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© Camer.be : La rédaction
- 27 Aug 2026 01:24:08
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Cameroun - Élections 2027 : la peur du RDPC face au MRC
Le MINAT refuse de reconnaître Maurice Kamto comme président du MRC, menaçant d'invalider ses listes pour 2027. Pourquoi la même loi n'a-t-elle pas servi contre le RDPC ? L'enquête.
Alors que les élections législatives et municipales approchent, une lettre du ministre Paul Atanga Nji adressée à un ex-militant du MRC pourrait bien sceller le sort de l’opposition et révéler, par un parallèle troublant, les deux poids deux mesures d’un régime qui craint plus que tout la montée en puissance de Maurice Kamto.
Le 19 août 2026, Paul Atanga Nji, ministre de l’Administration territoriale (MINAT), a adressé une correspondance à Joseph Thierry Okala Ebode, ancien membre du directoire du MRC, pour lui indiquer que son département « n’a pas jugé opportun de prendre acte des travaux » de la convention extraordinaire du 21 décembre 2025 qui a reconduit Maurice Kamto à la tête du parti. En clair : l’administration camerounaise ne reconnaît plus le principal opposant au pouvoir comme président légitime de sa propre formation politique.
Mais pourquoi cette lettre, qui s’appuie sur l’article 3 alinéa 2 de la loi n°90/055 du 19 décembre 1990, n’a-t-elle jamais été utilisée lorsqu’un militant du RDPC, en mars 2025, a saisi la justice pour contester la légitimité de Paul Biya à la tête du parti au pouvoir ? Cette question, aussi simple que dévastatrice, est le cœur d’une stratégie qui pourrait bien priver le MRC de toute participation aux prochaines échéances électorales. Le régime a-t-il vraiment peur de l’opposition au point de tordre le droit pour l’éliminer ? Plongée dans les coulisses d’une manœuvre qui sent le réchauffé.
Le contexte : une exclusion qui divise le MRC
Joseph Thierry Okala Ebode, présenté comme l’un des pères fondateurs du MRC, a été exclu du parti le 7 novembre 2025 par une décision du Comité national de médiation et d’arbitrage (CNMA) pour « haute trahison ». Motif invoqué : une plainte d’Alain Fogue Tedom, trésorier du parti, qui accusait Okala Ebode d’avoir qualifié Maurice Kamto et Alain Fogue d’« agents de la France ».
Depuis son exclusion, Okala Ebode conteste la décision devant le Tribunal de Grande Instance du Mfoundi à Yaoundé, revendiquant toujours sa qualité de militant. « Je ne pense pas avoir perdu la qualité de militant du MRC », a-t-il martelé sur Canal 2 en mars 2026, estimant qu’il serait « trop facile et trop léger de penser que, par un coup de tête comme ça, on peut se débarrasser de quelqu’un qui a sacrifié autant d’années ».
C’est précisément ce militant contestataire que le MINAT a choisi d’écouter plus de huit mois après la tenue de la convention qu’il conteste. Une temporalité qui interroge, alors que les élections législatives et municipales de 2026 (ou 2027, selon les reports possibles) se profilent à l’horizon.
Le « forfait » du 5 août 2025 : quand Kamto a été éliminé
Pour comprendre l’ampleur de la menace, il faut revenir au 5 août 2025. Ce jour-là, le Conseil constitutionnel camerounais a définitivement rejeté la candidature de Maurice Kamto à l’élection présidentielle du 12 octobre 2025. L’opposant, qui avait dû quitter le MRC pour se présenter sous la bannière du MANIDEM, s’est vu privé de tout scrutin.
Ce « forfait », comme le qualifient les soutiens de Kamto, a été vécu comme un coup d’État juridique. Pour de nombreux observateurs, la réponse tient en une stratégie : le pouvoir ne voulait pas d’un face-à-face Biya-Kamto. Le 12 octobre 2025, Paul Biya, 92 ans, a été réélu avec 53,66 % des suffrages selon les résultats officiels des chiffres que l’opposition conteste fermement, dénonçant une élection jouée d’avance.
