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© Camer.be : Toto Jacques
- 19 Sep 2026 15:36:44
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Cameroun - MRC : Binyam lâche Mbida après un audio qui change tout
Pierre-Emmanuel Binyam écarte Mbida Ndoumbe de sa liste après la fuite d'un audio où il menace de saisir Atanga Nji. Le MRC vacille avant le congrès du 17 octobre.
Un enregistrement vocal, une menace à peine voilée à l'endroit du parti, et une décision prise en quarante-huit heures : le MRC découvre que ses fractures internes ne sont plus seulement politiques.
Pierre-Emmanuel Binyam a remplacé Mbida Ndoumbe par Emmanuel Likenye Monyoko au poste de deuxième vice-président sur sa liste de candidature à la présidence du MRC. La décision est tombée quelques jours après la diffusion d'un enregistrement vocal dans lequel Mbida menace de saisir le ministre de l'Administration territoriale, Paul Atanga Nji, pour faire annuler une assemblée générale du parti.
Un audio, une bombe
Le MRC n'a pas besoin d'ennemis extérieurs en ce moment. Il en a à l'intérieur. La fuite de l'enregistrement attribué à Mbida Ndoumbe n'est pas une simple indiscrétion. C'est une déflagration dans un parti déjà en proie aux turbulences depuis la démission de Maurice Kamto, le 8 septembre. Dans la séquence audio devenue virale, Mbida Ndoumbe menace de contacter Atanga Nji pour faire annuler une assemblée générale du MRC. L'intéressé a lui-même reconnu que la voix était la sienne, selon plusieurs sources concordantes. Ce n'est pas une rumeur. C'est un fait admis.
Le timing n'est pas un hasard
Binyam a réagi vite. Trois jours après la clôture des dépôts de candidatures, le 16 septembre, il a procédé au réaménagement de sa liste. Mbida Ndoumbe, qui devait occuper le poste de deuxième vice-président, est remplacé par Emmanuel Likenye Monyoko, représentant régional du parti dans le Sud-Ouest. Dans un communiqué, Binyam justifie sa décision par un « souci de cohérence avec les valeurs et les principes qui fondent son engagement politique et le socle de la Renaissance du Cameroun ». La formule est propre. Presque trop propre. Derrière le vocabulaire de la rigueur, la décision ressemble à un réflexe de survie politique. Un candidat à la présidence du MRC ne peut pas laisser sur sa liste un homme qui aurait envisagé de tendre la main à celui que le parti considère comme le bras armé de l'administration contre lui.
Qui est Likenye Monyoko ?
Son profil mérite qu'on s'y arrête. Emmanuel Likenye Monyoko n'est pas un inconnu. Il est le secrétaire régional du MRC dans le Sud-Ouest, une région où le parti a dû composer avec un contexte sécuritaire et administratif extrêmement tendu. En janvier 2018, il adressait déjà une correspondance au sous-préfet de Buea pour demander l'autorisation de tenir une marche du parti. Le choix de Binyam n'est donc pas anodin : il envoie un signal à l'électorat anglophone, et il remplace un cadre du Centre par un homme de terrain issu d'une région stratégique. Mais ce signal est aussi un aveu : Binyam a besoin de consolider sa base régionale après un épisode qui aurait pu le faire passer, lui, pour un dirigeant incapable de filtrer ses propres alliés.
Le contexte plus large : un parti sous pression
Le MRC n'en est pas à sa première secousse. La démission de Maurice Kamto, le 8 septembre, a ouvert une crise de succession dont les effets se font encore sentir. Kamto a quitté la présidence du parti qu'il a fondé en 2012, invoquant « l'intérêt supérieur du parti ». Son premier vice-président, Mamadou Mota, a démissionné le même jour. Depuis, Tiriane Balbine Nadège Noah assure l'intérim. Trois listes sont en lice pour la convention extraordinaire du 17 octobre : celles de Tiriane Noah, de Pierre-Emmanuel Binyam et de Brice Ronnic Djolako. Et voilà que l'un des candidats doit gérer une crise interne sur sa propre liste.
