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© Camer.be : Paul Moutila
- 01 Aug 2026 01:53:26
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Cameroun - Rivalité présumée : Ngoh Ngoh et Baboke s’affichent unis
Le 31 juillet, Ferdinand Ngoh Ngoh et Oswald Baboke ont marché main dans la main au Palais de l’Unité. Une image qui contredit les rumeurs de rivalité. Décryptage d’un geste politique fort.
Au moment où les réseaux sociaux prêtent au Secrétaire général de la Présidence et au Directeur adjoint du Cabinet civil une guerre d’influence sans merci, les deux hommes ont choisi le 31 juillet d’afficher une proximité que rien ne laissait présager.
Le 31 juillet 2026, au Palais de l’Unité à Yaoundé, une image a stupéfait les observateurs de la vie politique camerounaise. Ferdinand Ngoh Ngoh, Ministre d’État et Secrétaire général de la Présidence, et Oswald Baboke, Directeur adjoint du Cabinet civil, ont marché main dans la main devant l’ensemble des corps constitués et des invités d’une cérémonie solennelle de remise de médailles.
Pendant des mois, la toile les dépeignait comme des rivaux acharnés, chefs de deux factions du « clan Nanga » en guerre froide pour le contrôle des leviers du pouvoir. Pourtant, ce jour-là, sous les ors de la Présidence, c’est un tout autre spectacle qu’ont offert les deux hommes. Une démonstration de cohésion qui interroge : simple geste protocolaire ou message politique délibéré ? Alors que le web transforme la haute administration en terrain d’affrontements spéculatifs, le Palais de l’Unité a réaffirmé, l’espace d’un instant, la primauté de la discipline institutionnelle. Mais les rumeurs numériques ont la vie dure. Décryptage.
La scène du 31 juillet : une image qui contredit des mois de rumeurs
C’était une cérémonie comme il s’en tient régulièrement à la Présidence de la République. Dans les allées du Palais de l’Unité, le Ministre d’État Ferdinand Ngoh Ngoh, Secrétaire général de la Présidence depuis 2011, a décoré des membres du personnel du Secrétariat général. Mais ce qui devait être une formalité administrative s’est mué en moment politique.
À un moment de la cérémonie, Ngoh Ngoh et Oswald Baboke ont été vus marchant côte à côte, main dans la main, devant les hauts fonctionnaires, les invités et les médias. Un geste d’une proximité rare dans l’univers protocolaire du Palais, où chaque déplacement est mesuré, chaque signe interprété.
Cette image a immédiatement circulé sur les réseaux sociaux, provoquant une onde de choc dans l’opinion. Car elle venait contredire brutalement le récit dominant des derniers mois.
La « guerre des clans » version numérique
Depuis plusieurs mois, les espaces de discussion en ligne, la presse d’opinion et les réseaux sociaux dépeignent abondamment Ngoh Ngoh et Baboke comme les chefs de deux factions rivales au sein de l’appareil d’État. Cette rivalité s’inscrirait dans une lutte plus large pour la succession du président Paul Biya, 93 ans, dont l’état de santé alimente toutes les spéculations.
Le « clan Nanga » du nom de la région d’origine de plusieurs hauts responsables serait ainsi divisé en deux sous-clans : celui de Ferdinand Ngoh Ngoh et celui d’Oswald Baboke. Selon cette grille de lecture, les deux hommes se livreraient une guerre feutrée pour le contrôle des leviers stratégiques : l’armée, les services de renseignement, les finances publiques.
Cette lecture a été alimentée par une série d’événements récents. Depuis fin juin 2026, Oswald Baboke est convoqué et auditionné par le Tribunal criminel spécial (TCS) dans le cadre de deux enquêtes prescrites par Paul Biya lui-même. La première concerne des irrégularités présumées dans le secteur aurifère camerounais ; la seconde, une tentative d’utilisation d’un faux décret présidentiel annonçant la nomination d’un vice-président. Ce faux décret, présenté à la CRTV le 12 juin, a été qualifié de « tentative de coup d’État » dans une note de renseignement.
Parallèlement, les accusations du capitaine Effoudou Romuald Awussi, ancien officier des renseignements en exil, ont mis Ferdinand Ngoh Ngoh sur la sellette. L’ex-officier l’accuse de l’avoir poussé à la fuite après qu’il a dénoncé une tentative de coup d’État en 2023. Une sortie médiatique que les observateurs ont immédiatement rattachée au « clan Baboke ».
Le geste du 31 juillet : unité ou calcul ?
C’est dans ce contexte de tensions et de rumeurs que la main dans la main du 31 juillet a pris tout son sens. Pour les uns, il s’agit d’une démonstration de cohésion institutionnelle, un signal adressé à ceux qui spéculent sur une guerre des clans. La Présidence de la République, à travers cette image, rappellerait que la discipline d’appareil prime sur les ambitions personnelles.
Pour les autres, ce geste relève du calcul politique. À quelques mois des grandes échéances, afficher une unité de façade serait un moyen de rassurer les partenaires du Cameroun et de maintenir l’ordre au sein de l’administration. Les deux hommes, conscients des rumeurs qui les entourent, auraient choisi de les désamorcer par une mise en scène de leur proximité.
Une hypothèse intermédiaire mérite d’être considérée : Ngoh Ngoh et Baboke pourraient tout simplement entretenir des relations professionnelles normales, que les réseaux sociaux ont exagérément dramatisées. La fabrique des rumeurs numériques, en transformant des désaccords administratifs en affrontements claniques, crée souvent des récits plus spectaculaires que la réalité.
Le poids des rumeurs dans l’espace public camerounais
Au-delà du cas particulier, cette séquence interroge sur le rôle des réseaux sociaux dans la construction de l’actualité politique camerounaise. Les théories du complot, les scénarios de succession et les guerres de clans supposées structurent une part croissante du débat public. Chaque nomination, chaque audition judiciaire, chaque apparition publique est immédiatement décryptée comme un signe dans une guerre d’influence.
Cette tendance n’est pas propre au Cameroun. Mais dans un contexte de transition politique incertaine, où la question de l’après-Biya hante les esprits, les rumeurs trouvent un terrain particulièrement fertile. L’affaire du faux décret, les convocations de Baboke, les accusations d’Effoudou autant d’éléments qui alimentent un récit de décomposition du pouvoir, même lorsque les faits demeurent partiels ou non confirmés.
Ce que cette image change et ce qu’elle ne change pas
L’image du 31 juillet a au moins un mérite : elle fixe un fait matériel incontestable. Ce jour-là, Ngoh Ngoh et Baboke ont affiché une unité que les rumeurs jugeaient impossible. Que ce geste soit sincère ou calculé, il est désormais dans le domaine public.
En revanche, il serait naïf de croire que cette seule image mettra fin aux spéculations. La machine à rumeurs numériques est trop puissante pour être arrêtée par une poignée de main fût-elle main dans la main. Les prochaines semaines diront si cette démonstration de cohésion a été un acte isolé ou le début d’une désescalade dans la guerre des clans.
Une certitude, cependant : le Palais de l’Unité a choisi, ce 31 juillet, de donner à voir un visage d’unité et de continuité administrative. Reste à savoir si ce visage résistera à l’épreuve du temps et des rumeurs.
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