DGRE : Sani Mouhamadou aurait-il menti sur ses diplômes ?
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Cameroun - DGRE : Sani Mouhamadou aurait-il menti sur ses diplômes ?

Les avocats d'Eko Eko affirment que les vérifications de la DGRE en 2020 ont révélé l'inexistence des qualifications revendiquées par Sani Mouhamadou.

Haut-conseiller en stratégie, défense et sécurité ou imposteur ? La DGRE livre une version radicalement différente de celle de Sani Mouhamadou.

DGRE 2020 : Sani Mouhamadou aurait-il menti sur ses diplômes ?

Le collectif d'avocats de l'ancien directeur général de la DGRE, Léopold Maxime Eko Eko, affirme que les vérifications effectuées en 2020 par les services de renseignement camerounais ont établi l'inexistence des qualifications et titres professionnels revendiqués par Sani Mouhamadou. Une mise au point qui contredit frontalement le communiqué du 5 août 2026 dans lequel ce dernier se prévalait d'une collaboration avec la DGRE. Entre les deux versions, un gouffre. 

L'affaire qui secoue les sphères du pouvoir camerounais

Depuis la fin du mois de juillet 2026, une affaire d'une gravité exceptionnelle agite l'espace public camerounais. Le capitaine Donald Romuald Kenneth Effoudou, ancien chef du bureau de renseignement de l'état-major particulier du président Paul Biya, a accusé Sani Mouhamadou d'être le « chaînon » d'un projet de coup d'État au Cameroun.  

Dans deux vidéos publiées sur YouTube les 24 et 25 juillet 2026, l'ancien officier, révoqué pour « désertion en temps de paix » et exilé en Europe, affirme avoir repéré en 2023, près de la résidence présidentielle, un individu disposant d'armes de guerre non répertoriées et se faisant passer pour un chef de bataillon.  

Cet individu, selon Effoudou, s'appelait Sani Mouhamadou un ancien légionnaire français du grade de sergent, ayant effectué des missions en Irak et en Afghanistan. 

Sani Mouhamadou contre-attaque et revendique une collaboration avec la DGRE

Le 5 août 2026, Sani Mouhamadou a publié un communiqué de presse depuis Paris, par l'intermédiaire de son avocat, pour dénoncer des « accusations totalement fausses » et annoncer le dépôt d'une plainte en diffamation publique en France contre le capitaine Effoudou.  

Dans ce document, l'intéressé se présente comme un ancien militaire franco-camerounais et conseiller en sécurité, diplômé de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) et décoré de la Médaille de l'OTAN.  

Il affirme avoir apporté, depuis 2013, son expertise et mis son réseau à la disposition de plusieurs institutions de l'État camerounais, citant expressément la Direction Générale de la Recherche Extérieure (DGRE) en 2020, ainsi que le Bataillon d'Intervention Rapide (BIR) et plusieurs ministères.  

« J'ai eu l'honneur d'apporter, depuis 2013, mon expertise et de mettre mon réseau à la disposition de plusieurs institutions de l'État camerounais. » Communiqué de Sani Mouhamadou, 5 août 2026 

Les avocats d'Eko Eko : « Une collaboration qui n'a jamais existé »

C'est précisément cette affirmation que le collectif d'avocats de Léopold Maxime Eko Eko, l'ancien directeur général de la DGRE, a frontalement contestée dans un communiqué de mise au point daté du 9 août 2026.

Selon les avocats de l'ex-patron des services de renseignement camerounais qui a dirigé la DGRE de 2010 à 2023   la version de Sani Mouhamadou est radicalement différente de la réalité.

La DGRE, sous la direction d'Eko Eko, n'a jamais sollicité Sani Mouhamadou.

La réalité aurait été exactement inverse : en 2020, c'est Sani Mouhamadou qui aurait cherché à entrer en contact avec la DGRE, après avoir obtenu une audience en se prévalant de recommandations de hautes personnalités de la Présidence de la République.

Il aurait alors présenté des offres de services dans les domaines de la surveillance aérienne, de la surveillance électronique, de la cybersécurité et de la cyberdéfense.

2020 : les vérifications de la DGRE qui changent tout

C'est à ce moment précis que seraient intervenues les vérifications de la DGRE. Et selon le collectif d'avocats d'Eko Eko, les services de renseignement auraient découvert l'inexistence des qualifications, titres et références professionnelles revendiqués par Sani Mouhamadou en qualité de « Haut-Conseiller en Stratégie, Défense et Sécurité ».

Autrement dit : les diplômes et les titres que Sani Mouhamadou afficherait n'auraient pas résisté à l'enquête de vérification menée par les services secrets camerounais.

Cette révélation, si elle se confirme, fragilise considérablement la crédibilité de Sani Mouhamadou, qui se présente comme un expert de haut niveau en stratégie de défense et de sécurité internationale. 

La question qui fâche : Sani Mouhamadou est-il un imposteur ?

Les deux portraits de Sani Mouhamadou qui circulent actuellement dans l'espace public sont radicalement opposés.

D'un côté, le « haut-conseiller en stratégie de défense et de sécurité internationale », diplômé de l'IHEDN, décoré de la Médaille de l'OTAN, ancien légionnaire ayant servi en Irak et en Afghanistan, qui se prévaut d'une collaboration avec les plus hautes institutions de l'État camerounais. 

De l'autre, un ancien sergent légionnaire  dont les qualifications professionnelles auraient été jugées inexistantes par les services de renseignement camerounais en 2020, et qui aurait tenté de s'introduire dans les cercles du pouvoir en se prévalant de recommandations fictives.

« Un haut stratège de la sécurité ou un imposteur armé ? Les deux portraits existent. Et ils ne se ressemblent pas. » 

Le contexte plus large : une guerre d'influence au sommet de l'État

Cette affaire s'inscrit dans un contexte politique camerounais particulièrement tendu, à l'approche de la succession du président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982. 

Le capitaine Effoudou, dans ses déclarations, a également mis en cause le ministre d'État, Secrétaire Général de la Présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh, qu'il accuse de planifier une « prise de pouvoir ». 

Sani Mouhamadou, selon Effoudou, devait être le bras armé de ce « putsch ». 

Ce que l'on sait, ce que l'on ignore

Ce qui est confirmé :
- Sani Mouhamadou a publié un communiqué le 5 août 2026 revendiquant une collaboration avec la DGRE en 2020. 
- Les avocats d'Eko Eko ont publié un communiqué le 9 août 2026 démentant cette collaboration et affirmant que les vérifications de la DGRE ont révélé l'inexistence des qualifications de Sani Mouhamadou.

Ce qui reste à vérifier :
- La nature exacte des documents et qualifications présentés par Sani Mouhamadou.
- Les résultats précis des vérifications effectuées par la DGRE en 2020.
- L'authenticité des recommandations de hautes personnalités de la Présidence de la République dont Sani Mouhamadou se serait prévalu.

Ce qui est une allégation :
- Les accusations de tentative de coup d'État portées par le capitaine Effoudou. Sani Mouhamadou les qualifie de « totalement fausses ». 

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