Cameroun : 40 ans après Nyos, 1746 morts toujours sans sépulture
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Cameroun : 40 ans après Nyos, 1746 morts toujours sans sépulture

Ce 21 août 2026 marque les 40 ans de la catastrophe du lac Nyos. 1746 morts, un gaz invisible, et des questions qui persistent. Retour sur une tragédie qui hante le Cameroun.

Dans la nuit du 21 août 1986, un nuage de dioxyde de carbone s'est échappé du lac Nyos, asphyxiant 1 746 personnes dans leur sommeil. Quarante ans plus tard, entre mémoire empêchée et théories persistantes, les survivants attendent toujours des réponses.

C'était une nuit comme les autres dans les villages de Nyos, Cha et Su-Bum, nichés au pied des montagnes du nord-ouest du Cameroun. Les familles dormaient. Les enfants respiraient paisiblement. Personne n'a rien vu venir. Personne n'a rien entendu.

À l'aube du 22 août 1986, le silence était assourdissant. Pas un cri, pas un mouvement. Juste des corps allongés, figés dans leur dernier sommeil. 1 746 morts. Des milliers d'animaux décimés. Un gaz invisible, plus lourd que l'air, avait dévalé les pentes et asphyxié tout sur son passage dans un rayon de 25 kilomètres.

Quarante ans plus tard, le lac Nyos est redevenu une étendue d'eau paisible. Mais la douleur, elle, n'a pas disparu. Et les questions non plus.

21 août 1986 : la nuit où tout a basculé

À 21h30, le 21 août 1986, les eaux profondes du lac Nyos ont libéré brutalement une énorme quantité de dioxyde de carbone (CO₂) entre 100 000 et 300 000 tonnes. La cause exacte de ce dégazage reste, à ce jour, incertaine. Les géologues évoquent un glissement de terrain ou une légère éruption volcanique dans le fond du lac. Un phénomène comparable, pour les scientifiques, à « une bouteille d'eau gazeuse secouée puis ouverte ».

Le nuage de gaz, plus lourd que l'air, s'est d'abord élevé à près de 100 km/h avant de retomber sur les villages environnants. Invisible, inodore, il a chassé l'oxygène au niveau du sol. Les victimes sont mortes asphyxiées, souvent dans leur sommeil, sans avoir eu le temps de comprendre ni de fuir.

Le bilan officiel, reconnu par les autorités camerounaises et la communauté scientifique internationale, est de 1 746 morts et environ 3 500 têtes de bétail décimées.

Une catastrophe naturelle ou pas ?

Le consensus scientifique est clair : la catastrophe du lac Nyos est une éruption limnique, un phénomène naturel rare mais documenté. Un deuxième lac, le lac Monoun, avait connu une éruption similaire en 1984, faisant 37 victimes.

Pourtant, depuis 1986, des théories du complot circulent dans l'espace public camerounais. Certaines voix affirment que la catastrophe aurait été provoquée par des expériences militaires menées par Israël, la France ou d'autres puissances occidentales, en collaboration avec le gouvernement camerounais.

Ces allégations, reprises sur les réseaux sociaux, s'appuient sur des éléments non vérifiés : la présence présumée de matériel de secours israélien avant la catastrophe, une déclaration attribuée au président Denis Sassou Nguesso du Congo-Brazzaville, ou encore l'incendie du village de Bum par l'armée camerounaise.

Aucune preuve scientifique ou documentaire ne permet d'étayer ces accusations. Les organisations internationales UNESCO, ONU, institutions scientifiques ont toutes conclu à une catastrophe naturelle. Aucune enquête indépendante n'a jamais validé la thèse d'une expérimentation militaire.

Fai Yengo Francis : du préfet au coordonnateur national

Un nom revient systématiquement dans les récits entourant la catastrophe : Fai Yengo Francis. À l'époque, il était préfet (Senior Divisional Officer) du département de la Menchum.

Les archives montrent qu'il s'est rendu à Nyos dès le 22 août 1986, au lendemain du drame, pour superviser les opérations d'évacuation et de secours.

Sa carrière, elle, a connu une ascension notable. Il est devenu gouverneur des régions du Nord-Ouest (1996-1998), du Centre (à partir de 2003) et du Littoral (2007-2012). En décembre 2018, le président Paul Biya l'a nommé coordonnateur national du Comité national de désarmement, de démobilisation et de réintégration (DDR).

Les allégations selon lesquelles il aurait détourné des aides destinées aux victimes ou intimidé les survivants pour les empêcher de parler n'ont pas été confirmées par des sources indépendantes. Il s'agit d'accusations graves qui, à ce jour, n'ont fait l'objet d'aucune poursuite judiciaire ni d'aucune enquête publique.

40 ans après : la mémoire empêchée

Quarante ans après la tragédie, les survivants et leurs descendants vivent toujours avec les séquelles. Le recasement des familles déplacées reste largement inabouti. Les infrastructures construites après la catastrophe ont été détruites ou sont abandonnées, en partie à cause de la crise anglophone qui secoue la région depuis 2016.

Une question revient avec insistance : pourquoi n'y a-t-il pas de mémorial officiel à Nyos ? Pourquoi le gouvernement s'oppose-t-il, selon des sources locales, à l'organisation de commémorations par les populations ?

Le 21 août 2026, des cérémonies ont bien eu lieu, organisées par des associations de survivants et relayées sur les réseaux sociaux. Mais l'absence de reconnaissance officielle, de monument et de commémoration nationale reste un sujet de frustration.

Ce que dit la science

Un dispositif de dégazage, surnommé les « orgues de Nyos », a été installé sur le lac pour réduire la concentration de CO₂ dans les eaux profondes et prévenir une nouvelle catastrophe. Des équipes internationales continuent de surveiller le site.

Mais la question de la mémoire, elle, n'est pas technique. Elle est politique, sociale et humaine.

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