Aujourd’hui, le MRC craint que le même scénario ne se reproduise pour les législatives et municipales. Et la lettre du MINAT pourrait bien être le premier acte de cette nouvelle exclusion.
Le parallèle qui tue : l’affaire Onana au RDPC
En mars 2025 soit cinq mois avant le rejet de la candidature de Kamto Léon Theiller Onana, conseiller municipal RDPC à Monatélé, a assigné son propre parti en justice. Son objectif ? Obtenir la désignation d’un mandataire ad hoc chargé de convoquer un congrès du RDPC. Son argumentaire : le mandat de Paul Biya à la tête du parti a expiré, le dernier congrès remontant à 2011, alors que les textes prévoient un renouvellement tous les cinq ans.
« Les militantes et les militants savent très bien que la tenue d’un congrès, quel qu’en soit la nature, interviendra inévitablement en son temps », a répondu Jean Nkuete, secrétaire général du Comité central du RDPC. Une fin de non-recevoir, certes, mais la loi n°90/055 n’a jamais été évoquée. Le MINAT n’a pas jugé opportun de s’immiscer dans les affaires internes du parti au pouvoir. Pas de lettre adressée à un militant contestataire. Pas de refus de prendre acte des instances dirigeantes du RDPC. Pas d’invalidation en perspective.
Pourquoi ce deux poids, deux mesures ? La réponse est politique, pas juridique. Le régime n’a pas peur du RDPC, un parti qu’il contrôle depuis quarante ans. Il a peur du MRC, qui connaît une croissance spectaculaire. Selon les chiffres avancés par le parti, 230 nouvelles unités ont été créées depuis janvier 2026, et 2 300 nouveaux militants ont été recrutés en six mois. « Le régime a peur de cette montée en puissance et utilise tous les moyens, y compris juridiques, pour freiner l’élan de l’opposition », analyse un politologue basé à Yaoundé, sous couvert d’anonymat.
La riposte du MRC : « Le MINAT ne nous arrêtera pas »
Le 26 août 2026, le MRC a officiellement réagi. Par la voix de Roger Justin Noah, secrétaire général adjoint chargé de la communication par intérim, le parti a dénoncé une « tentative de déstabilisation orchestrée par le régime en place ».
« Le MRC ne laissera pas le pouvoir continuer impunément à provoquer les Camerounais », peut-on lire dans le communiqué. Une déclaration ferme qui intervient alors que la bataille judiciaire se poursuit.
Ce que risque le MRC : l’invalidation des listes
Si le MINAT persiste dans son refus de reconnaître les instances dirigeantes du MRC, le parti pourrait se voir refuser le droit de présenter des listes aux élections législatives et municipales. Sans président reconnu, sans bureau politique validé, comment investir des candidats ? Comment déposer des listes conformes aux exigences administratives ?
Le piège est juridiquement rodé. Il ressemble étrangement à celui qui a écarté Maurice Kamto de la présidentielle de 2025. Une exclusion « légale » en apparence, mais politique dans les faits. « Les manœuvres ont commencé pour servir aux Camerounais la même soupe », résume un militant du MRC, qui préfère garder l’anonymat.
Une démocratie en tension
La lettre du MINAT à Okala Ebode n’est pas un simple document administratif. C’est un signal. Un signal adressé au MRC, à ses militants, à ses électeurs potentiels : le pouvoir fera tout pour vous empêcher de gagner.
Les élections législatives et municipales de 2026 ou 2027 s’annoncent comme un nouveau test pour la démocratie camerounaise. Le MRC, fort de sa croissance et de sa détermination, affirme qu’il ne se laissera pas intimider. Le RDPC, lui, joue sa survie politique dans un contexte où l’opposition monte en puissance, où la contestation gronde et où la communauté internationale observe.
Une certitude : la même « soupe » que celle servie en 2025 est en train de chauffer. Reste à savoir si les Camerounais, cette fois, laisseront faire.
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