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© Camer.be : Toto Jacques
- 04 Sep 2026 16:44:26
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Cameroun - Douala : 2 bandits tués par la foule après un braquage
Un commerçant Orange Money braqué à Akwa, Douala. Course-poursuite, coups de feu, la foule rattrape deux bandits et les tue. Le troisième est en fuite. Récit d'une justice populaire.
Il est 10 heures ce matin à Akwa, quartier des affaires de Douala, quand un commerçant effectuant un ravitaillement en millions de FCFA est pris en chasse par trois braqueurs à moto. La course-poursuite se termine par deux morts et une question : la justice populaire est-elle la seule réponse à l'insécurité ?
Un commerçant qui sort d'une agence Orange Money. Trois braqueurs à moto qui le prennent en chasse. Une course-poursuite digne d'un film d'action. Et deux bandits qui finissent lynché par la foule.
Ce 4 septembre 2026, les rues d'Akwa, à Douala, se sont transformées en champ de bataille. Le quartier des affaires de la capitale économique du Cameroun a été le théâtre d'un braquage sanglant qui a vu la population se faire justice elle-même.
Le bilan est lourd : deux braqueurs tués, un troisième en fuite, et le commerçant, lui, a récupéré ses millions. Mais au-delà des faits, c'est un signal d'alarme sur l'insécurité grandissante dans la ville et la défiance des citoyens envers un système judiciaire jugé trop lent.
10 heures à Akwa : un ravitaillement qui tourne au cauchemar
Il est 10 heures ce vendredi 4 septembre 2026. Dans le quartier Akwa de Douala, un opérateur de transactions d'argent un "commerçant", comme on les appelle effectue un ravitaillement dans une agence Orange Money.
Il vient de récupérer plusieurs millions de FCFA en liquide. C'est le moment que choisissent trois malfrats à moto pour passer à l'action.
À peine le commerçant remonte-t-il sur sa moto que les bandits le prennent en chasse. S'engage alors une course-poursuite effrénée. Les trois braqueurs, zigzaguant à toute vitesse dans les embouteillages de la ville, transforment les rues d'Akwa en piste de Grand Prix.
« Ma joueur, ta moto va vite mais pas plus vite que le fer ci »
Les malfrats rattrapent le commerçant au niveau du quartier Fin goudron Mbanguè. Ils le somment de s'arrêter, le menacent de son arme :
« Ma joueur, ta moto va vite mais pas plus vite que le fer ci qui peut te tordre en deux secondes ! Ne nous oblige pas à te le démontrer ! »
Le commerçant, terrorisé à l'idée de finir à la morgue de l'hôpital Laquintinie, obtempère. Il descend de sa moto. Mais il ne lâche pas son sac, celui qui contient des millions.
Les bandits s'acharnent, tirent sur le sac. La scène attire les populations. Des témoins assistent, pétrifiés, à l'assaut.
Six coups de feu et un sauve-qui-peut général
L'un des braqueurs lâche six coups de feu en l'air. L'effet est immédiat : c'est la panique. Les passants s'enfuient dans toutes les directions. Dans ce sauve-qui-peut général, les bandits en profitent pour s'emparer du sac.
Mais ils ne le savent pas encore : leur fuite est déjà surveillée.
La riposte des motos-taxis : la foule entre en scène
Les conducteurs de motos-taxis, témoins de la scène, décident de ne pas laisser faire. Ils se lancent à leur tour à la poursuite des braqueurs.
La course-poursuite prend alors une nouvelle dimension. Les criminels, pris entre les embouteillages et les poursuivants, sont rapidement encerclés.
Le premier bandit, cueilli sur le siège de la moto, atterrit directement entre les mains de la foule. Les populations, armées de pneus et de gourdins, lui font spontanément « avaler son acte de naissance » une expression qui, dans le langage populaire camerounais, signifie lui infliger une correction mortelle.
Le deuxième bandit, convaincu qu'il irait plus vite que la moto, saute de l'engin et tente de se réfugier sous la dalle d'un caniveau. Il est débusqué. Battu à mort.
Le troisième bandit s'échappe, le commerçant récupère ses millions
Le troisième malfrat, celui qui conduisait la moto, réussit une manœuvre spectaculaire et parvient à disparaître dans la nature. Il est actuellement en fuite.
Le commerçant, lui, est rentré en possession de ses millions. Le sac, arraché des mains des braqueurs par la foule, lui a été restitué.
Le bilan de cette journée de folie : deux bandits tués, un en fuite, et un commerçant vivant et riche.
Justice populaire ou impuissance de l'État ?
Ce braquage mortel pose une question douloureuse : la justice populaire est-elle devenue la seule réponse à l'insécurité à Douala ?
Les Camerounais sont de plus en plus nombreux à exprimer leur lassitude face à l'impuissance présumée des forces de l'ordre. Les braquages à main armée se multiplient dans les grandes villes. Les agences de transfert d'argent, les commerçants, les particuliers personne n'est à l'abri.
« La foule a fait ce que la police ne fait pas », commente un habitant de Mbanguè, joint par téléphone. « On est fatigués d'être victimes. Quand les bandits attaquent, on répond. On n'attend plus personne. »
Le phénomène de la justice populaire au Cameroun
Le lynchage de présumés criminels n'est pas nouveau au Cameroun, mais il semble s'intensifier.
En 2023, plusieurs cas de justice populaire ont été rapportés à Douala, Yaoundé et dans d'autres villes du pays. Des présumés voleurs brûlés, battus à mort, ou simplement « raccourcis » comme disent les Camerounais pour évoquer ces exécutions sommaires.
Les autorités, à chaque fois, condamnent ces actes. Mais elles peinent à rassurer les populations sur leur capacité à assurer leur sécurité.
Douala : épicentre de l'insécurité
Douala, avec ses près de 3 millions d'habitants, est le poumon économique du Cameroun. Mais c'est aussi une ville où l'insécurité est devenue chronique.
Les braquages à moto les fameux « moto-braqueurs » sont l'un des fléaux les plus redoutés. Ils frappent vite, fort, et disparaissent dans les embouteillages.
Les agences Orange Money, où circulent d'importantes sommes d'argent, sont des cibles de choix. Les opérateurs, comme la victime de ce 4 septembre, vivent sous la menace permanente d'un braquage.
Que fera la police ?
Les forces de l'ordre camerounaises ont été prévenues. Les corps des deux bandits ont été récupérés. L'identité des criminels reste pour l'instant inconnue.
La police est-elle en mesure de retrouver le troisième malfrat, celui qui a réussi à s'échapper ? La question reste ouverte.
Une certitude : ce braquage va relancer le débat sur la sécurité à Douala. Et sur la nécessité de renforcer la présence policière dans les quartiers sensibles.
Le prix de la justice populaire
Si la foule a agi par désespoir et colère, la justice populaire a un coût. Celui de l'arbitraire. Celui de la mort sans procès. Celui d'une société qui renonce à l'État de droit.
« La foule n'est pas un tribunal », rappellent les organisations de défense des droits de l'homme. « Lyncher un présumé criminel, c'est se substituer à la justice. C'est un recul de la civilisation. »
Mais pour les habitants de Douala, la promesse d'un État de droit n'a jamais été aussi lointaine. Et dans l'attente, ils préfèrent la justice expéditive à l'impunité.
Le mot de la fin
Ce 4 septembre 2026, à Akwa, deux vies se sont éteintes. Deux bandits, certes, mais deux vies tout de même. Et derrière elles, une question qui ne cesse de hanter les Camerounais : quand l'État protégera-t-il vraiment ses citoyens ?
Le débat est lancé. Il est urgent.
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