CAMEROUN :: Chronique: Anglophone-francophone :: CAMEROON
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CAMEROUN :: POINT DE VUE CAMEROUN :: Chronique: Anglophone-francophone :: CAMEROON
  • Correspondance : Ibrahim Ba Garba Aoudou
  • vendredi 14 juin 2019 18:00:00
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CAMEROUN :: Chronique: Anglophone-francophone :: CAMEROON

Dans les années 1984, il était admis et accepté comme un fait politique innovant, la décision de stigmatiser l'autre en le définissant comme allogène par rapport à l'autochtone ; la racine, l'hôte , celui qui reçoit. Cette règle dont la sous- jacence n'est rien d'autre que la défense d'une certaine minorité citadine, qui se trouve être des autochtones, dont le nombre ne peut donner lieu à aucun pouvoir démocratique , a permis de porter au sommet de certaines institutions des personnages dont le mérite reste à prouver.

Allogènie, autochtonie, minorités et, aujourd'hui Francophone, Anglophone. Tous ces termes cachent une certaine volonté politique de diviser par catégorisation redéfinissant ainsi le mot citoyen.

Certes, il ya la francophonie, cet espace politico-économico-culturel où se retrouvent les pays ayant en partage la langue française. Idem pour le Commonwealth pour ce qui est du partage de la langue anglaise. Le Cameroun en est membre.

Comme le Québec, le Cameroun a cette opportunité d'appartenir aux deux espaces, ce qui est une richesse en soi. Tout camerounais devrait théoriquement être poly lingues . Lire, écrire, parler en anglais et en français , notre butin de guerre d'indépendance, doit être ordinaire sans pour autant être cloisonné anglophone ou francophone.

Or, au Canada on ne saurait dire du canadien qu'il est francophone ou anglophone. On dira tout au plus que le Québécois défend avec beaucoup de zèle la langue française ou de façon plus triviale " le parler français" même comme la musicalité est "originale". Á chaque langue parlée se scotche une culture ; l'un des premiers instruments de domination politique n'est elle pas la langue ? Peut-on être lusophone et penser comme un francophone, agir comme un anglophone. Non point car, culturellement il lui serait plus adéquat d'acter dans le sens du portugais.

Derrière chaque langue se cache une culture et , derrière chaque culture , L'autre. L'étranger. Celui par le fait duquel l'hôte est acculturé involontairement dans tous les sens du terme.

Au Cameroun on naît francophones mais, on est éduqué de plus en plus majoritairement dans les structures anglophones ; nonobstant un mixte des deux comme langue véhiculaire: le pidgin ou le francanglais, c'est selon.

Il est à noter que ce particularisme n'est pas le seul apanage du Cameroun moderne, la mondialisation y est pour beaucoup. Certes, le mélange du français à l'anglais n'est pas trop courant aux États-Unis. Cependant l'espagnol gagne du terrain en Californie notamment ; autre bilinguisme avec son apport culturel ; la consommation des Tacos, chili etc.

Cependant dans tous les pays francophones y compris la France ( qui n'en est pas un, sauf par abus de langage ), la communication au seins des espaces privés et/ou publics est grevée par des expressions anglicisées. Nous parlons de turn over, timing, boy friend, meeting, corporate, supply chain, quality control, update, laptop etc. Pour ne citer que ceux lá. Mots usuels et usités dans tous les corps de métiers sans peut-être s'en rendre compte ou tout juste pour exprimer ou faire valoir son degré d'adaptation au modèle anglo-saxon. Complexe ou affirmation. Allez savoir.

Le monde est en pleine mutation , le cap est donné par la mise en place d'un concept politique depuis 1920 ; le néo libéralisme. Concept anglo-saxon fondé sur la politique invasive au niveau de l'éducation. Le Cameroun a signé les conventions qui, aujourd'hui permettent la reconnaissance officielle des savoirs académiques á travers le système LMD . Même si l'enseignement est prodigué en français, sa structuration est anglophone. Un petit coup d'oeil furtif nous renseignerai que la majorité des étudiants dans les universités des régions camerounaises d'expression anglaise sont des francophones. La mutation est là n'en déplaise à quelques réfractaires.

Sur le terrain économique, la région camerounaise du sud ouest est relativement la plus dotée de richesses exploitées, exploitables et exportables . Avec un bon pourcentage de terres arables volcaniques disponibles. Première pourvoyeuse d'emplois tant qualifiés en amont et en aval dans le secteur pétrolier tels que les

ingénieurs, chimistes, , les chercheurs etc. Et, aussi des emploi sous qualifiés dans l'agriculture ( Cdc, banane, le thé, hévéa, poissons , crustacées, café Arabica, cacao ...) . L'accès maritime ( ports de limbé et tiko) et le voisinage avec le plus grand marché de l'Afrique: Le Nigeria. Il en est de même pour la région du nord ouest pour son cheptel bovin , le thé , le café et les plantes médicinales. Tous exportables et donc pourvoyeuses de devises. Pour autant , il serait insincère d'affirmer que cette économie est anglophone alors qu'elle est juste camerounaise. La même analyse peut de manière non exhaustive peut s'appliquer à toutes les autres régions d'expression française. Est ce pour autant qu'on qualifierait ce business de francophone. Sociologiquement qu'est ce qui pourrait valablement caractériser de manière intrinsèque un francophone ou un anglophone? L'usage de l'une des deux langues officielles me paraît sommaire et leger. L'art de vivre et le rapport à l'autre pourraient ils être des critères déterminants? Non plus. Le éru est devenu national autant que le ndolé et les autres mets traditionnels. Culturellement il y aurait du grain à moudre certes, mais les délais seront fonction du degré d'adaptation du pays au cap de la mondialisation. Et nous y sommes en plein dedans. Certains faits culturels seront gommés, d'autres améliorés pour, in fine, atteindre la global world culture au détriment des religions. De fait, qui est ce qui serait anglophone ou francophone au Cameroun? Nobody. Tous camerounais, tous poly -lingues. Il serait même opportun et judicieux compte tenu des tensions politiques actuelles de déclarer que ,toute indexation du camerounais par la langue officielle dont il se sert pour s'exprimer, est péjorative. L'usage d'une des deux langues officielles ou des deux devrait être une source de fierté et donc amélioratif. Toute connotation régionale négative basée sur l'une des deux langues devrait être bannies. Car, accepter de caractériser un camerounais par l'une des langues officielles qui lui sert de vecteur de communication serait à très court terme une autre forme d'apartheid. A la question êtes vous camerounais? Yes of course pourrait être une réponse ordinaire.

Or, donc, les officiels devraient s'obliger dans le cadre de leurs communications ou toutes formes d'adresse au peuple, à s'interdire d'employer des termes du style nos frères anglophones ou francophones ,sources de division institutionnelle. Le retrait de ces termes hautement clivant devra dans un avenir très proche et de manière prompte et légale être effectif pour ce qui est des discours officiels. On gagnerait tous à rester camerounais riches de deux langues importées mais officielles et, s'exprimer dans l'une comme dans l'autre qu'elles que soient les circonstances. Et, pour y arriver , la commission Musongé devrait mettre des bouchés doubles car le vivre ensemble en dépend vivement. Tous camerounais point.

14juin
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