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© Camer.be : Toto Jacques
- 19 Sep 2026 19:24:53
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Cameroun - Eko Eko : ce que disent vraiment les 35 témoins du procès
Les avocats d'Eko Eko publient une mise au point : 35 témoins entendus, aucune preuve à charge. La défense dénonce un « tribunal de l'opinion » dans le procès Martinez Zogo.
Un communiqué, cinq avocats, et une question : le procès Martinez Zogo est-il en train de se gagner devant le prétoire militaire ou sur les réseaux sociaux ?
Le collectif des avocats d'Eko Eko Léopold Maxime a publié le 17 septembre 2026 une mise au point catégorique : selon eux, les 33 premiers témoins entendus devant le Tribunal Militaire de Yaoundé n'ont établi aucun lien, direct ou indirect, entre leur client et l'assassinat de Martinez Zogo. Aucune preuve matérielle, documentaire, téléphonique ou numérique à charge n'a été rapportée. La défense réclame la sérénité du prétoire.
Mais une question reste ouverte. Pourquoi ce procès, qui devait être celui de la vérité judiciaire, est-il devenu celui de la bataille narrative ?
Depuis six mois, les audiences se tiennent. Sur les 43 témoins annoncés par le ministère public, 35 ont été entendus. Parmi eux, des experts en téléphonie, des médecins légistes, des cadres de la DGRE, les gardes du corps du défunt, des journalistes. Le collectif affirme qu'aucun de ces témoignages n'a permis d'établir un lien entre Eko Eko et les faits reprochés.
La question de la chaîne de commandement
Le communiqué insiste sur un point technique. Une note de service du 12 novembre 2021, versée au dossier et non contestée, avait retiré la coordination de toutes les opérations au lieutenant-colonel Justin Danwe pour la confier au conseiller technique n°1 de la DGRE. La mesure avait été prise pour des « ruptures avérées de la chaîne de commandement » et des « usages répétés des moyens du service à des fins personnelles ».
Selon la défense, personne n'a rapporté au tribunal la preuve de la caducité de cet acte administratif. Danwe n'avait donc pas l'autorité pour lancer l'opération qui a conduit à l'enlèvement et à la mort de Martinez Zogo. Le commissaire divisionnaire James Elong Lobe, ancien directeur des opérations de la DGRE, a confirmé cette architecture institutionnelle lors de son témoignage du 5 janvier 2026 : seul le directeur général possède la prérogative de déclencher une telle action.
Les officines extérieures et le contournement de l'État
Le communiqué détaille ensuite une série de démarches que la défense qualifie de « clandestines ». Le 29 décembre 2022, Justin Danwe aurait contacté l'adjudant-chef Ngamby Legrand, chef du poste de gendarmerie de la Poste Centrale de Yaoundé, pour lui demander de trouver des « gros bras » afin d'infliger une correction à Martinez Zogo. Il aurait ensuite demandé à Ngamby d'effacer leurs échanges WhatsApp. Le gendarme a refusé.
Danwe aurait également sollicité des informations de localisation auprès du commandant de la compagnie de gendarmerie de Mfou, son camarade de promotion. Pour la défense, ces démarches démontrent l'absence totale d'une démarche institutionnelle. La Direction des Opérations de la DGRE disposait pourtant d'une réserve de plus de 200 commandos de niveau forces spéciales et d'équipements de tracking de haute précision. Leur déploiement nécessitait l'autorisation préalable du directeur général. Cette autorisation n'a jamais été sollicitée.
La fraude aux fiches de géolocalisation
Les expertises téléphoniques versées au dossier attestent que le 6 janvier 2023, Justin Danwe a exigé d'un agent de la Division des Surveillances Électroniques (DSE) de la DGRE l'effacement de toutes les traces d'édition de la fiche de géolocalisation et de la fiche technique qu'il avait frauduleusement obtenues.
Les deux personnels impliqués dans cette manipulation ont été placés sous mandat de dépôt par le juge d'instruction. Ils comparaissent actuellement en jugement. Pour la défense, ce détail est central : il démontre que Danwe a agi en dehors de tout cadre légal, sans en informer sa hiérarchie.
Les contradictions de Danwe
Le communiqué rappelle que Justin Danwe a produit « au moins quatre versions différentes et mutuellement exclusives » de ses allégations. Aucune n'a été corroborée par un élément matériel ou numérique. Les rapports d'expertise financière confirment qu'aucun fonds de la DGRE n'a été engagé pour cette opération. Ils révèlent au contraire des flux et paiements occultes perçus par Danwe de la part de personnes extérieures au service.
Le colonel Jean-Pierre Otoulou, 34e témoin à charge, a lui-même reconnu lors de son audition du 14 juillet 2026 que Danwe avait fini par avouer : « C'est moi qui ai fait l'opération. » Mais cette déclaration, selon la défense, ne suffit pas à établir la responsabilité d'Eko Eko.
La bataille narrative
Le communiqué ne se contente pas de contester les faits. Il attaque aussi la manière dont l'affaire est couverte. Le collectif met en garde les « auteurs de narratifs biaisés » et rappelle que « le procès pénal se gagne devant le prétoire de la juridiction militaire et non au tribunal de l'opinion ou des réseaux sociaux. »
C'est une phrase qui dit beaucoup. Depuis le début de l'affaire, des fuites ont alimenté la presse et les réseaux. Des extraits de procès-verbaux, des témoignages, des éléments d'enquête ont circulé avant même d'être débattus à l'audience. Pour la défense, cette médiatisation pèse sur la sérénité des débats et transforme les accusés en coupables désignés avant tout verdict.
Ce que le tribunal n'a pas encore tranché
À ce stade, 35 témoins ont été entendus. Huit restent à auditionner. Les débats doivent se poursuivre dans les semaines à venir. La question de la responsabilité d'Eko Eko n'a pas encore été tranchée par la collégialité.
Ce que le communiqué établit, en revanche, c'est une chose : la défense ne se contente plus de nier. Elle attaque la crédibilité de l'accusation, pièce par pièce. Elle conteste la chaîne de commandement, les méthodes d'enquête, la valeur des déclarations de Danwe. Elle transforme le procès en une bataille sur la nature même des preuves.
Reste une question que personne, à ce jour, n'a tranchée. Si Danwe a agi seul, comment a-t-il pu mobiliser des moyens, contourner des procédures, et disparaître des radars pendant dix-sept jours sans que personne, dans une institution aussi structurée que la DGRE, ne s'en aperçoive ?
Où en est le procès Martinez Zogo ?
35 témoins sur 43 ont été entendus. Il en reste huit. Les audiences se poursuivent au Tribunal militaire de Yaoundé.
Que dit la défense d'Eko Eko ?
Elle affirme qu'aucune preuve matérielle ne lie son client aux faits. Elle pointe les contradictions de Justin Danwe et l'absence de chaîne de commandement.
Qui est Justin Danwe ?
C'est l'ancien directeur des opérations de la DGRE. Il est accusé d'avoir dirigé le commando qui a enlevé et tué Martinez Zogo. Il a reconnu les faits devant les enquêteurs, selon le colonel Otoulou.
Pourquoi la défense parle-t-elle de « tribunal de l'opinion » ?
Parce que des fuites ont alimenté la presse et les réseaux avant que les débats aient lieu. Les avocats estiment que cela pèse sur la sérénité du procès.
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