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© Correspondance : Joël Constant Tchoegnia
- 30 Sep 2026 08:47:39
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Cameroun - Mbanya : le sanctuaire traditionnel au cœur du bras de fer administratif du Canton Akwa
À quelques jours du sacre de Sa Majesté le Dr Louis Din Dika Akwa, prévu le 10 octobre 2026 à Mbanya, une controverse oppose désormais les représentants de l’administration territoriale aux responsables et ressortissants du canton Akwa. Au cœur de la tension : la place accordée aux autorités traditionnelles et, surtout, le statut et l’usage du lieu initiatique de Mbanya.
L’affaire dépasse ainsi la seule organisation d’une cérémonie coutumière. Elle met en lumière une question plus profonde : celle de la coexistence entre l’autorité administrative de l’État et les institutions traditionnelles, dans un contexte où ces dernières demeurent des marqueurs essentiels de l’histoire, de l’identité et de la cohésion des communautés.
Prévu comme l’aboutissement d’un processus de transmission de l’autorité traditionnelle, le sacre de Louis Din Dika Akwa intervient 25 ans après celui de son défunt père, Sa Majesté Din Dika Akwa. Le nouveau monarque avait été installé à la tête du canton en juillet 2023 par le préfet du Wouri.
Mbanya, plus qu'un simple lieu de cérémonie
Pour les responsables du canton Akwa, Mbanya n’est pas un simple espace destiné à accueillir une manifestation publique. Le site est présenté comme un lieu associé à la mémoire des ancêtres et aux dimensions initiatiques de la royauté Akwa. Selon le programme annoncé autour du sacre, le futur monarque doit notamment s’y rendre pour communier avec les ancêtres avant la cérémonie solennelle.
C’est précisément cette dimension particulière qui donne à la controverse une portée symbolique. Déplacer, encadrer ou réglementer l’accès à un tel espace ne relève pas, pour les détenteurs de la tradition, d'une simple question de protocole administratif. Le lieu participe au sens même du rite.
Dans ce contexte, la moindre incompréhension entre autorités administratives et autorités coutumières peut rapidement prendre une dimension institutionnelle.
Le malaise des autorités traditionnelles
À l’origine de la réaction des chefs de villages, des notables et des ressortissants du canton Akwa se trouve également un sentiment de considération insuffisante au sein de certains services administratifs à Douala.
Les griefs exprimés portent notamment sur l’accueil réservé aux autorités coutumières dans les espaces officiels. Une récente réception est ainsi citée en exemple par les représentants du canton : alors que des chefs traditionnels auraient été maintenus debout, des membres du gouvernement et des personnalités du secteur privé occupaient les premiers rangs.
Au-delà de l’épisode protocolaire, c’est donc la reconnaissance publique de la fonction traditionnelle qui est questionnée.
Pour les défenseurs de cette position, le respect des chefs traditionnels ne devrait pas être réduit aux cérémonies coutumières. Il devrait également se traduire dans les rapports quotidiens avec l’administration, notamment lorsqu’il s’agit de questions touchant directement à la mémoire, aux rites et au patrimoine des communautés.
Une institution encadrée par la loi
Le débat intervient dans un cadre juridique précis. Le décret n°77/245 du 15 juillet 1977 organise les chefferies traditionnelles camerounaises en trois degrés hiérarchisés : premier, deuxième et troisième degré. Le texte encadre notamment leur organisation, la désignation des chefs et leurs rapports avec l’administration.
Ce dispositif a été modifié et complété par le décret n°2013/332 du 13 septembre 2013.
L’existence de ce cadre juridique traduit une réalité institutionnelle : les chefferies traditionnelles sont reconnues et intégrées dans l’organisation administrative du pays, tout en conservant une dimension historique, culturelle et symbolique propre.
C’est justement dans cet espace entre reconnaissance administrative et légitimité traditionnelle que se situe aujourd’hui la controverse autour du canton Akwa.
Quand le protocole devient un symbole
La question du protocole peut sembler secondaire face aux impératifs de l’administration. Elle ne l’est pourtant pas pour les détenteurs de l’autorité coutumière.
Dans les sociétés où la tradition occupe encore une place importante, la disposition des personnes dans une salle, la manière de recevoir un chef, son rang lors d’une cérémonie ou encore les conditions d’accès à un espace sacré constituent autant de signes de reconnaissance.
Une maladresse protocolaire peut dès lors être interprétée comme une dévalorisation de l’institution elle-même.
Le malaise exprimé par les ressortissants du canton Akwa s’inscrit dans cette lecture. Ils demandent que l’administration ne considère pas les chefs traditionnels uniquement comme des auxiliaires dans certaines procédures, mais également comme des interlocuteurs porteurs d’une mémoire et d’une légitimité historique.
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