Ntimbane Bomo : « Le Conseil peut constater la vacance »
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Cameroun - Ntimbane Bomo : « Le Conseil peut constater la vacance »

Alors que Paul Biya totalise 50 jours d'absence du Cameroun, l'avocat Christian Ntimbane Bomo estime que le Conseil constitutionnel peut juridiquement constater la vacance de la présidence pour démission implicite, une lecture de la Constitution qui divise profondément la classe politique et juridique.

« Le président de la République a abandonné depuis 50 jours son poste de travail qui est Yaoundé. » La déclaration est radicale. Elle émane de Me Christian Ntimbane Bomo, avocat et président exécutif du parti Héritage. Selon lui, le Conseil constitutionnel peut désormais constater la vacance de la présidence pour cause de démission implicite. Une analyse qui repose sur une lecture précise de la Constitution camerounaise et qui, si elle était suivie d'effet, plongerait le Cameroun dans une crise institutionnelle sans précédent.

50 jours d'absence : le point de départ d'une controverse juridique

Le 27 juillet 2026, Paul Biya a franchi le cap des 50 jours d'absence du Cameroun. Parti le 7 juin pour un « court séjour privé en Europe », le chef de l'État de 93 ans n'a toujours pas regagné Yaoundé. Aucune date de retour n'a été communiquée.

Cette absence prolongée a relancé un débat récurrent dans la vie politique camerounaise : peut-on parler de vacance du pouvoir ?

L'analyse juridique de Me Ntimbane Bomo

Dans une analyse publiée le 27 juillet 2026, Me Christian Ntimbane Bomo développe un raisonnement en plusieurs étapes :

1. Les trois cas de vacance prévus par la Constitution

L'article 6 de la Constitution camerounaise prévoit que la vacance de la Présidence de la République est constatée pour cause de décès, de démission ou d'empêchement définitif constaté par le Conseil constitutionnel.

2. La démission peut être implicite

Selon Me Ntimbane Bomo, « en droit la démission peut résulter d'un comportement comme l'abandon de poste de travail, sans raison légitime ». Il fait référence à la tradition administrative selon laquelle un agent public absent durablement de son poste peut être considéré comme démissionnaire après mise en demeure.

3. Le siège des institutions est à Yaoundé

L'article 1er de la Constitution dispose que « le siège des institutions est à Yaoundé ». La notion juridique de siège renvoie au lieu où une institution est domiciliée et travaille.

4. Une absence injustifiée et prolongée

Me Ntimbane Bomo soutient que ce n'est pas le délai de 50 jours en soi qui motiverait une démission la Constitution ne prévoyant aucun délai mais plutôt « son absence injustifiée de son poste de travail pendant une longue durée ».

5. Un communiqué jugé insuffisant

L'avocat estime que le communiqué du Cabinet civil évoquant un « court séjour privé en Europe » ne fournit pas d'explications suffisantes sur le lieu exact du séjour, sa durée ou les raisons justifiant cette absence. « L'Europe n'est pas un pays », souligne-t-il.

6. Le séjour privé exclut l'activité professionnelle

Me Ntimbane Bomo distingue le « séjour privé » du « séjour professionnel ou d'affaires ». Selon lui, le président ne travaillant pas officiellement du fait d'un séjour privé, étant absent de son poste de travail à Yaoundé, le Conseil constitutionnel peut constater la démission.

La réponse du gouvernement : « un barbarisme juridique »

Le gouvernement camerounais rejette fermement cette analyse. Jacques Fame Ndongo, ministre d'État, a qualifié l'affirmation d'une vacance du pouvoir de « barbarisme juridique, voire politique ».

La position officielle est claire : l'article 6 de la Constitution ne reconnaît que trois cas de vacance le décès, la démission formelle ou l'empêchement définitif constaté par le Conseil constitutionnel. Aucun texte ne prévoit qu'une absence prolongée, même de 50 jours, déclenche automatiquement une vacance.

L'opposition divisée sur la question

Certains opposants soutiennent l'analyse de Me Ntimbane Bomo. Le député Jean-Michel Nintcheu a saisi le Conseil constitutionnel pour faire constater la vacance de la présidence. Mamadou Mota, vice-président du MRC, dénonce un « vide institutionnel criant ».

D'autres, en revanche, estiment que cette interprétation est politiquement motivée. Le MRC, tout en dénonçant l'absence du président, n'a pas officiellement validé la thèse de la démission implicite.

Le parti au pouvoir tente de rassurer

Le RDPC, parti présidentiel, tente de calmer les esprits. Il affirme qu'il n'y a pas de vacance du pouvoir et que le président reste au travail où qu'il se trouve. La présidence assure que Paul Biya continue d'examiner les dossiers et de signer des décrets depuis la Suisse.

Les zones grises de la Constitution camerounaise

Ce débat met en évidence les zones grises de la Constitution camerounaise. Celle-ci ne définit pas explicitement l'absence prolongée du président comme un cas de démission automatique.

Plusieurs questions restent sans réponse :

- Quelle durée d'absence justifie une vacance ? Aucun délai n'est fixé par les textes.
- Qu'est-ce qu'un « empêchement définitif » ? La notion n'est pas clairement définie.
- Qui peut saisir le Conseil constitutionnel ? La procédure précise reste floue.

Le précédent Ali Bongo

Me Ntimbane Bomo a lui-même rappelé qu'« on se souvient que le Président Ali Bongo avait mis des mois hors de son pays et est revenu retrouver son fauteuil présidentiel ». Un précédent qui montre que l'absence prolongée d'un chef d'État africain ne conduit pas automatiquement à une vacance du pouvoir.

Une interprétation personnelle, pas une décision de justice

Il convient de souligner que l'analyse de Me Ntimbane Bomo demeure une interprétation personnelle de la Constitution. À ce jour, aucune autorité compétente, notamment le Conseil constitutionnel, ne s'est prononcée dans le sens d'une vacance de la présidence ou d'une démission implicite du chef de l'État.

Le Conseil constitutionnel est seul compétent pour constater la vacance. Et il ne l'a pas fait.

Les conséquences d'une éventuelle vacance

Si le Conseil constitutionnel venait à constater la vacance, l'intérim serait exercé de plein droit par le président du Sénat jusqu'à l'élection d'un nouveau président. Une élection devrait alors avoir lieu dans un délai de vingt à cent vingt jours.

Ce que cette controverse révèle

Au-delà du débat juridique, cette controverse révèle trois choses :

1. L'inquiétude des Camerounais face à l'absence prolongée de leur président et au manque de transparence.
2. Les fragilités institutionnelles d'un régime entièrement construit autour d'un homme.
3. La question de la succession qui, bien que taboue, s'impose dans le débat public.

Une question politique autant que juridique

L'analyse de Me Christian Ntimbane Bomo est juridiquement argumentée. Elle repose sur une lecture littérale de la Constitution et des principes du droit administratif. Mais elle reste une interprétation personnelle, non validée par les institutions compétentes.

La question de la vacance du pouvoir est autant politique que juridique. Tant que le Conseil constitutionnel ne se prononcera pas, le débat restera ouvert. Et tant que Paul Biya ne regagnera pas Yaoundé, l'inquiétude persistera.

Une chose est sûre : ce débat, quel qu'en soit l'issue, marque un tournant dans la vie politique camerounaise. Il pose la question de la continuité de l'État et de la préparation de l'après-Biya. Et cette question, aucun communiqué officiel ne pourra la faire disparaître.

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