Ngoh Ngoh, l'homme qui signe à la place de Biya
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Cameroun - Ngoh Ngoh, l'homme qui signe à la place de Biya

Le président Paul Biya est absent du Cameroun depuis 62 jours. Ferdinand Ngoh Ngoh, ministre d'État et secrétaire général de la présidence, détient une délégation permanente de signature. Mais qui dirige vraiment le pays ? 

Absent du Cameroun depuis le 7 juin 2026, le président Paul Biya, 93 ans, a laissé les rênes du pouvoir à Ferdinand Ngoh Ngoh, son secrétaire général, qui détient depuis 2019 une délégation permanente de signature mais pas les pouvoirs constitutionnels du chef de l'État.

62 jours.

C'est le temps qui s'est écoulé depuis que Paul Biya a quitté Yaoundé, le 7 juin 2026, pour un « court séjour privé en Europe ». Soixante-deux jours sans que le président camerounais, 93 ans, ne fasse la moindre apparition publique. Aucune image. Aucune déclaration. Un silence présidentiel qui est devenu un sujet de préoccupation nationale.

Pendant ce temps, les décrets continuent d'être signés. Les nominations sont publiées. L'administration tourne. Mais qui, au juste, exerce l'autorité présidentielle ? La réponse se trouve dans un décret de 2019, passé inaperçu à l'époque, qui a accordé une délégation permanente de signature à Ferdinand Ngoh Ngoh, ministre d'État et secrétaire général de la présidence.

Le décret qui change tout

Le 5 février 2019, Paul Biya signait le décret n° 2019/043 « accordant délégation permanente de signature à Monsieur NGOH NGOH Ferdinand, Ministre d'Etat, Secrétaire Général de la Présidence de la République ».

À l'époque, ce texte était passé relativement inaperçu. Cinq ans plus tard, il est devenu le pilier sur lequel repose la gouvernance camerounaise en l'absence du président.

La délégation de signature permet à Ngoh Ngoh d'exercer, au nom du président, certaines attributions administratives. Elle ne fait pas de lui le président. Elle ne lui transfère pas les pouvoirs constitutionnels du chef de l'État. Mais elle lui donne une autorité considérable dans le fonctionnement quotidien de l'État.

62 jours d'absence : une situation inédite

Parti le 7 juin 2026 en compagnie de son épouse Chantal Biya, du ministre Samuel Mvondo Ayolo et du vice-amiral Joseph Fouda, le président devait effectuer un « court séjour privé en Europe ».

Soixante-deux jours plus tard, il n'est toujours pas rentré.

À Genève, où il séjournerait dans une clinique privée, le silence est total. Aucune image récente, aucune déclaration. Le plus vieux président du monde, réélu en octobre 2025 avec 53,66 % des voix, s'est comme évaporé.

Ngoh Ngoh, l'homme fort de l'ombre

Ferdinand Ngoh Ngoh n'est pas un inconnu. Secrétaire général de la présidence depuis décembre 2011, il est considéré comme un proche confident de Paul Biya.

Nommé ministre d'État en janvier 2019, il est décrit par les analystes comme l'un des hommes les plus puissants du Cameroun. Certains n'hésitent pas à le qualifier de « président de facto », estimant qu'il contrôle les affaires politiques du pays.

Avec la délégation de signature, son rôle est devenu encore plus central. C'est lui qui signe les décrets. C'est lui qui valide les nominations. C'est lui, en somme, qui fait tourner la machine administrative en l'absence de Biya.

Un vide institutionnel ?

Mais la délégation de signature a ses limites. Elle ne couvre pas les pouvoirs constitutionnels du président : la nomination du Premier ministre, la dissolution de l'Assemblée nationale, la proclamation de l'état d'urgence. Ces actes requièrent la signature personnelle du chef de l'État.

Le problème, c'est que depuis la révision constitutionnelle d'avril 2026, le poste de vice-président qui devait assurer la succession en cas de vacance du pouvoir n'a toujours pas été pourvu.

« Imaginez une vacance du pouvoir alors que le vice-président censé saisir le Conseil constitutionnel n'existe pas encore. La procédure est bloquée », résume un universitaire.

L'opposition monte au créneau

L'opposition ne cache pas son inquiétude. Le député Jean-Michel Nintcheu a appelé le Conseil constitutionnel à constater la vacance du pouvoir. L'UDC estime que « la stabilité d'une République ne peut reposer sur le silence ou les suppositions ».

Dans les rues de Yaoundé, la question est sur toutes les lèvres : « Cela fait bientôt deux mois. Nous ne savons même pas si notre président est vivant ou non », confie un habitant.

Le RDPC, le parti au pouvoir, tente de rassurer. « Le pouvoir n'est pas vacant. Le Lion n'est pas parti », affirmait Christophe Mien Zok, directeur de la propagande du parti, dans un éditorial du 15 juillet.

Le moment du Cameroun

C'est le moment.

Le moment de poser les vraies questions. Le moment de sortir du silence. Le moment de décider, collectivement, ce que sera l'avenir du Cameroun.

La question n'est plus : Où est Paul Biya ? La question est : Qui dirige vraiment le pays ? Ferdinand Ngoh Ngoh, avec sa délégation de signature ? Un président fantôme, à des milliers de kilomètres ? Ou personne, dans un vide institutionnel qui ne demande qu'à se combler ?

Le Cameroun retient son souffle. Les jours passent. Et l'absence de Biya devient, chaque jour un peu plus, une question existentielle pour tout un peuple.

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