps de paix », Effoudou a multiplié les déclarations chocs visant plusieurs hauts responsables.
« La justice de Dieu dévoile la vérité » Olive Ngobo confirme
Le 7 août 2026, Olive Ngobo a confirmé les accusations sur sa page Facebook. Dans un message au ton presque prophétique, elle écrit : « La justice de Dieu est parfois silencieuse, mais elle n'est jamais absente. Elle peut sembler lente aux yeux des hommes, mais elle est toujours certaine. Lorsqu'elle agit, elle dévoile la vérité, renverse le mensonge et rétablit ce qui avait été injustement atteint. »
Selon le récit du capitaine Effoudou, les faits remontent à 2017. Badjeck aurait convoqué Ngobo pour une séance de travail. Un rendez-vous fixé à 13h ; le colonel arrive à 18h40. Il saisit violemment la jeune femme, la jette sur son bureau et lui lance : « On ne t'a pas dit qu'aucune femme ne dit non à un officier ? »
Le doctorat de façade : l'accusation qui blesse
Dans sa déclaration, Olive Ngobo attaque frontalement la légitimité académique de Badjeck. À deux ans de la retraite, l'ancien porte-parole de l'armée n'aurait pas eu le temps de se consacrer à la rigueur de la recherche scientifique. Ses préoccupations majeures résidaient ailleurs : « dans le lobbying acharné et la quête de fonds destinés à s'offrir des étoiles de Général de Brigade ».
Elle affirme que le doctorat de Badjeck est un « doctorat de façade, un assemblage artificiel constitué de pièces rapportées » dont elle-même aurait rédigé l'introduction et la bibliographie, tandis que le corps et la conclusion auraient été façonnés par deux jeunes doctorants.
Badjeck, de son côté, a réagi en s'interrogeant publiquement sur le doctorat d'Olive Ngobo, semant le doute sur son authenticité. Une guerre des diplômes qui ajoute une couche de complexité à un affrontement déjà explosif.
Détournement de fonds : « Des centaines de millions de FCFA distraits »
Olive Ngobo ne s'arrête pas là. Elle accuse également Badjeck d'avoir détourné des fonds souverains alloués à la production du magazine « Honneur et Fidélité », la vitrine officielle des Forces Armées camerounaises. Elle évoque « des centaines de millions de francs CFA distraits » et interpelle directement le CONSUPE, le TCS, la CONAC et la Chambre des comptes de la Cour suprême. Selon elle, ce « braquage à ciel ouvert des caisses de l'État » est né d'une « arrogance » alimentée par « un enrichissement personnel découlant du détournement massif présumé des fonds de souveraineté ».
Badjeck contre-attaque : « Olive Ngobo est une mythomane »
Le colonel à la retraite ne s'est pas laissé faire. Invité sur le plateau d'Info TV le 7 août 2026, il a lancé un ultimatum à Olive Ngobo : des excuses publiques ou des poursuites judiciaires. Il l'a qualifiée de « mythomane » et a dénoncé une « campagne de dénigrement » orchestrée contre lui. Il a également engagé des démarches judiciaires, notamment en France. Sur le plateau, il s'est décrit comme « un bel homme » et a affirmé qu'en fonction, « les dames couraient après moi », tout en évoquant sa qualité de paroissien et son attachement à son épouse.
La réponse d'Olive Ngobo, publiée sur les réseaux sociaux, est devenue virale en quelques heures : « Dr. Colonel Didier BADJECK, vous ne recevrez AUCUNE excuse de ma part ! Je le maintiens avec fermeté : que vous êtes un prédateur sexuel ! Continuez de vous exhiber ! »
Un passé judiciaire sensible
Olive Ngobo n'est pas une inconnue des tribunaux. En juillet 2024, elle a été arrêtée et incarcérée à la prison de Kondengui pendant 49 jours, dans le cadre du démantèlement d'un réseau d'escroquerie dirigé par Hervé Parfait Mbapou. Elle affirme avoir été arbitrairement privée de liberté, avoir perdu sa grossesse durant cette détention et dénonce des actes de torture, des violences corporelles ainsi qu'une tentative d'empoisonnement. « Le peuple camerounais est en droit de connaître la vérité », martèle-t-elle.
Badjeck, lui, a été mis à la retraite en 2018. Son parcours à la DIVCOM a été marqué par des controverses, notamment sur la gestion de la communication sécuritaire du Cameroun.
Enjeux et conséquences
L'affaire Badjeck–Olive Ngobo est devenue le sujet de conversation numéro un au Cameroun. Elle touche à plusieurs nervures sensibles de la société camerounaise :
- La crédibilité de l'institution militaire : un ancien porte-parole de l'armée accusé de tentative de viol et de détournement de fonds.
- La lutte contre les violences faites aux femmes : Olive Ngobo affirme que « l'ère où les femmes pouvaient être piétinées en toute impunité au Cameroun est définitivement révolue ».
- L'intégrité académique : la légitimité des doctorats obtenus par des hauts fonctionnaires est remise en question.
- La liberté de la presse : Ngobo menace Info TV de poursuites pour avoir diffusé les déclarations de Badjeck.
Une bataille qui ne fait que commencer
Le bras de fer se joue désormais sur trois terrains : médiatique (les réseaux sociaux s'enflamment), judiciaire (plaintes croisées au Cameroun et en France) et académique (la guerre des diplômes). Aucune des accusations n'a été confirmée par la justice à ce stade.
Mais une chose est certaine : le Cameroun tout entier retient son souffle.
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