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© Camer.be : La rédaction
- 21 Jul 2026 19:47:27
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CAMEROUN :: SNH : Me Akéré dévoile un scandale de 10,5 millions d'euros :: CAMEROON
« Le livre que je prévois de publier documente comment 10,5 millions d'euros de pots-de-vin sont parvenus à des hauts responsables de la SNH » : l'ancien bâtonnier, qui avait déjà ébruité l'affaire Glencore, frappe à nouveau.
10,5 millions d'euros. Plus de 6,8 milliards de francs CFA. Entre 2012 et 2015, cette somme aurait été versée en pots-de-vin à de hauts responsables de la Société nationale des hydrocarbures (SNH).
Celui qui le dit s'appelle Me Akere Muna. Ancien bâtonnier de l'Ordre des avocats du Cameroun, fondateur de Transparency International Cameroun, il n'en est pas à son premier coup d'éclat. C'est lui qui avait ébruité l'affaire Glencore, ce scandale de corruption qui a éclaboussé la SNH et la SONARA.
Aujourd'hui, il va plus loin. Dans un livre qu'il s'apprête à publier, il documente, preuves à l'appui, le mode opératoire de ces versements : des contrats de conseil fictifs, des commissions gonflées sur les cargaisons de pétrole, des honoraires intégrés dans des contrats suffisamment vagues pour justifier presque n'importe quel paiement.
Et ce n'est pas qu'une histoire ancienne. Le même mécanisme, selon lui, est toujours à l'œuvre.
L'affaire Glencore, un scandale qui n'en finit pas
L'affaire Glencore est devenue un symbole de la corruption dans le secteur pétrolier camerounais. En 2022, le groupe suisse Glencore Energy UK Ltd a plaidé coupable devant la justice britannique à 7 chefs relevant du Bribery Act. Le jugement de Southwark Crown Court décrit un système de paiements corruptifs en Afrique de l'Ouest et consacre un chef spécifique au Cameroun.
Pour le Cameroun, le chef n°4 couvre la période du 1er mars 2012 au 1er mars 2015. Il porte sur 10 532 712 euros de paiements corruptifs concernant des agents de la SNH et de la SONARA. Soit environ 7 milliards de francs CFA.
Le tribunal indique que les paiements visaient à obtenir un traitement favorable dans l'allocation et la vente de pétrole brut. Le groupe a reconnu avoir versé 11 millions de dollars (près de 7 milliards FCFA) en pots-de-vin à des responsables de la SNH et de la SONARA entre 2011 et 2018.
Me Akere Muna avait dénoncé ce scandale il y a plus de deux ans, alors que la SNH niait toute possibilité de corruption. Depuis, la SNH a déposé une plainte devant le Tribunal criminel spécial, mais aucune information n'a été communiquée sur l'avancement de l'enquête.
Les nouvelles révélations : 10,5 millions d'euros documentés
Dans une sortie sur les réseaux sociaux, Me Akere Muna annonce la publication d'un livre qui documente, à travers l'opération Azoth du Serious Fraud Office britannique et le plaidoyer de culpabilité de Glencore, comment 10,5 millions d'euros de pots-de-vin sont parvenus à des hauts responsables de la SNH entre 2012 et 2015.
Le mode opératoire est désormais connu : des contrats de conseil fictifs, des commissions gonflées sur les cargaisons de pétrole, et des honoraires intégrés dans les contrats, choisis justement parce qu'ils sont « suffisamment vagues pour justifier presque n'importe quel paiement et suffisamment difficiles à réfuter ».
Une machine à commissions toujours en marche
Me Akere Muna ne se contente pas de regarder dans le rétroviseur. Il pointe du doigt la persistance du même mode opératoire.
La SNH a clôturé l'exercice 2025 avec un bénéfice net en chute de 41,3 %, à 19,98 milliards de FCFA, malgré une hausse de 6,1 % du chiffre d'affaires une entreprise maintenue à flot uniquement par ses revenus financiers, et non par son activité propre, qui a enregistré une perte d'exploitation de 12,47 milliards de FCFA.
Au cœur de cette dégradation figure une ligne comptable qui devrait attirer l'attention : les « rémunérations d'intermédiaires et de conseils », qui sont passées de 3,26 milliards à 4,03 milliards de FCFA, soit une hausse de 23 % en une seule année, alors même que l'activité principale de l'entreprise perdait de l'argent.
« Il ne s'agit pas d'un simple détail comptable », prévient Me Akere Muna.
Une ligne de commissions en hausse et inexpliquée
L'ancien bâtonnier est formel : cette ligne de commissions en hausse « ne rompt pas avec ce schéma elle le prolonge, à travers la même structure institutionnelle qui a rendu possible le montage d'origine ».
« Tant que la SNH ne révélera pas qui sont ces intermédiaires, quels services ils ont réellement rendus, et pourquoi ces honoraires ont augmenté alors que l'exploitation s'effondrait, cette ligne comptable restera ce que le dossier judiciaire a déjà démontré qu'elle pouvait être : la cachette des paiements de corruption ».
Une lettre ouverte à Nathalie Moudiki
Me Akere Muna a également adressé une lettre ouverte à Nathalie Moudiki, qu'il qualifie de « Directrice Générale de fait » de la SNH, en l'absence de son mari Adolphe Moudiki depuis près de trois ans. Selon lui, l'ADG de la SNH est introuvable depuis près de trois ans, absent des conseils d'administration et des grandes réunions internationales.
Il pose des questions brûlantes sur la gouvernance de la SNH : les 215 millions de dollars engagés dans le projet CSTAR à travers une structure offshore, les données de tarification modifiées entre 70 % et 34 % de décote, les pots-de-vin de Glencore confirmés par la justice britannique, et le double mandat de la SNH, à la fois régulateur et négociant.
Les critiques de Transparency International
L'affaire a pris une tournure inattendue lorsque Transparency International Cameroun a désavoué Me Akere Muna en mars 2026, assumant ses échanges avec la SNH. Une position qui a surpris de nombreux observateurs, alors que Me Akere Muna est le fondateur de l'organisation.
L'organisation a précisé que les déclarations de personnalités « n'exerçant plus de fonctions exécutives ou délibératives » au sein de l'organisation ne sauraient être assimilées à sa position officielle. Une clarification qui a suscité de vives réactions.
Le livre qui pourrait tout changer
Le livre que Me Akere Muna s'apprête à publier pourrait être une bombe dans le paysage politico-économique camerounais. Il promet de révéler les noms des hauts responsables de la SNH impliqués dans ce vaste système de corruption.
« Les voies privées n'ont produit que le silence », écrit-il. « Les citoyens au nom desquels ces ressources sont censées être gérées ont le droit de savoir. »
Une chose est sûre : la SNH est sous pression. Et Me Akere Muna ne compte pas s'arrêter.
Qu'en pensez‑vous ? Les révélations de Me Akere Muna sont-elles crédibles ? La SNH doit-elle être enquêtée ?
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