Abdouram Baba Amadou : « Tchiroma a fait une erreur »
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Cameroun - Abdouram Baba Amadou : « Tchiroma a fait une erreur »

Pour Abdouram Baba Amadou, l'exil de Tchiroma en Gambie est une erreur. Rester au Cameroun et risquer l'arrestation aurait pu faire imploser le régime. 

Le 7 novembre 2025, Issa Tchiroma Bakary, leader du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC) et candidat malheureux à l'élection présidentielle du 12 octobre, quittait précipitamment le Cameroun pour trouver refuge en Gambie, après avoir contesté la réélection de Paul Biya et être menacé de poursuites judiciaires. Aujourd'hui, alors que son exil dure depuis plus de neuf mois, l'un de ses plus proches alliés, Abdouram Baba Amadou, brise le silence et affirme haut et fort : « Tchiroma aurait pu faire tomber le régime en restant au Cameroun » une déclaration qui jette une lumière crue sur les divisions au sein de l'opposition et sur le pari risqué de l'exil diplomatique.

Un exil qui dure

Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre sous Paul Biya à trois reprises entre 1992 et 2009, a surpris tout le monde en se présentant comme candidat à la présidentielle d'octobre 2025. Arrivé en deuxième position avec 35,19 % des voix selon le Conseil constitutionnel, il a immédiatement contesté les résultats, dénonçant des fraudes et revendiquant la victoire.

Le gouvernement camerounais l'a menacé de poursuites pour avoir « incité à des manifestations violentes ». Le 7 novembre 2025, Tchiroma a franchi la frontière, d'abord vers le Nigeria, avant de trouver refuge en Gambie. Accueilli « à titre humanitaire » par le président Adama Barrow, il y est toujours hébergé sous la protection du gouvernement gambien.

LA DÉCLARATION QUI SECOUE L'OPPOSITION

C'est une voix venue de l'intérieur même du camp de Tchiroma qui a provoqué l'onde de choc. Abdouram Baba Amadou, figure de l'opposition et allié de longue date, a livré une analyse sans concession :

« Tchiroma aurait pu faire tomber le régime en restant au Cameroun ! »

Ses propos, rapportés par nos confrères, sont d'une clarté brutale :

« Si c'était moi, j'allais rester pour qu'on me mange ! Je ne serais pas parti ! Je ne serais pas le premier à aller en prison. »

Pour Abdouram Baba Amadou, l'arrestation d'un homme choisi par des millions de Camerounais aurait eu des conséquences politiques majeures :

« Mais il faut savoir que lorsque vous arrêtez quelqu'un que des millions de Camerounais ont choisi, vous prenez le risque de faire imploser le pays. Il faut bien réfléchir avant d'arrêter quelqu'un qui a été choisi par des millions de Camerounais. »

2018 vs 2025 : une comparaison qui en dit long

Abdouram Baba Amadou a également établi un parallèle saisissant entre les deux dernières élections présidentielles :

« En réalité, 2018, comme c'était le cas avec le professeur Kamto, ce n'était pas 2025. En 2018, Elecam n'était pas déshabillé. En 2025, nous avons déshabillé Elecam ! »

Cette déclaration renvoie à deux moments clés de l'histoire politique récente du Cameroun :

- 2018 : Maurice Kamto, candidat du MRC, arrive deuxième. Il est arrêté le 28 janvier 2019 et inculpé de « rébellion » et « insurrection ». Son arrestation, bien que condamnée par la communauté internationale, n'a pas fait « imploser » le régime.

- 2025 : Selon Abdouram Baba Amadou, la situation est différente. ELECAM, l'organisme électoral, a été « déshabillé » ses failles et ses partialités auraient été exposées au grand jour, rendant toute manipulation plus visible et plus risquée pour le pouvoir.

LES PRESSIONS FAMILIALES : UNE PISTE ÉVOQUÉE

Abdouram Baba Amadou n'exclut pas que des considérations personnelles aient joué dans la décision de Tchiroma de quitter le pays :

« Tchiroma avait la possibilité de faire tomber le régime en prenant le risque de rester au pays. Mais c'était son choix, il a peut-être dû subir les pressions de sa famille pour quitter le pays... »

Cette évocation, bien que prudente, ouvre une piste rarement explorée dans les analyses politiques : le poids des proches et des considérations familiales dans les décisions des leaders d'opposition, souvent présentés comme des figures héroïques et désincarnées.

L'EXIL COMME STRATÉGIE : LA CONTRE-ANALYSE

Tous les observateurs ne partagent pas l'analyse d'Abdouram Baba Amadou. Pour le journaliste Jean Claude Mbede, soutien déclaré de Tchiroma, l'exil gambien n'est pas une fuite mais « une manœuvre calculée ».

Les arguments en faveur de l'exil diplomatique

- La stratégie de désescalade : Face à un régime qui « ne cède ni aux urnes ni à la pression de la rue », deux options subsistent : les armes ou la diplomatie internationale. Tchiroma a choisi la seconde.

- Le blocage des nominations gouvernementales : Selon Mbede, la pression diplomatique exercée par Tchiroma depuis Banjul bloque effectivement les nominations gouvernementales à Yaoundé, y compris celle d'un vice-président.

- La médiation internationale : Le Vatican, cité par Mbede, ferait du dossier camerounais une priorité.

- Une protection de haut niveau : Tchiroma bénéficie en Gambie d'une garde rapprochée d'une dizaine de gardes du corps et est traité « comme un chef d'État ».

Les limites de l'exil

- La contrainte diplomatique : La charte de l'Union africaine interdit aux réfugiés politiques de mener des activités subversives ouvertes. Tchiroma doit respecter une « réserve diplomatique ».

- L'éloignement du terrain : Ne plus être physiquement présent au Cameroun affaiblit la capacité de mobilisation.

- L'usure du temps : Neuf mois d'exil, c'est long. L'attention médiatique s'émousse.

QUEL AVENIR POUR TCHIROMA ?

Le 12 août 2026, Issa Tchiroma Bakary a annoncé un retour « imminent » au Cameroun, alors que Paul Biya est absent du pays depuis plus de deux mois. Une déclaration qui relance les spéculations.

Deux scénarios s'affrontent :

1. La médiation internationale aboutit : Tchiroma rentre au Cameroun dans le cadre d'un accord négocié, avec des garanties de sécurité.

2. L'impasse persiste : L'exil se prolonge, l'opposition reste fracturée, et le régime de Biya poursuit son cours.

L'OPPOSITION FRACTURÉE : LE VRAI PROBLÈME

Au-delà du débat sur l'exil, c'est la fracture de l'opposition camerounaise qui constitue le principal obstacle à une alternance. Abdouram Baba Amadou pointe une réalité douloureuse : certains partis refusent de relayer les initiatives de Tchiroma, et ses militants le dénigrent depuis leur propre exil.

Une contradiction que l'opinion publique camerounaise commence à noter. Le boycott des obsèques d'un leader de l'opposition par ses propres pairs a cristallisé cette division.

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