-
© Camer.be : Paul Moutila
- 12 Sep 2026 16:54:56
- |
- 584
- |
Gabon - « La France a tout organisé » : la sortie explosive d'Ali Bongo
Ali Bongo accuse la France d'avoir organisé le coup d'État du 30 août 2023 au Gabon. Oligui Nguema, "mon cousin et mon garde du corps", n'aurait pas eu la capacité d'agir seul.
Dans une déclaration explosive, Ali Bongo accuse la France d'avoir orchestré le coup d'État du 30 août 2023 au Gabon et affirme que son cousin Oligui Nguema n'avait ni la capacité ni l'intention de le renverser seul.
Ali Bongo accuse la France d'avoir organisé sa chute. Le 30 août 2023, l'ancien président gabonais a été renversé par un coup d'État militaire. Près de trois ans plus tard, il affirme que l'armée française a « tout orchestré dans l'ombre » pour l'écarter du pouvoir, faisant croire au monde que l'armée gabonaise agissait seule.
Il parle d'Oligui Nguema comme de « mon cousin et mon garde du corps ». Et il ajoute : il n'avait « ni la capacité de mener un coup d'État par lui-même ».
Ce jour-là, il a parlé anglais. Pas français. Un choix qu'il présente aujourd'hui comme un appel à l'aide délibéré.
Que dit-il exactement ? Et que valent ces accusations ? Nous avons vérifié.
Les accusations : ce qu'Ali Bongo affirme
Dans une déclaration attribuée à l'ancien président gabonais Ali Bongo Ondimba, ce dernier affirme que la France a orchestré le coup d'État du 30 août 2023. Il soutient que l'armée française a agi « dans l'ombre », faisant croire au monde que c'était l'armée gabonaise qui opérait, et qu'il a été remplacé « automatiquement » par Oligui Nguema.
Il décrit Oligui Nguema comme « mon cousin et mon garde du corps », ajoutant qu'il n'a « ni la capacité de mener un coup d'État par lui-même ».
Il explique également pourquoi il a parlé en anglais le jour du putsch. Selon lui, ce choix était délibéré : il avait « compris que l'armée française avait tout organisé » et lançait un appel à l'aide à la communauté internationale.
Le 30 août 2023 : ce qui s'est réellement passé
Le 30 août 2023, des militaires gabonais annoncent la fin du régime d'Ali Bongo Ondimba. Le président est placé en résidence surveillée. Le général Brice Clotaire Oligui Nguema, alors chef de la Garde républicaine, est nommé à la tête du Comité de transition et de la restauration des institutions (CTRI).
Ce jour-là, Ali Bongo apparaît dans une vidéo de 51 secondes. Il s'exprime en anglais. « Je suis Ali Bongo Ondimba, président du Gabon », dit-il. Il appelle « tous nos amis dans le monde entier » à « faire du bruit ». Il dit ne pas savoir ce qui se passe.
La France, elle, a condamné le coup d'État. Paris a appelé au respect du processus électoral. La ministre française des Affaires étrangères de l'époque, Catherine Colonna, a déclaré que la France « condamne le coup d'État en cours » et réaffirme son « attachement au retour à l'ordre constitutionnel ».
La coopération militaire entre Paris et Libreville est suspendue le 2 septembre 2023. Quelques jours plus tard, les activités de quelque 400 soldats français présents au Gabon reprennent « de manière progressive ».
La coopération France-Gabon après le coup : les faits
Les faits documentés contredisent la thèse d'une orchestration française. Si la France avait organisé la chute d'Ali Bongo pour installer Oligui Nguema, on peut s'interroger : pourquoi aurait-elle condamné publiquement le coup d'État ?
Pourquoi aurait-elle suspendu sa coopération militaire ?
Et surtout : pourquoi aurait-elle attendu trois ans pour officialiser une relation avec le nouvel homme fort du Gabon ?
