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© Camer.be : Onana Nestor
- 20 Aug 2026 22:18:24
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Cameroun : Joseph Fouda accusé d'escroquerie et d'espionnage
Le Dr Olive Ngobo annonce des poursuites contre le vice-amiral Joseph Fouda, conseiller de Paul Biya, pour escroquerie, corruption et espionnage. Une offensive judiciaire qui ravive la guerre des clans.
Escroquerie aggravée, corruption, atteinte à la sécurité de l'État, espionnage, conspiration contre les institutions : la liste des griefs est longue. Le Dr Olive Ngobo, experte en relations internationales, engage une procédure militaire et pénale contre l'un des hommes les plus puissants du régime.
Le vice-amiral Joseph Fouda, conseiller spécial du président Paul Biya, est dans le viseur de la justice. Le Dr Olive Ngobo, experte en relations internationales et stratégie de sécurité, a annoncé ce jeudi 20 août 2026 l'engagement de poursuites militaires et pénales à son encontre. Objectif : obtenir sa destitution, son limogeage des forces de défense camerounaises et son placement en détention militaire.
Dans une lettre adressée au peuple camerounais, à la diaspora et à la communauté internationale, Olive Ngobo affirme détenir des « éléments de preuve d'une gravité sans précédent » contre le conseiller présidentiel. « Derrière le blanc immaculé de l'uniforme se cache une réalité profondément troublante », écrit-elle, dénonçant une « conduite fondamentalement incompatible avec l'honneur, l'intégrité et les responsabilités attachées à de si hautes fonctions militaires et d'État ».
QUI EST LE VICE-AMIRAL JOSEPH FOUDA ?
Joseph Fouda est l'un des hommes les plus puissants et les plus influents du Cameroun. Nommé vice-amiral et conseiller spécial à la présidence de la République par décret présidentiel le 15 juillet 2025, il est l'un des plus anciens et des plus proches collaborateurs du chef de l'État.
Son parcours est celui d'un militaire de l'ombre, devenu l'un des gardiens du palais. Aide de camp de Paul Biya, il a tissé au fil des années un lien unique forgé dans les couloirs du pouvoir. Considéré comme « l'ombre du président », il s'est imposé comme un acteur incontournable des stratégies de défense et de sécurité.
Mais cette ascension fulgurante a été émaillée de zones d'ombre. En octobre 2024, après une vive altercation avec la première dame Chantal Biya, Joseph Fouda a été chassé du palais de l'Unité. Son badge d'accès a été désactivé. Une disgrâce dont on ne savait encore si elle serait provisoire ou définitive.
LES ACCUSATIONS : UNE LISTE LONGUE COMME LE BRAS
La plainte d'Olive Ngobo est d'une rare violence. Les griefs énumérés couvrent un spectre exceptionnellement large de délits présumés:
- Escroquerie aggravée et corruption
- Atteintes à la sécurité intérieure et extérieure de l'État
- Blanchiment d'argent
- Espionnage et divulgation illicite de secrets de la défense nationale
- Conspiration contre les institutions de la République
- Violations graves du code de justice militaire et des règles de discipline militaire
« Ces agissements, s'ils sont établis, seraient fondamentalement incompatibles avec le prestige de l'uniforme et avec les principes cardinaux que l'on attend de tout officier : Vérité, Probité et Honneur », écrit-elle.
L'affaire s'inscrit dans un contexte plus large. Depuis plusieurs mois, le nom de Joseph Fouda est cité dans une vaste affaire d'escroquerie en bande organisée impliquant Hervé Parfait Mbapou. Ce dernier, arrêté en juin 2024, est accusé d'avoir utilisé l'influence présumée du vice-amiral pour soutirer d'importantes sommes à des entrepreneurs.
Dans cette affaire, les rôles sont inversés. Mbapou accuse Fouda d'avoir orchestré l'ensemble du réseau. Fouda, lui, accuse Mbapou d'avoir usurpé son nom pour monter une escroquerie.
