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© Camer.be : Toto Jacques
- 20 Aug 2026 15:54:45
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Retour de l'armée française au Tchad : le revirement stratégique
Dix-huit mois après la rupture, l'armée française est de retour au Tchad. Formation, renseignement, soutien aérien : un nouvel accord sans bases permanentes. Décryptage.
Le Tchad a restauré sa relation militaire avec la France, près de dix-huit mois après avoir exigé le départ des forces françaises à cause d'un différend sur le partage du renseignement dans le bassin du lac Tchad. Depuis avril 2026, des militaires français sont de retour sur le sol tchadien mais pas dans les anciennes bases permanentes. Formation des effectifs tchadiens, collecte du renseignement et soutien aérien : voilà les trois piliers du nouvel accord.
C'est l'histoire d'un divorce spectaculaire, suivi d'une réconciliation à pas feutrés. Celle d'un pays qui a cru pouvoir se passer de son ancien allié historique avant de découvrir que les alternatives avaient un prix, parfois plus élevé que la facture française.
LE DIVORCE : JANVIER 2025, LA RUPTURE
Le 31 janvier 2025 restera une date clé dans l'histoire du Tchad. Ce jour-là, les derniers soldats français ont quitté le pays, mettant fin à 65 ans de présence militaire française ininterrompue. La base historique Sergent-chef Adji-Kosseï de N'Djamena, symbole de cette présence centenaire, a été rétrocédée aux autorités tchadiennes.
La rupture avait été actée en novembre 2024, quand N'Djamena avait dénoncé unilatéralement l'accord de coopération de défense signé avec la France, datant de 1976. Le président Mahamat Idriss Déby Itno avait qualifié ces accords « d'obsolètes ». En quelques semaines, environ 1 000 militaires français ont plié bagage un départ précipité qui a laissé un vide stratégique.
Ce retrait était aussi le symbole d'un basculement plus large. Le Tchad était le dernier point d'ancrage militaire français au Sahel. Après les retraits du Mali, du Burkina Faso et du Niger, la perte du Tchad achevait de démanteler le dispositif français dans la région.
« Ce n'est pas une rupture avec la France, mais nous mettons terme à la coopération militaire », avait alors déclaré le président Déby. Une distinction de langage qui, avec le recul, annonçait déjà la suite.
LE RÉCHAUFFEMENT : DE LA RUPTURE AU « PARTENARIAT REVITALISÉ »
À peine un an plus tard, les deux présidents se retrouvaient à l'Élysée. Le 29 janvier 2026, Emmanuel Macron recevait Mahamat Idriss Déby Itno pour un « entretien de travail ». Les deux chefs d'État annonçaient alors un « partenariat revitalisé ».
En mai 2026, Macron était encore plus explicite. Interrogé sur France 24 et RFI, il a déclaré : « Demandez à Monsieur Déby. D'ailleurs, c'est lui-même qui a demandé à rebâtir une relation de défense avec la France ». Une déclaration qui en dit long sur la dynamique réelle du retournement.
Selon Le Monde, les discussions ont repris autour d'une idée centrale : retisser un partenariat plus discret, sans retour aux bases militaires permanentes. La coopération devait d'abord se concentrer sur les forces aériennes, avant d'être élargie aux forces terrestres.
En avril 2026, les premiers militaires français sont réapparus. Un nombre limité, avec des missions ciblées : formation, renseignement, déploiements ponctuels. Une délégation de la Direction générale de l'armement (DGA) s'est même rendue à N'Djamena pour étudier la vente d'hélicoptères et d'avions à l'armée tchadienne.
POURQUOI LE TCHAD EST REVENU SUR SA DÉCISION
Le départ des Français a laissé un vide. Un proche du président tchadien l'a reconnu auprès du Monde : « Le départ des Français a laissé un vide ». Un général tchadien a renchéri : « Avoir des moyens français peut nous aider à répondre à nos ennemis ».
Mais surtout, les alternatives se sont révélées décevantes, voire contre-productives.
La Russie d'abord. Les mercenaires russes de l'Africa Corps, dont l'incapacité à maîtriser les insurgés au Mali a dissuadé les dirigeants tchadiens. L'option russe, séduisante sur le plan rhétorique, s'est heurtée à la réalité du terrain.
La Turquie ensuite. Les drones d'attaque ANKA-S et Aksungur fournis en 2024 se sont avérés trop coûteux pour que le Tchad puisse les utiliser pleinement.
Les Émirats arabes unis enfin. Leur soutien aux Forces de soutien rapide (FSR) au Soudan, y compris l'approvisionnement via le territoire tchadien, en a fait un partenaire peu attrayant pour N'Djamena.
« La France essaie de rebâtir sa coopération militaire avec le Tchad, mais pas en suivant l'ancien format. Ce n'est pas un retour complet. C'est une tentative prudente d'y retourner par la porte latérale, avec moins de soldats, moins de visibilité et un plus grand recours au consentement politique tchadien », analyse Aleksander Olech pour Defense24.
La menace sécuritaire, elle, n'a pas disparu. Le Tchad affronte toujours Boko Haram et la Province d'Afrique de l'Ouest de l'État islamique (ISWAP) dans la région du lac Tchad. Sans oublier les défis sécuritaires le long de la frontière orientale avec le Soudan.
CE QUE CHANGE LE NOUVEL ACCORD
La différence est fondamentale : il n'y aura pas de bases permanentes.
Contrairement à l'ancien dispositif qui voyait la France installée durablement sur le sol tchadien, le nouvel accord est plus souple, plus discret. La France ne prévoit pas d'établir de bases militaires permanentes. Ce qui intéresse Paris en revanche, c'est de retrouver un accès à la base aérienne Adji-Kosseï une nuance importante entre « base permanente » et « accès opérationnel ».
Les trois missions principales du partenariat :
1. Formation des effectifs tchadiens
2. Collecte du renseignement
3. Soutien aérien à l'armée tchadienne
L'analyste Hassan Yusuf Zarma résume la situation : « Les observateurs tchadiens considèrent ce rapprochement comme un reflet du désir mutuel de préserver les filières de sécurité et de coopération militaire, tout en prenant note de l'évolution politique et régionale qui a refaçonné la nature des relations entre la France et un certain nombre d'États sahéliens ».
PERSPECTIVES : QUELLE RELATION DEMAIN ?
Ce retour n'est pas un retour en arrière. C'est une relation repensée.
Du côté français, l'objectif est clair : retrouver une influence sans reproduire les erreurs du passé. La présence militaire lourde, source de tensions et de ressentiments, est abandonnée au profit d'une coopération plus technique et plus respectueuse des souverainetés.
Du côté tchadien, le calcul est pragmatique. Le président Déby a besoin de partenaires fiables pour faire face aux menaces sécuritaires. La Russie, la Turquie et les EAU n'ont pas tenu toutes leurs promesses. La France, malgré la rupture, reste un acteur avec une connaissance fine du terrain.
Mais le contexte a changé. Le Tchad accueille aujourd'hui environ 936 798 réfugiés soudanais et plus de 400 000 Tchadiens revenus au pays. Une pression humanitaire et sécuritaire immense qui ne tolère pas l'improvisation.
Un élément reste incertain : la ratification officielle. Selon les informations disponibles, les discussions se poursuivent mais aucun accord définitif ni calendrier de mise en œuvre n'ont encore été formellement arrêtés. Ni les autorités françaises ni les autorités tchadiennes n'ont communiqué officiellement sur le sujet.
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