En novembre 2025, Emmanuel Macron reçoit Oligui Nguema à l'Élysée. Le président français salue le « tournant » au Gabon et promet d'« accompagner » la transition. En juillet 2026, Oligui Nguema effectue une visite d'État à Paris. Une lettre d'intention sur la coopération de défense est signée.
La France soutient entièrement la transition gabonaise et cherche à approfondir ses partenariats avec Libreville. Ces faits sont documentés par l'Agence France-Presse, RFI et l'Agence gabonaise de presse.
Ils ne prouvent pas qu'il n'y a pas eu d'interférence française en 2023. Mais ils rendent la thèse d'une orchestration française difficile à concilier avec la politique officielle de Paris depuis trois ans.
Pourquoi l'anglais ? Le signal qui interroge
Ali Bongo parle couramment français. Il a fait ses études en France. Il est titulaire de la nationalité française, en plus de la gabonaise.
Le choix de l'anglais, le 30 août 2023, a été relevé par tous les observateurs. Était-ce un appel aux États-Unis ? À la communauté internationale anglophone ? Un signal de détresse vers des alliés que Paris ne contrôlait pas ?
L'hypothèse d'Ali Bongo parler anglais pour contourner la France et alerter le monde anglophone est cohérente avec le contexte. Mais elle reste une interprétation. Aucune preuve documentaire ne confirme qu'il visait spécifiquement à « contourner » Paris.
Ce qui est établi : il a parlé anglais. Ce qui est allégué : il l'a fait parce qu'il soupçonnait la France.
« Mon cousin et mon garde du corps » : la relation Bongo-Oligui
Ali Bongo et Brice Clotaire Oligui Nguema ont une relation personnelle et professionnelle documentée. Oligui Nguema a été le chef de la Garde républicaine, l'unité chargée de la sécurité du président. Il a été nommé à ce poste par Ali Bongo lui-même, comme l'a rappelé l'ancien président dans une déclaration de juin 2026 : « Il prétend que j'aurais été, 5 années durant, un président absent, privé de volonté et de pouvoir. Une seule question suffit alors : Qui l'a nommé ? Qui l'a placé à la tête de la Garde républicaine ? »
Le lien familial entre les deux hommes cousins est régulièrement mentionné dans les médias gabonais. Il est présenté comme un facteur qui rend la thèse d'un coup d'État « interne » plus plausible.
Mais un lien familial n'exclut pas une ingérence extérieure. Il ne la prouve pas non plus.
Ce qu'Ali Bongo demande depuis son exil
Ali Bongo vit à Paris depuis mai 2025. Il réside dans une propriété de l'avenue Foch. Il détient la nationalité française. Son épouse Sylvia et son fils Noureddin vivent à Londres.
Depuis son exil, il réclame une enquête indépendante sur les accusations de torture visant sa femme et son fils. En juin 2026, il a déclaré : « On n'a pas "aucun problème" avec un homme dont on nie publiquement la torture infligée à l'épouse et au fils, tout en refusant la seule chose qu'un innocent réclamerait : une enquête indépendante. »
Il a déposé plainte en France en mai 2024 pour « séquestration arbitraire, détention illégale, actes de torture et de barbarie » contre les autorités gabonaises. La famille Bongo a fourni des preuves vidéo devant un tribunal français.
En août 2026, il a posé ses conditions pour un retour au Gabon : « J'y retournerai lorsque les conditions de droit et de sécurité le permettront, pour moi-même et pour ma famille. »
Ce que valent les accusations : ce qui est confirmé, ce qui ne l'est pas
Faits confirmés :
- Ali Bongo a été renversé par un coup d'État militaire le 30 août 2023.
- Il s'est exprimé en anglais dans une vidéo le jour même.
- La France a condamné le coup d'État.
- La coopération militaire franco-gabonaise a été suspendue, puis progressivement reprise.
- Oligui Nguema était chef de la Garde républicaine sous Ali Bongo.
- Emmanuel Macron a reçu Oligui Nguema à l'Élysée en novembre 2025 et en juillet 2026.
- Ali Bongo vit à Paris et détient la nationalité française.
