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© Camer.be : Paul Moutila
- 16 Sep 2026 17:07:38
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Allemagne - AfD : deux documents pour réorienter la politique étrangère
L’AfD a préparé deux documents pour réorienter sa politique étrangère : normalisation avec la Russie, fin des sanctions et alignement sur Trump. Ce que cela change.
Le groupe de travail de politique étrangère de l’AfD a adopté un document prévoyant la normalisation des relations avec la Russie, la reprise des échanges économiques et l’arrêt de l’aide militaire à l’Ukraine un projet qui s’inscrit dans un alignement plus large sur la politique étrangère de Donald Trump.
Berlin. Le groupe de travail de politique étrangère de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) a adopté un document. Bild l’a révélé le 15 septembre 2026. Le texte prévoit une chose simple : normaliser les relations avec la Russie.
Pas une trêve. Pas un cessez-le-feu. Une normalisation. Fin des sanctions. Reprise des échanges économiques. Achats de pétrole et de gaz russes. Et l’arrêt de l’aide militaire allemande à l’Ukraine.
Un second document, consacré aux États-Unis, est en préparation. Il acte l’alignement de l’AfD sur la réorientation de la politique étrangère américaine sous Donald Trump.
Deux textes. Deux orientations. Une même logique : l’Allemagne doit cesser de s’opposer à Moscou et cesser de suivre Washington dans ce que l’AfD appelle l’« interventionnisme international ».
Le parti qui a remporté 43,8% des voix en Saxe-Anhalt le 6 septembre prépare sa politique étrangère. Et cette politique a un nom : le retournement des alliances.
Ce que prévoient les documents de l’AfD
L’information a été révélée par Bild le 15 septembre 2026. Le groupe de travail de politique étrangère de l’AfD a adopté un document de politique sur la Russie. Un second document, consacré aux États-Unis, doit être finalisé dans le courant du mois.
Le contenu du premier document est clair. L’AfD veut :
- la normalisation complète des relations avec la Russie ;
- la reprise du commerce et des achats de pétrole et de gaz russes ;
- la fin des sanctions contre Moscou ;
- l’arrêt de l’aide militaire allemande à l’Ukraine.
Le député AfD Markus Frohnmaier, responsable des questions de politique étrangère au Bundestag, a déclaré que le groupe était « uni derrière une politique étrangère fondée sur les intérêts nationaux de l’Allemagne ».
Chrupalla : « Nous voulons de bonnes relations avec la Russie »
Tino Chrupalla, coprésident de l’AfD, a défendu cette ligne avant même la révélation de Bild. Après la victoire électorale en Saxe-Anhalt, il a déclaré sur ARD : « Nous voulons avoir de bonnes relations avec la Russie. » Et il a ajouté : « La politique de sanctions doit changer. »
Le 8 septembre, sur ZDF, Chrupalla a été plus loin. Il a qualifié les sanctions de « absurdes » et a affirmé qu’elles avaient « causé d’énormes dommages à l’économie allemande elle-même ». Il a également déclaré que la dépendance au Kremlin pouvait être un « souveraineté », citant l’exemple de Viktor Orban et des prix du gaz en Hongrie.
« Vous savez pourquoi Viktor Orban est allé à Moscou ? Les Hongrois paient 2,53 centimes le kilowattheure pour le gaz. C’est ça, la souveraineté. »
Chrupalla s’est également prononcé contre la livraison de drones à l’Ukraine, utilisés pour frapper le territoire russe. Il a réaffirmé que l’AfD était « catégoriquement opposée » à la livraison d’armes dans les zones de guerre.
Le second document : l’alignement sur Washington
Le document sur les États-Unis est encore en préparation. Mais Bild a déjà révélé son orientation générale. L’AfD accueille « favorablement la réorientation de la politique étrangère américaine » sous Donald Trump. Le parti salue ce qu’il considère comme un « recul de l’interventionnisme international ».
Cette position n’est pas nouvelle. En septembre 2026, Donald Trump a publiquement félicité l’AfD après sa victoire en Saxe-Anhalt, qualifiant le parti de « mouvement en plein essor ». Depuis l’entrée en fonction de Trump en janvier 2025, les liens entre l’AfD et Washington se sont renforcés.
Alice Weidel, coprésidente de l’AfD, a rencontré le vice-président américain JD Vance en marge de la Conférence de sécurité de Munich. Des élus AfD se sont rendus à l’investiture de Trump. Vance a appelé les législateurs allemands à abandonner leur « pare-feu » contre l’extrême droite. Marco Rubio, secrétaire d’État, a qualifié la classification de l’AfD comme « extrémiste » par les services de renseignement allemands de « tyrannie déguisée ».
