Cameroun : Kamto démissionne, Biya s’accroche
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Cameroun : Kamto démissionne, Biya s’accroche

Maurice Kamto démissionne du MRC « dans l’intérêt supérieur du parti ». Paul Biya, 93 ans, s’accroche au pouvoir sans successeur. Deux visions, un pays.

Le 8 septembre 2026, Maurice Kamto quitte la présidence du principal parti d’opposition. Au même moment, Paul Biya, 93 ans, revient d’une absence de 73 jours sans avoir désigné de successeur. Deux trajectoires, une même question : quel avenir pour le Cameroun ?

Deux hommes. Deux décisions. Un seul pays. Le 8 septembre 2026, Maurice Kamto, figure de proue de l’opposition camerounaise, annonce sa démission de la présidence du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC). « Dans l’intérêt supérieur du parti », écrit-il. Quelques jours plus tôt, le 20 août, Paul Biya rentrait à Yaoundé après 73 jours d’absence à Genève. Le président, 93 ans, plus âgé chef d’État du monde, n’a toujours pas désigné de successeur. D’un côté, un opposant qui jette l’éponge pour préserver son parti. De l’autre, un président qui s’accroche au pouvoir, laissant le Cameroun dans l’incertitude. Le contraste est saisissant. Et il dit tout d’une nation à la croisée des chemins.

La démission de Maurice Kamto : un coup de tonnerre

Tout commence par une lettre d’une page, publiée le 8 septembre 2026 sur la page Facebook certifiée de Maurice Kamto. « Dans l’intérêt supérieur de notre parti, de ses nombreux militants et sympathisants et du Peuple du Changement en général, j’ai décidé de démissionner des fonctions de Président National du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) », écrit-il.

Quelques minutes plus tard, son premier vice-président, Mamadou Mota, emboîte le pas. Sa démission, « mûrement réfléchie et dictée exclusivement par l’intérêt supérieur de notre parti », est également motivée par « l’acharnement et l’oppression qu’exerce le régime » à son encontre.

Une démission sous pression

Ce double départ n’est pas un geste isolé. Il intervient après des mois de contestation autour de la direction du MRC. Le 19 août 2026, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, avait indiqué ne « pas juger opportun de prendre acte » de la convention du 21 décembre 2025 qui avait reconduit Maurice Kamto à la tête du parti.

Pour Mamadou Mota, c’est la goutte d’eau. « L’administration camerounaise mobilise toute une armada juridique, toutes les institutions pour broyer une seule personne », confie-t-il à TV5MONDE. « Il était utile de libérer le plancher et de montrer aux yeux du monde entier quel est le régime qui sévit au Cameroun », ajoute-t-il.

La double démission qui fragilise le MRC

Avec le départ de Kamto et de Mota, c’est tout le MRC qui se retrouve fragilisé. La deuxième vice-présidente, Tiriane Balbine Nadège Noah, a pris la direction du parti. Une convention extraordinaire est prévue pour désigner un successeur.

Mais la situation est trouble. Certains cadres du parti, comme Willy Mengue ou Okala Ebode, contestent la légitimité même de la démission, estimant que Kamto n’avait plus qualité pour démissionner. D’autres y voient un acte de courage face à l’acharnement du pouvoir.

Paul Biya : l’absence qui interroge

Pendant que l’opposition se déchire, le pouvoir, lui, semble figé dans une immobilité inquiétante. Le 20 août 2026, Paul Biya est rentré à Yaoundé après 73 jours passés à l’InterContinental Hotel de Genève. Soit onze jours de plus que son précédent record d’absence en 2024.

Pendant ces 73 jours, le Cameroun a-t-il été gouverné ? La question reste ouverte. Les critiques ont accusé la présidence de gouverner « par télécommande ». Le gouvernement a dû interdire aux médias de parler de la santé du président.

Un successeur introuvable

À 93 ans, Paul Biya est au pouvoir depuis 1982. Il est le plus vieux président du monde. Et pourtant, il n’a toujours pas désigné de successeur.

La Constitution, révisée en avril 2026, a réintroduit le poste de vice-président. Mais Biya refuse de le pourvoir. Un vide qui inquiète les observateurs. « L’absence de Biya et son refus de nommer un vice-président menacent de bouleverser la stabilité intérieure et régionale », écrit la Carnegie Endowment for International Peace.

Deux visions, un même pays

Le contraste est saisissant. D’un côté, Maurice Kamto, qui démissionne pour « l’intérêt supérieur » de son parti. De l’autre, Paul Biya, qui s’accroche au pouvoir malgré son âge avancé et son absence prolongée.

Pour ses partisans, Biya incarne la stabilité. Pour ses détracteurs, il est l’obstacle à toute transition pacifique. Les militants du RDPC, eux, continuent de défiler. Mais au sein même du parti au pouvoir, des voix s’élèvent pour s’interroger sur l’avenir.

L’heure des choix

Le Cameroun est à un tournant. La démission de Maurice Kamto prive l’opposition de son principal leader. L’absence de successeur désigné à la présidence plonge le pays dans l’incertitude.

Que ce soit par idéal ou par intérêt, les décisions des hommes politiques façonnent l’avenir du pays. Mais une chose est sûre : le Cameroun a besoin de réponses. Et il les attend, lui, depuis trop longtemps.

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