Allégations non confirmées :
- La France a « orchestré » le coup d'État.
- L'armée française a agi « dans l'ombre ».
- Oligui Nguema n'avait pas la capacité de mener un coup d'État seul.
- Le choix de l'anglais visait à contourner Paris.
La thèse d'une orchestration française est cohérente avec le narratif souverainiste qui domine une partie du discours politique africain depuis 2020. Mais elle se heurte à un obstacle factuel majeur : la condamnation officielle du coup par Paris et la suspension de la coopération militaire. Si la France avait voulu remplacer Ali Bongo par Oligui Nguema, elle aurait eu intérêt à ne pas condamner publiquement l'opération. Cet obstacle n'est pas une preuve d'innocence, mais il rend la thèse d'Ali Bongo difficile à soutenir sans preuves supplémentaires.
56 ans de pouvoir familial
La famille Bongo a dirigé le Gabon pendant 56 ans. Omar Bongo, père d'Ali Bongo, a présidé le pays de 1967 à 2009. Ali Bongo lui a succédé en 2009. Le coup d'État du 30 août 2023 a mis fin à plus d'un demi-siècle de pouvoir ininterrompu.
Le Gabon est un pays producteur de pétrole. Il compte environ 2,3 millions d'habitants. La France y détient des intérêts économiques importants, notamment via le groupe Eramet dans le manganèse. Les Éléments français au Gabon (EFG) constituent une base militaire permanente d'environ 400 soldats.
Ces intérêts expliquent pourquoi le Gabon a longtemps été décrit comme un pilier de la « Françafrique ». Ils expliquent aussi pourquoi la thèse d'une intervention française reste, dans une partie de l'opinion africaine, plausible. Mais l'existence d'intérêts ne vaut pas preuve d'ingérence.
Ali Bongo accuse-t-il vraiment la France d'avoir organisé le coup d'État de 2023 ?
Oui. Dans une déclaration attribuée à l'ancien président, il affirme que la France a « tout orchestré dans l'ombre » et que l'armée française a fait croire au monde que l'armée gabonaise agissait seule.
Pourquoi Ali Bongo a-t-il parlé anglais le 30 août 2023 ?
Selon sa version des faits, il avait compris que l'armée française avait organisé sa chute et lançait un appel à l'aide à la communauté internationale. Il n'a pas fourni de preuve documentaire de cette intention.
Oligui Nguema a-t-il vraiment participé au coup d'État ?
Oui. Il a été nommé à la tête du Comité de transition et de la restauration des institutions le 30 août 2023. Ali Bongo affirme qu'il n'avait pas la capacité d'agir seul.
Ali Bongo peut-il rentrer au Gabon ?
Il le souhaite, mais pose des conditions : « J'y retournerai lorsque les conditions de droit et de sécurité le permettront, pour moi-même et pour ma famille. » Aucune date n'a été fixée.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi dans la rubrique FRANCEAFRIQUE
Les + récents
RDPC : 15 ans sans congrès, 15 ans de contestations ignorées
Kairos face au défi d’une diaspora camerounaise à réconcilier
Fausse annonce : un « nouveau parti » attribué à Kamto circule
SURESNES – DJ HANS ET RÉGINE : QUAND L’AMOUR CHOISIT LA SOBRIÉTÉ
Coupures d'électricité : Zelensky menace de riposter sur Moscou
N/A :: les + lus
L'affaire des «BongoLeaks»: Gabon, le braquage du siècle
- 13 March 2015
- /
- 37460
La réponse de Manuel Valls sur Ali Bongo agite le Gabon
- 18 January 2016
- /
- 26263
L’Elysée juge la situation au Gabon alarmante
- 15 March 2015
- /
- 22805
Le Gabon rappelle son ambassadeur à Paris après des propos de Valls
- 18 January 2016
- /
- 22696
Et si la France lâchait Ali Bongo ?
- 18 March 2015
- /
- 15933
LE DéBAT
Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- 17 December 2017
- /
- 253475
canal de vie
Vidéo de la semaine
évènement
