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© Camer.be : Toto Jacques
- 11 Sep 2026 13:47:42
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Cameroun - Inondations Douala 5e : Sable et Bonamoussadi sous les eaux
Inondations à Douala 5e : Sable et Bonamoussadi submergés ce 11 septembre 2026. Routes coupées, populations piégées. Découvrez l'ampleur des dégâts et les causes.
Dans l'arrondissement de Douala 5ᵉ, les inondations du 11 septembre 2026 ont transformé Sable et Bonamoussadi en îlots de détresse, révélant une fois de plus l'urgence d'une réponse structurelle.
Douala 5ᵉ, vendredi 11 septembre 2026. Il est à peine 9 heures lorsque les premières images commencent à circuler sur les réseaux sociaux. Des rues entières de Sable et Bonamoussadi, quartiers emblématiques de cet arrondissement du nord de la capitale économique, disparaissent sous une eau boueuse. Des voitures abandonnées, des motos-taxis immobiles, des piétons hésitants, des familles qui regardent leurs biens flotter. Ce vendredi matin, la ville ne s'est pas réveillée normalement : elle a replongé, encore une fois, dans le cauchemar des inondations.
L'EAU MONTE, LA VIE S'ARRÊTE
À Sable, le constat est sans appel. La rivière Kondi, qui traverse les 3ᵉ et 5ᵉ arrondissements, a débordé une nouvelle fois, envahissant les rues adjacentes et les habitations situées en contrebas. Dans le secteur de Banya-Sable, les riverains décrivent une montée des eaux « brutale », « comme un mur qui avance ». Les commerces du marché de Sable ont fermé leurs portes avant même l'ouverture, les étals submergés, les marchandises détruites ou emportées.
À Bonamoussadi, la situation n'est guère plus enviable. Les axes principaux qui relient le quartier à Makepe et au reste de l'arrondissement sont devenus impraticables. Les taxis refusent de s'aventurer dans les zones inondées, laissant les habitants livrés à eux-mêmes. « On marche dans l'eau jusqu'aux genoux, parfois plus », témoigne Éric, un habitant de Bonamoussadi rencontré par notre rédaction. « Les enfants ne sont pas allés à l'école. Les motos ne passent pas. On est bloqués. »
UNE SITUATION QUI SE RÉPÈTE, UNE PATIENCE QUI S'ÉPUISE
Ce n'est pas la première fois. Loin de là. Chaque saison des pluies, Sable, Bonamoussadi et les quartiers voisins de Makepe-Missoke, Mbanga Mpongo ou encore Bepanda se retrouvent sous les eaux. En mai 2026, un enfant de cinq ans avait déjà été emporté par les eaux à Banya-Sable. En juillet, un immeuble déclaré « menaçant ruine » s'était effondré à Bonamoussadi, tuant six personnes, dont trois enfants. La liste des drames s'allonge, saison après saison, sans que les solutions structurelles ne suivent.
Pourquoi ? Les causes sont connues, documentées, maintes fois pointées du doigt. L'urbanisation rapide et anarchique a bétonné des zones marécageuses, empêchant l'infiltration naturelle des eaux. Les drains, lorsqu'ils existent, sont obstrués par les ordures ménagères et les constructions sauvages. Le réseau d'assainissement, vétuste et sous-dimensionné, ne parvient plus à absorber les pluies diluviennes que connaît la région du Littoral. Et la proximité du fleuve Wouri, dont la marée remonte parfois les canaux, aggrave chaque épisode.
« Quand il y a inondation, je passe la nuit au plafond. C'est depuis 30 ans que le drain est bloqué », confiait en 2025 Mojam Georges Poulain, sexagénaire de Mbanya, à nos confrères de Cameroon Press. Un an plus tard, le même constat persiste.
DES MILLIARDS INVESTIS, DES RÉSULTATS EN DEMI-TEINTE
Les autorités ne sont pas restées inactives, sur le papier. Le projet de drainage pluvial de Douala, financé par le Contrat de Désendettement et de Développement (C2D) à hauteur de 11,81 milliards de FCFA, a permis l'aménagement de 35,26 km de drains bétonnés et le reprofilage de 13,54 km de canaux. Dans certains quartiers, les habitants témoignent d'une amélioration réelle. « Avant, on fuyait ce quartier. Aujourd'hui, il y a encore un peu d'eau, mais rien à voir avec ce qu'on vivait avant », raconte Michel Tchamaleu, 70 ans, habitant de Sic Cacao, dans le 5ᵉ arrondissement.
Mais à Sable et Bonamoussadi, les travaux n'ont pas encore produit les effets escomptés. Pire : certaines fondations construites illicitement sur des passages d'eau, parfois attribuées à des « autorités administratives locales », obstruent les drains et empêchent l'évacuation. Un responsable municipal, joint par notre rédaction, reconnaît que « des points critiques restent à traiter, notamment dans les zones où l'urbanisation a été plus rapide que la planification ».
L'ALERTE MÉTÉO QUI CHANGE TOUT
Ce vendredi 11 septembre 2026, les services de météorologie de la région du Littoral avaient placé le département du Wouri dont Douala est le chef-lieu en zone rouge. Les prévisions annonçaient des précipitations « abondantes et récurrentes », avec un risque élevé de catastrophes dans les prochains jours. Bonamoussadi figure explicitement parmi les quartiers identifiés comme vulnérables. Le mois de septembre, statistiquement l'un des plus pluvieux de l'année à Douala, s'annonce comme un test de résistance pour les infrastructures et, surtout, pour les nerfs des populations.
La Communauté Urbaine de Douala (CUD) a appelé les habitants des zones à risque à « limiter les déplacements non essentiels », à « dégager les caniveaux » et à « surveiller les enfants ». Des consignes que les riverains de Sable connaissent par cœur, mais qui, seuls, ne suffisent pas à endiguer la montée des eaux.
CE QUI SE JOUE DEMAIN
Derrière les images spectaculaires de rues inondées, une réalité plus profonde se dessine. Les inondations à répétition dans Douala 5ᵉ ne sont pas seulement un problème météorologique. Elles sont le symptôme d'une gouvernance urbaine à bout de souffle, d'une planification dépassée par la croissance démographique et d'une solidarité nationale qui tarde à se traduire en actes concrets.
Les habitants de Sable et Bonamoussadi ne demandent pas l'impossible. Ils demandent des drains curés, des constructions respectées, des alertes suivies d'évacuations préventives, et surtout, une vision qui ne se limite pas à la prochaine saison des pluies. Ce vendredi 11 septembre 2026, l'eau est là. Elle reviendra. La vraie question n'est pas de savoir quand, mais si, cette fois, quelqu'un aura agi avant qu'elle ne monte à nouveau.
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