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© Camer.be : Paul Moutila
- 03 Aug 2026 01:06:59
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Recensement au Cameroun : le MRC dénonce un fiasco à 19 milliards
Le MRC dénonce la gestion du 4e recensement camerounais après une deuxième prorogation. Budget gonflé à 19 milliards, agents impayés, données obsolètes depuis 2005 : le fiasco d’une opération vitale.
Après une première prolongation de deux mois, le Premier ministre Joseph Dion Ngute a signé une nouvelle prorogation du recensement général jusqu’au 15 septembre 2026 – une décision que le MRC qualifie d’« inadmissible » et de révélatrice d’une « incapacité profonde de l’État ».
Le 4e Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH) devait s’achever le 29 mai 2026. Il est désormais prévu pour le 15 septembre. Deux prorogations, 6 milliards de FCFA supplémentaires, un budget total qui flambe à 19,28 milliards, et des agents de terrain qui attendent toujours leurs indemnités. Le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) dénonce une « gestion chaotique ». Vingt et un ans après le dernier recensement fiable du pays, celui de 2005, le Cameroun peine toujours à se compter. Et la question qui fâche est désormais sur toutes les lèvres : comment un État qui a eu plus de deux décennies pour se préparer peut-il en être réduit à prolonger l’opération le jour même de sa clôture prévue ?
Un recensement vital, deux décennies d’attente
Le Cameroun n’a pas réalisé de recensement général de la population et de l’habitat depuis 2005. À l’époque, le pays comptait 17 463 836 habitants. Aujourd’hui, les estimations oscillent entre 25 et 30 millions de Camerounais. Une fourchette bien trop large pour guider des politiques publiques en matière d’éducation, de santé, d’infrastructures ou de protection sociale.
« Gouverner avec des données vieilles de plus de 20 ans revient à planifier dans le noir », résume le MRC dans son communiqué du 31 juillet 2026. Les standards internationaux recommandent pourtant un recensement tous les dix ans. Le Cameroun a accumulé un retard de onze ans sur ce calendrier.
Une opération lancée en fanfare, rattrapée par la réalité du terrain
Le 24 avril 2026, le gouvernement lançait le 4e RGPH, couplé pour la première fois au Recensement Général de l’Agriculture et de l’Élevage (RGAE). Plus de 34 000 agents ont été mobilisés. Le budget initial était de 13,28 milliards de FCFA, dont 7 milliards apportés par la Banque mondiale.
Mais très vite, les difficultés se sont accumulées. Retards de paiement des indemnités des agents recenseurs, problèmes logistiques, faible adhésion de certains ménages, barrières linguistiques et sécuritaires sur le terrain. Le 29 mai 2026, jour initialement prévu pour la clôture, le Premier ministre Joseph Dion Ngute signait un premier arrêté de prorogation jusqu’au 31 juillet.
Deuxième prorogation : le jour de la clôture, l’État recule
Le 30 juillet 2026, alors que les opérations devaient s’achever le lendemain, Joseph Dion Ngute a signé une deuxième prorogation, repoussant l’échéance au 15 septembre 2026.
Selon l’arrêté, cette période complémentaire vise à « parachever les opérations de dénombrement à travers le renforcement de la couverture des ménages, des personnes et des exploitations agricoles sur l’ensemble du territoire national ». Les agents seront redéployés dans les localités où la couverture reste incomplète, notamment dans les zones difficiles d’accès. Les gouverneurs, préfets et sous-préfets sont chargés de superviser cette phase de « ratissage ».
Mais pour le MRC, cette nouvelle prolongation est un « aveu d’échec ». Le parti dirigé par Maurice Kamto dénonce « une profonde incapacité de l’État à mener à bien une mission qui engage pourtant l’avenir du pays ».
Un budget qui gonfle : 6 milliards de plus, 19,28 milliards au total
La première prorogation a déjà coûté 6 milliards de FCFA supplémentaires, portant le budget total à 19,28 milliards. Ce financement additionnel, mobilisé grâce à un partenariat entre la Banque mondiale (4,5 milliards) et le Trésor public camerounais (1,5 milliard), devait couvrir les charges liées à la prolongation jusqu’au 31 juillet.
Avec cette deuxième prorogation, le coût final pourrait encore augmenter. Le MRC dénonce un « gaspillage des deniers publics » et exige « la transparence totale sur l’utilisation des fonds alloués au RGPH ».
Des agents humiliés, un recensement fragilisé
Les premières victimes de ce chaos sont les agents recenseurs. Sur les 34 941 agents mobilisés, seuls 29 689 avaient perçu leurs perdiems pour les deux premières décades en juin 2026, représentant plus de 2,49 milliards de FCFA injectés. Les dossiers des 5 252 agents restants faisaient alors l’objet d’un « traitement prioritaire ».
Sur le terrain, les retards de paiement ont provoqué des mouvements d’humeur, des grèves et un ralentissement des opérations. Le MRC dénonce « l’humiliation des agents recenseurs » et des « conditions de travail indignes ». Certains agents, titulaires de licence ou de master, n’ont toujours pas touché leurs indemnités.
94 % revendiqués, mais des doutes persistent
Les autorités camerounaises revendiquent un taux de recensement d’environ 94 % dans certaines localités, contre une moyenne nationale évaluée autour de 70 % avant la fermeture des opérations. Un chiffre qui, s’il était confirmé, laisserait encore des millions de Camerounais non recensés.
Le MRC s’interroge : « comment l’État, qui a eu plus de 20 ans pour préparer cette opération, peut-il être contraint de la prolonger le jour même de la clôture prévue ? ». Le parti craint que les données collectées ne soient « biaisées par ce calendrier chaotique » et réclame « la garantie que les données collectées seront fiables ».
Un fiasco aux conséquences internationales
Au-delà de la crise nationale, le MRC alerte sur l’image du Cameroun auprès des partenaires internationaux. « Cette nouvelle prolongation est un aveu d’échec qui fragilise la crédibilité de notre pays auprès des partenaires internationaux », peut-on lire dans le communiqué.
La Banque mondiale, qui a investi 7 milliards de FCFA dans l’opération, observe avec attention la gestion de ce recensement. Un échec pourrait compromettre la confiance des bailleurs dans la capacité du Cameroun à mener des réformes statistiques et administratives.
La question de l’après : des données pour quand ?
Le recensement de 2005 avait livré ses premiers résultats trois ans plus tard. Pour le RGPH-4, le gouvernement promet des premiers résultats en six mois, grâce à la numérisation. Mais avec les retards accumulés, ce calendrier semble déjà compromis.
Le MRC exige « la publication immédiate du rapport d’étape justifiant ce nouveau report ». Une demande qui, si elle était satisfaite, apporterait un début de transparence à une opération dont l’importance stratégique pour le Cameroun est immense.
Un pays qui ne sait plus compter
« Le pays ci où on est entrain de proroger tout. Mandat des députés : prorogé. Mandat des maires : prorogé. Recensement : prorogé. Nous allons où ? » s’interrogeait un internaute sur Actu Cameroun.
La question est légitime. Dans un pays où les données démographiques actualisées sont la clé de toute planification publique crédible, ce recensement devait être un tournant. Il est devenu, pour l’opposition et une partie de l’opinion, le symbole d’une gouvernance à la dérive.
Le MRC appelle « les citoyens à la vigilance et à exiger des autorités qu’elles assument leurs responsabilités devant l’Histoire ». Reste à savoir si ce sursaut civique suffira à faire bouger les lignes.
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