UNE GUERRE DES CLANS AU SOMMET DE L'ÉTAT
Derrière l'affaire judiciaire se profile une lutte d'influence au sommet de l'État. Selon plusieurs sources, l'affaire Fouda s'inscrit dans une « guerre des clans » qui oppose les proches de Paul Biya à ceux de son épouse.
En octobre 2024, Joseph Fouda a été chassé de la présidence après une altercation avec Chantal Biya. Il est accusé de fraude et de détournement de fonds. Mais il est aussi, et surtout, un acteur majeur de l'équilibre fragile qui régit les coulisses du pouvoir.
La nomination de Joseph Fouda comme vice-amiral en juillet 2025, loin d'apaiser les tensions, les a ravivées. Certains y voient une promotion, d'autres une manœuvre pour le maintenir sous contrôle. « Promu pas dégradé », tempère un observateur. « Contre-amiral = général de brigade. Vice-amiral = général de division. Fouda a donc été promu en grade et maintenu au poste de l'homme le plus proche de Biya et ayant le plus sa confiance depuis près de 20 ans ».
Olive Ngobo, elle, n'a pas attendu. Sa plainte-choc place désormais le vice-amiral au cœur d'un tourbillon judiciaire qui pourrait précipiter sa chute.
LA POSITION DE JOSEPH FOUDA
Joseph Fouda, après des mois de silence, est passé à l'offensive. Ses avocats ont déclaré qu'« aucune preuve tangible ne lie leur client à Mbapou ». Les expertises téléphoniques et les éléments du dossier d'instruction, consultés par Jeune Afrique, confirmeraient cette version.
Fouda a également assigné plusieurs personnes en diffamation. Il tente de limiter les dégâts en attaquant en justice ceux qui, comme Hervé Parfait Mbapou, l'impliquent dans l'affaire d'escroquerie.
Le vice-amiral a récemment réapparu aux côtés de Paul Biya lors d'événements officiels, semblant retrouver une certaine légitimité après une période de tensions avec l'entourage présidentiel.
CE QUE RISQUE JOSEPH FOUDA
Les poursuites engagées par Olive Ngobo visent trois objectifs:
1. La destitution de ses fonctions de conseiller spécial
2. Le limogeage des forces de défense camerounaises
3. Le placement en détention militaire
Les charges sont d'une gravité exceptionnelle. Si elles sont établies devant les juridictions compétentes, Joseph Fouda encourt des peines pouvant aller jusqu'à la prison à perpétuité, voire la peine capitale pour les atteintes à la sécurité de l'État.
Mais l'issue de cette procédure est incertaine. Le vice-amiral bénéficie de la protection de l'appareil d'État et de sa proximité avec le président. La guerre des clans pourrait jouer en sa faveur… ou précipiter sa chute.
« L'illusion de l'impunité et le sentiment d'intouchabilité sur lesquels une telle confiance a pu reposer ont atteint leurs limites », prévient Olive Ngobo. « Devant les injustices subies par tant de personnes innocentes, la vérité doit émerger et l'État de droit doit prévaloir. »
UNE AFFAIRE QUI N'A PAS FINI DE FAIRE COULER D'ENCRE
L'affaire Joseph Fouda est loin d'être close. Les enquêteurs continuent de creuser les ramifications d'un réseau d'escroquerie qui s'étendrait jusqu'aux plus hautes sphères de l'État.
Olive Ngobo promet de présenter ses preuves « de manière méthodique, responsable et, le cas échéant, portée à la connaissance du public ». Elle affirme ne reculer devant aucune intimidation. « Aucun acte d'intimidation, aucune menace, quelle qu'en soit la source, et aucun recours à des méthodes que j'allègue avoir déjà été employées, y compris l'utilisation d'opérateurs ou de prétendus "escadrons de la mort", ne me dissuaderont de poursuivre la vérité par des moyens légaux », écrit-elle.
Une chose est sûre : cette affaire a déjà des conséquences politiques. Elle ravive les tensions entre les différents clans du pouvoir. Elle fragilise l'image d'un régime déjà ébranlé par les scandales. Et elle place Paul Biya devant un dilemme : protéger son plus proche conseiller ou laisser la justice suivre son cours.
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