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© Camer.be : Onana Nestor
- 21 Aug 2026 20:32:26
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Choléra : l'UE donne 65 millions, le Cameroun dépense le double en Prado
L'UE débloque 65 millions FCFA pour lutter contre le choléra au Cameroun. Pendant ce temps, l'État dépense le double pour renouveler sa flotte de Prado. Le scandale.
L'Union européenne a annoncé une aide d'urgence de 100 000 euros (65,6 millions FCFA) pour le Cameroun face à l'épidémie de choléra. Une somme qui équivaut à peine au coût d'un seul cortège ministériel dans la capitale. Pendant ce temps, les décideurs de Yaoundé s'offrent des Prado neufs. Le contraste est saisissant.
L'Union européenne a débloqué 2,3 millions d'euros (1,51 milliard FCFA) pour aider quatre pays d'Afrique centrale et de l'Ouest à faire face à l'épidémie de choléra. Le Cameroun, l'un des bénéficiaires, ne recevra que 100 000 euros soit environ 65,6 millions FCFA.
À Yaoundé, les décideurs dépensent le double rien que pour renouveler leur flotte de véhicules de luxe. Un seul cortège d'un ministre coûte parfois plus qu'un hôpital de campagne.
Pendant que l'Europe fait la quête pour la santé publique camerounaise, les dirigeants du pays roulent en Prado. Le génie tragique d'une nation qui dépend de l'aide extérieure pour sauver ses enfants, mais trouve des milliards pour le confort de ses élites.
L'UE en première ligne face à l'épidémie
2,3 millions d'euros pour quatre pays
Le 17 août 2026, la Commission européenne a annoncé l'allocation de 2,3 millions d'euros (environ 1,51 milliard FCFA) pour soutenir le Nigeria, le Cameroun, la République centrafricaine et le Tchad face à l'épidémie de choléra.
La répartition est la suivante :
- Nigeria : 1,5 million d'euros (984 millions FCFA)
- République centrafricaine : 500 000 euros (328 millions FCFA)
- Tchad : 200 000 euros (131 millions FCFA)
- Cameroun : 100 000 euros (65,6 millions FCFA)
Le Cameroun, pourtant l'un des pays les plus touchés, ne reçoit que 4,3 % de l'enveloppe totale.
Une épidémie qui progresse
Selon l'Organisation mondiale de la Santé, plus de 61 000 cas de choléra ont été signalés en Afrique au cours des cinq premiers mois de 2026. L'épidémie touche particulièrement la région de l'Extrême-Nord du Cameroun, aux frontières du Tchad et du Nigeria.
Depuis le début de l'épidémie, environ 1 000 contaminations ont été recensées pour au moins 28 morts.
Une aide utile mais insuffisante
L'aide européenne permettra de renforcer la prise en charge des malades, de mobiliser du personnel supplémentaire, de fournir des médicaments essentiels, de renforcer les unités de traitement du choléra et d'installer des points de réhydratation orale dans les communautés les plus touchées.
« Le choléra est évitable et traitable. Pourtant, il menace encore des vies lorsque les gens manquent de quelque chose d'aussi basique que l'eau potable et les soins de santé », a déclaré Hadja Lahbib, commissaire européenne chargée de la préparation et de la gestion des crises.
Le scandale des dépenses somptuaires à Yaoundé
Des Prado pour les décideurs
Pendant que l'Europe débloque 65 millions FCFA pour sauver des vies, le gouvernement camerounais dépense plus du double pour renouveler sa flotte de Toyota Prado.
Un seul Prado V8 coûte entre 85 et 100 millions FCFA en 2026. Une flotte d'une vingtaine de véhicules ce qui est courant pour les ministères représente facilement 1,5 milliard FCFA. Soit l'équivalent de l'aide totale de l'UE pour quatre pays.
Un seul cortège ministériel, avec ses motos d'escorte, ses véhicules de sécurité et ses SUV de luxe, coûte parfois plusieurs centaines de millions FCFA. L'équivalent d'un hôpital de campagne.
L'absurdité du système
Le contraste est saisissant. D'un côté, des populations qui meurent du choléra faute d'eau potable, d'assainissement et de soins. De l'autre, des dirigeants qui roulent en 4x4 de luxe sur des routes que les citoyens empruntent à pied.
Cette situation est révélatrice d'un problème de priorités. Le Cameroun a les moyens de financer sa propre lutte contre le choléra. Le Plan national de lutte contre le choléra pour la période 2026-2030 est estimé à 108,6 milliards FCFA. Le pays peut mobiliser ces ressources. Mais il choisit de les affecter ailleurs.
Une dépendance structurelle
L'aide européenne est la bienvenue. Elle sauve des vies. Mais le véritable scandale est ailleurs : pourquoi des États africains disposant de ressources financières considérables continuent-ils de dépendre de financements d'urgence pour combattre une maladie évitable ?
L'Afrique possède les moyens : des médecins, des épidémiologistes, des laboratoires, des institutions régionales comme Africa CDC. Le véritable déficit se situe dans la prévention, la gouvernance et les priorités.
Le choléra n'est pas une fatalité. Il prospère lorsque les gens consomment une eau contaminée, lorsque les systèmes d'assainissement sont insuffisants, lorsque les déchets s'accumulent. Investir dans l'eau potable et l'assainissement, c'est prévenir les épidémies plutôt que de financer leur gestion une fois déclenchées.
Ce que le Cameroun devrait faire
Réorienter les priorités budgétaires
Le gouvernement camerounais pourrait, s'il le voulait, financer intégralement la lutte contre le choléra. Un seul programme d'achat de véhicules de luxe pour les ministères suffirait à couvrir une grande partie des besoins.
Investir dans la prévention
L'enjeu n'est pas seulement de traiter les malades. C'est d'empêcher l'épidémie en investissant dans l'eau potable, l'assainissement, la surveillance épidémiologique et la vaccination ciblée.
Assumer ses responsabilités
Le Cameroun ne peut pas continuer à dépendre de l'aide extérieure pour des besoins aussi fondamentaux. Il est temps que l'État assume ses responsabilités envers sa population.
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