-
© Camer.be : Olivier Berhuse
- 17 Sep 2026 08:18:30
- |
- 224
- |
Féminicide au Cameroun : et si l’on parlait aussi de l’homme sacrifié ?
Au Cameroun, parler des violences faites aux femmes est devenu une nécessité. Les féminicides, les agressions et les violences conjugales sont des réalités graves qui doivent être combattues. Mais vouloir protéger une catégorie de victimes ne devrait jamais conduire à fermer les yeux sur les souffrances d’une autre.
Car il existe aussi des hommes qui, dans certaines séparations ou certains conflits conjugaux, sont progressivement dépouillés de tout : leurs biens, leurs ressources, leur réputation, leur dignité et parfois même leurs enfants.
Et derrière certaines de ces tragédies, il y a une réalité que notre société hésite encore à regarder en face : la responsabilité des familles.
Quand certains comportements sont connus mais couverts par les parents
Il arrive que certains comportements particulièrement destructeurs soient connus de l’entourage : infidélités répétées, relations extraconjugales affichées sans aucune retenue, comportements sexuels assumés au grand jour, mensonges, manipulations financières ou humiliations publiques du conjoint.
Le problème n’est pas la vie privée d’un adulte en elle-même. Le problème commence lorsque ces comportements s’inscrivent dans une relation de couple et deviennent des instruments de tromperie, de manipulation ou de destruction de l’autre.
Et lorsque la famille sait, mais se tait, une question doit être posée :
Pourquoi le silence des parents devient-il parfois plus important que la vérité ?
Pourquoi certains parents savent-ils que leur fille trompe son mari, le dépouille progressivement de ses biens, l'humilie ou utilise les enfants dans le conflit, mais choisissent-ils de fermer les yeux ?
Pourquoi certains proches préfèrent-ils protéger l'image de leur fille plutôt que de lui dire : « Ce que tu fais est mal » ?
Aimer son enfant ne signifie pas justifier toutes ses actions.
Un parent responsable ne couvre pas une faute : il aide son enfant à la reconnaître et à la réparer.
Le silence familial peut devenir une seconde violence
Lorsqu'une famille intervient uniquement pour défendre son proche, sans chercher à connaître la vérité, elle peut transformer un problème conjugal en véritable affrontement.
L'homme devient alors l'étranger, celui qu'il faut accuser, humilier et écarter.
On peut lui reprocher d'être mauvais mari, mauvais père, irresponsable ou violent sans même avoir entendu sa version. Sa parole devient suspecte simplement parce qu'il est un homme.
Pendant ce temps, certains comportements peuvent être excusés au nom de la solidarité familiale.
C'est une grave erreur.
La famille ne devrait pas être une machine à fabriquer des coupables et des victimes. Elle devrait être un espace de vérité.
Et lorsque les enfants deviennent une arme ?
La situation devient encore plus dramatique lorsque les enfants sont utilisés dans le conflit.
Priver un père de ses enfants, empêcher le contact, les dresser contre lui ou les utiliser comme moyen de pression peut constituer une violence psychologique considérable.
Les enfants ne devraient jamais être la propriété d'un parent contre l'autre.
Ils ne sont ni une récompense, ni une arme, ni une monnaie d'échange.
Un père qui a perdu son couple ne devrait pas nécessairement perdre ses enfants.
L'État ne doit pas laisser les conflits familiaux devenir des guerres
Face à ces situations, l'État camerounais a une responsabilité.
La justice doit pouvoir entendre aussi bien la femme que l'homme victime. Les violences physiques doivent être sanctionnées, mais les violences économiques et psychologiques doivent également être prises au sérieux.
Il faut davantage de mécanismes de médiation familiale, une meilleure protection des enfants et des procédures permettant de déterminer objectivement les responsabilités de chacun.
La justice ne doit pas être remplacée par les familles, les réseaux sociaux, les rumeurs ou les campagnes de dénigrement.
Une accusation n'est pas une condamnation. Une réputation détruite n'est pas une preuve. Et le sexe d'une personne ne détermine pas automatiquement qui est la victime et qui est le coupable.
Parlons enfin de cette violence que personne ne voit
Il existe une violence qui ne laisse pas forcément de cicatrice sur le corps.
Elle peut prendre la forme de l'humiliation quotidienne, du mépris, de la manipulation, du chantage affectif, de l'infidélité utilisée pour détruire l'autre, du contrôle financier, de l'isolement, des insultes, du dénigrement public ou de l'instrumentalisation des enfants.
Cette violence psychologique est toute aussi dangereuse.
Elle ne fait pas toujours couler le sang.
Elle peut pourtant faire couler les larmes en silence.
Elle peut vider un homme de sa confiance, de sa dignité et de son envie de vivre. Elle peut le pousser à s'isoler, à se taire et à porter seul une souffrance que son entourage refuse de reconnaître.
C'est pourquoi notre société doit cesser de considérer qu'un homme doit forcément être fort, silencieux et capable d'encaisser.
Un homme peut être victime.
Une femme peut être victime.
Et dans les deux cas, la réponse doit être la même : la vérité, la protection, la justice et la responsabilité.
Le véritable courage d'une famille n'est pas de cacher les dérives de son enfant.
C'est d'avoir le courage de lui dire la vérité, même lorsque cette vérité dérange.
Et le véritable rôle de l'État n'est pas de choisir entre les hommes et les femmes.
Son devoir est de protéger les personnes, de protéger les enfants et de faire respecter la justice.
Car une violence qui ne fait pas couler le sang n'en est pas moins une violence.
Et parfois, derrière un homme qui semble simplement avoir « perdu son foyer », il y a une histoire de spoliation, d'humiliation, de trahison, de silence familial et de souffrance psychologique que personne n'a voulu entendre.
Il est temps de parler de toutes les victimes.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi dans la rubrique POINT DE VUE
Les + récents
Féminicide au Cameroun : et si l’on parlait aussi de l’homme sacrifié ?
Lecture d'une actualité sportive à la lumière d'une œuvre littéraire : L'Os de Mor Lam
Affaire des 500 000 euros : le Comex de la Fecafoot crie à la cabale contre Samuel Eto'o
Parlement européen : une voix pour la paix réduite au silence
Éboulement à Biteng-Maetur : 8 personnes sans nouvelles
LE DéBAT
Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- 17 December 2017
- /
- 254897
canal de vie
Vidéo de la semaine
évènement
