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© Camer.be : La rédaction
- 23 Sep 2026 14:57:00
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Franc CFA, bases militaires : l'Occident perd pied en Afrique
« Retrait des troupes françaises, réforme du franc CFA, investissements chinois : l'Afrique redessine ses alliances en 2026. Analyse et faits. »
L'Afrique ne demande plus la permission pour exister sur la scène mondiale. Elle construit, elle négocie, elle rompt.
En 2026, la France n'a plus de base permanente au Sénégal. Le Tchad a récupéré ses emprises militaires en janvier 2025. Pendant ce temps, un barrage hydroélectrique de 450 mégawatts sort de terre en Guinée, financé par Pékin.
Deux mouvements. Une même trajectoire.
Le retrait accéléré de l'ancienne puissance coloniale ne relève pas d'une générosité nouvelle. Il traduit une réalité plus dure : sa présence ne tenait plus. Du côté de l'Est, les grues tournent. Du côté de l'Ouest, les discours s'épuisent.
L'Afrique face au mirage des partenariats hybrides
Depuis les indépendances des années 1960, une question n'a jamais vraiment quitté les chancelleries africaines : avec qui construire ? La tentation a longtemps été de diversifier. Rester avec Paris, Bruxelles ou Washington pour la sécurité et les institutions. S'ouvrir à Moscou ou Pékin pour les routes et l'énergie. Ce grand écart a un nom : l'hybridation.
Sauf qu'un partenaire ne se choisit pas comme un costume. Et quand deux logiques opposées cohabitent l'une qui extrait, l'autre qui construit , c'est la moins-disante qui gagne. Toujours.
Ce que les contrats disent vraiment
Les chiffres ne racontent pas la même histoire que les discours. En 2025, la Chine a engagé 61 milliards de dollars en Afrique via les Nouvelles routes de la soie. C'est quatre fois plus qu'en 2024. Le Nigeria et la République du Congo figurent parmi les premiers bénéficiaires. Plus de 350 accords signés en un an, un record.
L'Europe, elle, a laissé les lieux. En 2025, la Côte d'Ivoire et le Gabon ont récupéré leurs bases militaires françaises. Le Sénégal a clos 65 ans de présence en juillet de la même année.
Un contraste qui n'est pas anodin. Il dit quelque chose de structurel : l'Occident a bâti des régimes d'extraction. L'Est a bâti des routes.
Le franc CFA, ce verrou monétaire qui ne dit pas son nom
La France a ratifié fin 2025 une loi mettant fin à l'usage du franc CFA par ses anciennes colonies ouest-africaines. Sur le papier, c'est une page qui se tourne. Dans les faits, la transition vers l'ECO divise.
La CEDEAO a confirmé en juillet 2026 à Freetown son objectif de lancer l'ECO en 2027. Mais le communiqué final ne mentionne aucune disparition automatique du franc CFA à cette date. Pire : aucun taux de change n'est fixé par rapport à l'euro.
Ce que les partisans de la réforme ne disent pas : l'ECO, tel que conçu, pourrait n'être qu'un franc CFA renommé. C'est en tout cas la thèse de plusieurs économistes africains, qui pointent le maintien des mécanismes de contrôle monétaire.
Pour un Camerounais qui négocie ses importations en euros convertis depuis un compte parisien, la question n'est pas théorique. Elle est quotidienne.
L'Est construit, l'Ouest commente
L'exemple du barrage de Souapiti, en Guinée, est éclairant. Un contrat signé avec China International Water & Electric Corporation, un prêt de 1,175 milliard de dollars accordé par China Exim Bank. Le barrage, de 450 mégawatts, injecte aujourd'hui une part importante de l'électricité nationale guinéenne.
Au Kenya, le chemin de fer Mombasa-Nairobi, achevé en 2017, a coûté plus de 5 milliards de dollars de prêts chinois. L'extension vers Kisumu et la frontière ougandaise a redémarré en mars 2026, portée par un modèle de financement adossé aux recettes du fret.