Mais le parti n’est pas unanime. Selon CNN, certaines factions de l’AfD souhaitent désormais prendre leurs distances avec Trump, notamment en raison de ses interventions militaires controversées la guerre en Iran, les menaces sur le Groenland, l’intervention au Venezuela. Un sondage ARD de mars 2026 indiquait que 58% des Allemands considéraient les attaques contre l’Iran comme injustifiées.
La confrontation avec Merz
La ligne de l’AfD tranche avec celle du gouvernement allemand. Le chancelier Friedrich Merz a réaffirmé son soutien à Kiev dans un discours devant le Bundestag. « Nous soutenons l’Ukraine et nous continuerons à la soutenir, parce qu’elle défend aussi notre liberté », a-t-il déclaré.
Merz a directement attaqué l’AfD. Il l’a accusée de « faire des allers-retours à l’ambassade de Russie à Berlin » et d’entretenir des relations très étroites avec Moscou et Poutine. Il a déclaré que l’AfD ne ferait « jamais partie d’un gouvernement avec la CDU ».
Alice Weidel a répliqué en demandant au gouvernement de « s’engager enfin pour des négociations de paix, comme le font les États-Unis ». Sur l’énergie, elle a déclaré : « Nous avons besoin de gaz russe bon marché. Nous travaillerons pour cela. »
Le contexte : la fin du « pare-feu » ?
La victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt le 6 septembre 2026 a changé la donne politique. Avec 43,8% des voix, le parti a réalisé son meilleur résultat depuis 1945. La CDU de Merz a perdu plus de la moitié de son score par rapport à 2021, tombant à 17,2%.
Tous les autres partis allemands appliquent ce qu’ils appellent un « pare-feu » une règle non écrite de ne pas former de coalition avec l’AfD ni de travailler avec elle au parlement. Si l’AfD n’obtient pas la majorité absolue, les autres partis pourraient former une coalition pour l’exclure du pouvoir.
Chrupalla a néanmoins annoncé que l’AfD allait « envoyer des offres de discussions à tous les partis ». « Ensuite, nous verrons qui rejette la main que nous tendons », a-t-il déclaré. Il a également indiqué que l’AfD ferait pression sur Berlin depuis le Bundesrat la chambre haute représentant les Länder pour obtenir un changement de politique à l’égard de la Russie.
Les implications européennes
La position de l’AfD n’est pas isolée. En Europe, plusieurs formations d’extrême droite ou populistes partagent cette volonté de normalisation avec Moscou. Le parti de Viktor Orban en Hongrie a déjà montré la voie. Le Rassemblement national en France, bien que moins explicite, s’interroge sur les sanctions.
Si l’AfD parvient à faire basculer la politique étrangère allemande, l’équilibre européen s’en trouverait modifié. L’Allemagne est le deuxième contributeur à l’effort de guerre ukrainien, après les États-Unis. Un changement de cap allemand fragiliserait la position de Kiev et renforcerait Moscou.
Mais le chemin est long. L’AfD n’est pas au gouvernement fédéral. Elle ne contrôle pas le Bundestag. Et le « pare-feu » reste en place, même si sa solidité est contestée.
Que veut l’AfD pour la Russie ?
L’AfD veut normaliser complètement les relations avec Moscou, lever les sanctions, reprendre les échanges économiques et les achats d’énergie, et arrêter l’aide militaire à l’Ukraine.
L’AfD peut-elle changer la politique allemande ?
Pas seule. L’AfD n’est pas au gouvernement fédéral et le « pare-feu » des autres partis reste en place. Mais le parti exerce une pression croissante, notamment depuis sa victoire en Saxe-Anhalt.
Pourquoi l’AfD soutient-elle Trump ?
L’AfD considère que la politique étrangère de Trump marque un recul de l’« interventionnisme international », qu’elle juge contraire aux intérêts allemands. Le parti partage également des positions sur l’immigration et une rhétorique anti-establishment.
Quel est le rapport entre la Russie et les États-Unis dans la stratégie de l’AfD ?
Les deux orientations convergent : l’AfD veut un monde où l’Allemagne ne s’aligne plus automatiquement sur l’OTAN et l’Union européenne, mais défend ses « intérêts nationaux » ce qui signifie, pour le parti, des relations économiques avec Moscou et un alignement idéologique sur Washington.
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