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© Camer.be : Toto Jacques
- 06 Sep 2026 12:58:00
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Cameroun - 171 cadavres non réclamés à l'hôpital Laquintinie
171 corps abandonnés à la morgue de l'hôpital Laquintinie de Douala. Hommes, femmes, enfants, détenus et victimes d'accidents. L'hôpital lance un appel aux familles.
171 corps. Des hommes, des femmes, des enfants. Des détenus et des victimes d'accidents. Ils reposent tous, sans sépulture, dans les chambres froides de l'hôpital Laquintinie à Douala. Et personne ne les réclame.
Le communiqué, tombé comme un couperet, a glacé l'opinion. La direction du plus grand hôpital de la capitale économique du Cameroun a rendu public un chiffre insoutenable : 171 dépouilles abandonnées dans son service de thanatopraxie. Derrière ce nombre, des vies brisées, des familles absentes, un système qui implose. Pourquoi ces corps ne sont-ils jamais réclamés ? Et si ce n'était que la partie émergée d'une crise funéraire qui gangrène tout le pays ?
Le chiffre qui glace le sang
171. C'est le nombre de corps qui croupissent aujourd'hui dans les chambres froides de l'hôpital Laquintinie de Douala. Un chiffre qui donne le vertige. Des hommes, des femmes, des enfants, des détenus, des victimes d'accidents de la voie publique tous partagent le même sort : l'oubli.
Selon le communiqué rendu public par la direction de l'établissement, ces dépouilles n'ont jamais été réclamées. Aucune famille ne s'est présentée pour les identifier, aucune main tendue pour les accompagner à leur dernière demeure. L'hôpital a lancé un appel : les proches doivent se manifester pour procéder à l'identification et à l'inhumation des corps.
Mais les chiffres ne disent pas tout. Derrière chaque corps, une histoire.
Un bébé de 18 mois : l'indicible douleur de l'identité
Parmi ces dépouilles, celle d'un bébé de 18 mois. Un enfant dont les parents n'ont pas réclamé le corps. La direction de l'hôpital n'a pas le droit de l'inhumer sans l'accord de ses proches. Alors il reste là, dans le froid, attendant.
Ce cas, relayé par Cameroun Actuel, illustre une réalité troublante : il arrive que des familles n'aient pas les moyens de payer les frais funéraires, parfois bien plus élevés que le salaire d'un ouvrier. Le deuil devient alors une dépense impossible. Certains corps restent entreposés des mois, voire des années.
Le fonctionnement du service de thanatopraxie
À l'hôpital Laquintinie, le service de thanatopraxie n'est pas une simple morgue. C'est un lieu où la mort se prépare, où les corps sont conservés, parfois pour de longues semaines, en attente d'une reconnaissance.
Le communiqué de la direction, tout en gardant un ton administratif, ne cache pas son désarroi. Les corps s'accumulent. Les places sont comptées. Des détenus, décédés en prison, ou des accidentés de la route gisent aux côtés de civils morts chez eux, abandonnés par la société.
Pourquoi ces corps sont-ils abandonnés ?
Une société se juge à la manière dont elle traite ses morts. À Douala, les 171 corps de Laquintinie révèlent une triple crise :
La crise économique. Au Cameroun, les obsèques coûtent cher. Des milliers de francs CFA pour une cérémonie qui peut dépasser les moyens d'une famille modeste. Sans argent, impossible de récupérer un corps.
La crise administrative. L'identification des corps, surtout pour les victimes d'accidents, peut prendre des mois. Dans certains cas, les corps ne sont jamais formellement identifiés.
La crise sociale. Les migrations, l'éclatement des familles, la perte de liens communautaires de nombreux défunts meurent seuls, sans que personne ne sache qui ils étaient ou d'où ils venaient.
Un phénomène plus large
L'affaire de Laquintinie n'est pas isolée. Selon les informations recueillies, d'autres formations sanitaires du Cameroun sont confrontées au même problème : des corps qui s'accumulent, des familles qui ne viennent pas, des morgues qui débordent.
L'hôpital général de Douala, le CHU de Yaoundé, les hôpitaux de province tous connaissent cette réalité. Le phénomène est endémique. Mais Laquintinie a eu le courage de le rendre public.
Le vide juridique et les conséquences sanitaires
Le code civil camerounais prévoit des délais pour l'inhumation, mais leur application reste floue. En l'absence de réclamation, les corps peuvent rester des mois en chambre froide. Or, les morgues ne sont pas éternelles. Les risques sanitaires sont réels : les corps se décomposent, les maladies peuvent se propager.
Certains experts interrogés pointent du doigt un vide juridique : les hôpitaux ne savent plus quoi faire des corps non réclamés. Les enterrer sans consentement serait illégal. Les garder indéfiniment, impossible.
Une responsabilité collective
Cette tragédie interroge chacun de nous. Une société civile forte, des autorités qui agissent, des communautés qui se souviennent le traitement des morts est un marqueur de civilisation.
Les familles qui reconnaissent les corps peuvent les récupérer. Mais encore faut-il qu'elles sachent où chercher. L'appel de l'hôpital Laquintinie est un cri d'alarme. Il est aussi une main tendue.
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