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© Camer.be : Toto Jacques
- 15 Aug 2026 01:04:20
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Cameroun - Affaire Mang : vice de procédure, le parquet recule
Le procès de Jacques Bertrand Mang renvoyé au 28 août 2026 après des vices de procédure soulevés par la défense. Le ministère public dos au mur.
Vices de procédure, stratégie offensive, parquet bousculé la défense de Jacques Bertrand Mang a placé le ministère public dans une position inconfortable. Le tribunal a tranché : la suite au 28 août.
Le Tribunal de première instance de Douala-Bonanjo a ordonné le renvoi du procès de Jacques Bertrand Mang au 28 août 2026. L'audience de ce vendredi a été marquée par une offensive procédurale de la défense, qui a soulevé des irrégularités formelles majeures, contraignant le ministère public à demander un délai pour préparer sa réplique.
L'atmosphère était lourde dans la salle d'audience. Dans le box des accusés, l'activiste et ancien cadre du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN) faisait face à la charge de l'accusation. Mais la riposte ne s'est pas fait attendre. Loin de se cantonner à une simple contestation des faits, les avocats du prévenu ont pilonné le dossier sur le terrain procédural.
Un ministère public bousculé
Dès l'ouverture des débats, le ministère public a déployé son argumentation. S'appuyant sur les éléments rassemblés au cours de l'instruction, le représentant du parquet s'est appliqué à faire la démonstration de la culpabilité du prévenu, égrenant les charges : violences sur fonctionnaire, entrave au fonctionnement d'un service public et diffamation sur les réseaux sociaux.
Une offensive méthodique visant à asseoir la légitimité des poursuites. Mais la riposte de la défense ne s'est pas fait attendre.
La stratégie procédurale qui change la donne
Soulevant une série d'irrégularités formelles, le conseil de Jacques Bertrand Mang un collectif de quatre avocats composé de Me Yves Roger Biakeu, Me Charles Elembe, Me Georges et Me Michael Khumbah Asong, en concertation avec la doyenne du barreau camerounais Me Alice Nkom a pointé du doigt des vices de procédure majeurs susceptibles de fragiliser, voire de paralyser l'ensemble de l'accusation.
Cette stratégie offensive a visiblement bousculé le cours de l'audience, plaçant le ministère public dans une position inconfortable. Face à la pertinence et à la gravité des moyens de droit soulevés par la défense, le parquet a dû revoir son calendrier.
Le renvoi : un aveu de faiblesse ?
Pris de court et nécessitant un temps d'analyse approfondi pour structurer sa réplique, le ministère public a formellement sollicité un renvoi. Objectif : obtenir le délai nécessaire pour répondre point par point aux exceptions de procédure et préparer des réquisitions étayées.
Une demande à laquelle le président du tribunal a accédé, ordonnant la suspension des débats. Le tribunal a ainsi fixé la reprise des hostilités judiciaires au 28 août 2026.
Cette date marquera le tournant décisif de ce procès. Lors de cette audience ultime, le ministère public viendra délivrer ses réquisitions finales et tentera de redresser la barre, tandis que la défense disposera de la parole en dernier pour ses plaidoiries, bien décidée à faire valoir le respect strict des règles de procédure et à obtenir l'acquittement de son client.
Les charges : une altercation qui vire au cauchemar judiciaire
L'origine de l'affaire remonterait à une altercation avec un policier, qui aurait endommagé le téléphone de l'activiste alors qu'il filmait une réunion avec des jeunes à Douala. Selon le récit de Jacques Bertrand Mang, il s'est rendu au commissariat pour porter plainte, mais a été interpellé, battu et humilié.
Il conteste fermement les accusations. Sur sa page Facebook, il affirme que le policier impliqué a délibérément déchiré ses propres vêtements pour créer des preuves contre lui. Me Alice Nkom a relayé ces allégations : « Selon son témoignage, le policier qui l'a interpellé aurait déchiré ses propres vêtements afin de se créer un motif pour le retenir ».
L'activiste estime que sa poursuite est liée à ses critiques de la gouvernance, de la corruption et des abus policiers au Cameroun.
Une détention qui interroge
Jacques Bertrand Mang a été présenté au procureur de la République près le Tribunal de Première Instance de Douala-Bonanjo le 1er juillet 2026, avant d'être écroué à la prison centrale de New Bell dans la nuit.
Le 17 juillet 2026, le tribunal a rejeté sa demande de mise en liberté provisoire. L'audience du 10 juillet avait déjà été consacrée à l'examen de cette demande, renvoyée au 17. Un rejet qui prolonge sa détention de plusieurs semaines supplémentaires.
Pendant ce temps, des voix s'élèvent. Le Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale (REDHAC) a exigé sa libération immédiate et sans condition, appelant à l'ouverture d'une enquête indépendante. Me Alice Nkom, qui le défend aux côtés d'un collectif d'avocats, a également dénoncé les conditions de sa détention, soulignant qu'il est privé de son traitement médical.
Un faisceau de procédures judiciaires
L'affaire principale n'est pas la seule à occuper le devant de la scène. Jacques Bertrand Mang est également poursuivi pour diffamation par Cabral Libii, président du PCRN, dont il était autrefois un cadre. Il fait aussi l'objet d'une plainte pour tribalisme déposée par le commentateur Abel Elimbi Lobé.
Un faisceau de procédures qui interroge, pour certains observateurs de la société civile, sur la nature du traitement judiciaire réservé à ce lanceur d'alerte.
La balle dans le camp des juges
Le 28 août prochain, la juridiction de Bonanjo devra trancher ce bras de fer : les arguments du ministère public résisteront-ils au feu roulant des irrégularités soulevées par la défense ?
La justice est attendue au tournant. Pour Jacques Bertrand Mang, détenu à la prison centrale de New Bell depuis le 1er juillet, l'enjeu est immense. Pour ses avocats, il s'agit de démontrer que le respect des règles de procédure n'est pas une option, mais un fondement de l'État de droit.
Pour le ministère public, c'est l'occasion de prouver que les charges retenues contre l'activiste ne sont pas le fruit d'une instrumentalisation politique de la justice.
Une chose est sûre : le 28 août 2026, les projecteurs seront braqués sur le Tribunal de première instance de Douala-Bonanjo.
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