L'ombre d'Atanga Nji
Il faut comprendre ce que signifie, au Cameroun, « saisir Atanga Nji ». Le ministre de l'Administration territoriale n'est pas un simple arbitre administratif. Depuis des mois, son ministère refuse de reconnaître les travaux de la convention du 21 décembre 2025 qui avait reconduit Maurice Kamto à la tête du MRC. Une correspondance du 19 août 2026 a explicitement écarté la validité de cette convention, rappelant qu'elle avait été interdite par arrêté préfectoral. Pour les militants du MRC, Atanga Nji incarne la pression administrative qui pèse sur le parti. Alors imaginer qu'un cadre du MRC un vice-président sur une liste candidate puisse menacer de recourir à lui pour torpiller une assemblée générale du parti lui-même : c'est, dans la grammaire politique camerounaise, une forme de trahison. Ou, au minimum, une faute politique impardonnable.
La décision de Binyam : courage ou calcul ?
Deux lectures sont possibles. La première : Binyam a fait preuve de fermeté. Il a écouté, il a compris, il a coupé. Il a appliqué une ligne claire : on ne garde pas à ses côtés quelqu'un qui envisage de faire appel à l'administration contre son propre camp. Cette lecture flatte Binyam et correspond au récit qu'il a lui-même construit dans son communiqué.
La seconde : Binyam a réagi sous la pression. L'audio était déjà dans la rue. Attendre, c'était laisser la controverse s'installer. Remplacer Mbida était la seule option viable pour ne pas perdre la face avant le 17 octobre. Cette lecture ne flatte personne, mais elle est plus proche des mécanismes réels de la politique partisane.
Le fait que nous ne disposons pas du communiqué intégral de Binyam au moment d'écrire ces lignes seulement des extraits rapportés par la presse nous empêche de trancher. Ce que nous savons, c'est que la décision a été prise vite, et qu'elle a été communiquée comme une décision de principe. Le reste relève de l'appréciation.
Ce que ça dit du MRC
Le MRC est un parti qui a construit son identité sur la rupture. Rupture avec le RDPC, rupture avec les pratiques de l'administration, rupture avec une opposition jugée trop docile. Mais la séquence Mbida révèle une fissure. Les partis d'opposition camerounais sont traversés par des logiques de loyauté et de positionnement qui n'ont rien à envier aux formations au pouvoir. La différence, c'est que lorsqu'un cadre de l'opposition fait appel à l'administration contre son propre parti, la ligne rouge n'est plus seulement politique. Elle devient existentielle.
La convention du 17 octobre doit désigner le successeur de Maurice Kamto. Trois listes sont en compétition. Binyam, Tiriane Noah, Djolako. Aucun d'eux n'a encore dévoilé l'intégralité de son programme. Les militants, eux, attendent. La question qui circule dans les permanences du parti n'est plus seulement « qui va gagner ? ». Elle est devenue : « qui n'a pas encore été exposé ? ». La séquence Mbida a rappelé une chose simple : dans une campagne interne, un audio peut faire plus de dégâts qu'un discours.
Pourquoi Binyam a-t-il remplacé Mbida ?
Parce qu'un audio a circulé dans lequel Mbida menace de saisir Atanga Nji pour faire annuler une assemblée générale du MRC. Binyam a préféré couper avant que ça ne lui retombe dessus.
Qui est Likenye Monyoko ?
C'est le représentant du MRC dans le Sud-Ouest. Un homme de terrain, encarté depuis 2012, qui remplace Mbida au poste de deuxième vice-président.
Est-ce que Mbida a confirmé que c'était sa voix ?
Oui, il l'a reconnu lui-même selon plusieurs sources. On n'a pas eu accès à une déclaration écrite de sa part au moment d'écrire ces lignes.
Quand aura lieu le congrès du MRC ?
Le 17 octobre 2026, à Yaoundé. Trois listes sont en lice.
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