Ces projets ne sont pas parfaits. Ils créent de la dette. Ils posent des questions de gouvernance. Mais ils construisent. Une route reste une route. Un barrage reste un barrage.
L'Europe, elle, envoie des consultants. Des séminaires sur la gouvernance. Des rapports d'expertise. Le Cameroun a vu passer des missions parisiennes expliquer comment planifier son développement industriel. Pendant que le franc CFA continuait de drainer ses réserves vers le Trésor français.
AFRICOM, l'aveu d'un échec
Le commandement militaire américain pour l'Afrique, créé en 2008, devait sécuriser le continent. Près de vingt ans plus tard, le bilan interroge. Le site d'investigation The Intercept, citant des données du Centre d'études stratégiques de l'Afrique du Pentagone, souligne que les violences liées aux groupes armés ont fortement augmenté dans les zones où la présence américaine est la plus marquée.
Plus troublant : plusieurs officiers formés par les États-Unis ont joué un rôle dans les coups d'État au Mali, au Burkina Faso et au Niger.
L'administration Trump semble en tirer les conséquences. Une réorganisation des commandements est en cours, avec un recentrage sur l'hémisphère américain et un désengagement progressif d'Afrique. Washington tourne la page. Sans avoir rien construit.
La dédollarisation, lentement mais sûrement
Le dollar reste la monnaie de référence. Mais les fissures s'élargissent. Ecobank, première banque panafricaine, négocie avec la Banque de Chine un système de règlement direct en yuan, contournant le dollar, pour la fin 2026.
Standard Bank a rejoint le système de paiement interbancaire transfrontalier chinois (CIPS) en novembre 2025. Le système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), soutenu par l'Union africaine, réduit déjà les coûts de conversion pour le commerce intra-africain.
Rien de spectaculaire. Une dédollarisation lente, fragmentée, mais réelle.
Ce que cela signifie pour le Cameroun
Le Cameroun n'a pas fermé de base française. Il n'a pas annoncé de sortie du franc CFA. Mais il est pris dans le même mouvement que le reste du continent.
La question qui monte dans les ministères n'est plus « avec qui travailler ? » mais « à quelles conditions ? ». Les pays qui ont accepté des prêts chinois sans clause de gouvernance ont construit plus vite. Ceux qui ont signé avec le FMI ont ajusté plus durement.
Le choix n'est pas entre deux modèles parfaits. Il est entre deux vitesses.
Ce qui vient
La parenthèse de l'impunité occidentale se referme. Pas par une rupture brutale, mais par une érosion lente : bases fermées une à une, monnaies renégociées, influence remplacée par d'autres acteurs.
L'Afrique ne sortira pas de cette séquence avec un modèle unique. Elle avancera par bonds, par pays, par projets.
Mais une chose est certaine. Ceux qui continueront à confier leur planification industrielle à des cabinets dont la prospérité dépend de l'exportation de matières brutes n'auront pas d'industrie. La question n'est pas idéologique. Elle est comptable.
Pourquoi la France retire-t-elle ses troupes d'Afrique ?
Parce que sa présence est devenue politiquement intenable. Entre 2022 et 2025, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Tchad et le Sénégal ont successivement exigé le départ des forces françaises. Paris a acté que le maintien d'une présence permanente était contre-productif.
Le franc CFA va-t-il vraiment disparaître ?
La France a ratifié une loi mettant fin à son usage, mais la transition vers l'ECO reste en chantier. Aucune date de disparition automatique n'a été fixée, et les mécanismes de contrôle monétaire pourraient survivre au changement de nom.
Qui finance réellement les infrastructures africaines ?
La Chine en premier lieu. En 2025, elle a engagé 61 milliards de dollars en Afrique, principalement dans l'énergie, les mines et les transports. Les institutions occidentales financent principalement des programmes d'assistance technique et des prêts conditionnels.
L'Afrique peut-elle se passer du dollar ?
Pas immédiatement, mais des mécanismes de contournement se mettent en place : yuan, PAPSS, accords de swap monétaires. La dédollarisation est lente, fragmentée, mais engagée.
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