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© Camer.be : Avec Christian Ntimbane Bomo
- 23 Aug 2026 13:41:07
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Cameroun - Santé de Paul Biya : Ntimbane Bomo interpelle Mvondo Ayolo
Christian Ntimbane Bomo interpelle Samuel Mvondo Ayolo sur l'état de santé de Paul Biya. L'opposant exige la transparence, rappelant les précédents Ahidjo et Shahabuddin. Le débat fait rage.
Alors que le président Paul Biya est absent du Cameroun depuis 74 jours, l'opposant Christian Ntimbane Bomo adresse une lettre ouverte au Directeur du Cabinet Civil pour exiger des clarifications sur l'état de santé du chef de l'État, au nom de la transparence républicaine.
Christian Ntimbane Bomo, président exécutif du parti politique HERITAGE, a adressé une lettre ouverte à Samuel Mvondo Ayolo, Directeur du Cabinet Civil de la présidence camerounaise, pour exiger des clarifications sur l'état de santé réel du président Paul Biya. Une démarche qui relance avec force le débat sur la transparence dans la gestion des affaires publiques au Cameroun.
Le chef de l'État camerounais, âgé de 93 ans, a quitté Yaoundé le 7 juin 2026 pour un « court séjour privé en Europe ». Il est toujours en Suisse 74 jours plus tard. Ce séjour est devenu le plus long des 44 ans de pouvoir de Paul Biya. Pendant ce temps, les rumeurs les plus alarmantes circulent : hospitalisation, malaise, complications post-opératoires, voire décès.
Un président absent, un pays dans l'attente
Le 7 juin 2026, Paul Biya s'envolait pour Genève en compagnie de la première dame Chantal Biya, du directeur du cabinet civil Samuel Mvondo Ayolo, et du vice-amiral Joseph Fouda. Il n'est, depuis, pas rentré au Cameroun.
Selon les informations de Jeune Afrique, le président aurait été victime d'un malaise lors de la réception du 20 mai au palais présidentiel de l'Unité. À son arrivée en Suisse, il aurait posé ses valises à l'hôtel InterContinental.
Face à la multiplication des rumeurs, Samuel Mvondo Ayolo a accordé une interview au Figaro pour tenter de rassurer l'opinion. Il a affirmé que Paul Biya « se porte bien » et « n'est pas et n'a pas été hospitalisé ». Mais sur la question cruciale du retour à Yaoundé, aucune date n'a été avancée : le public sera informé « au moment opportun ».
La lettre ouverte de Ntimbane Bomo : une sommation républicaine
C'est dans ce contexte que Christian Ntimbane Bomo, avocat, militant de la société civile et président exécutif du parti HERITAGE, a pris la plume. Sa lettre ouverte, adressée à Samuel Mvondo Ayolo, est un réquisitoire contre l'opacité qui entoure l'état de santé du président.
« Un pays ne peut pas fonctionner dans l'opacité et le clair-obscur. La transparence est une obligation légale et républicaine dans la gestion des affaires publiques. Elle ne relève pas des désidératas de la politique politicienne. »
L'opposant rappelle que Mvondo Ayolo, en sa qualité de Directeur du Cabinet Civil, est chargé de la communication du Président de la République conformément au Décret 2011/412 du 09 décembre 2011 portant organisation de la Présidence de la République. Ce statut lui confère, selon Ntimbane Bomo, « le statut d'homme d'État, à même de prendre ses responsabilités et assumer courageusement la mission qui lui incombe ».
« La santé du président n'est pas une affaire privée »
L'un des arguments centraux de la lettre ouverte est que l'état de santé du président de la République ne relève pas de sa vie privée. Ntimbane Bomo écrit :
« C'est une tradition des républiques sérieuses, qui permet d'évaluer sa capacité à gouverner ; l'état de santé du Président de la République ne relevant pas de sa vie privée. »
Et d'ajouter, dans un passage qui fait mouche :
« Car un Président de la République en incapacité physique met, non seulement en danger le fonctionnement des institutions et la vie des citoyens, mais aussi ouvre la voie à une gestion par des marionnettistes non élus et déresponsabilisés. »
Les précédents qui parlent : Ahidjo et Shahabuddin
Pour appuyer sa démonstration, Ntimbane Bomo convoque deux précédents historiques.
Ahmadou Ahidjo, le premier président du Cameroun, avait démissionné officiellement le 4 novembre 1982 pour des raisons de santé. Il avait alors 58 ans et avait surpris la nation en annonçant son départ.
Mohamed Shahabuddin, le président du Bangladesh, a présenté sa démission le 24 juillet 2026 en raison de complications de santé persistantes. Il avait 76 ans et a quitté ses fonctions deux ans avant la fin de son mandat.
Ces exemples illustrent, selon l'opposant, qu'il est possible et même souhaitable, dans une république sérieuse, d'être transparent sur l'état de santé de son chef d'État.
Mvondo Ayolo, pris au piège de ses propres déclarations ?
Depuis plusieurs semaines, Samuel Mvondo Ayolo martèle que Paul Biya va bien. Dans une interview accordée à Jeune Afrique fin juillet 2026, il avait même lancé un avertissement sans équivoque à ceux qui patientent pour la succession : « Ceux qui attendent la mort de Paul Biya partiront peut-être avant lui ».
Pourtant, le retour de Paul Biya au Cameroun, lorsqu'il a finalement eu lieu, s'est déroulé dans une opacité totale. Aucune apparition publique, aucune image en direct, aucune communication permettant de rassurer véritablement l'opinion. La CRTV, sur instruction de la présidence, n'a diffusé aucune image en direct montrant Paul Biya à la descente de l'avion.
« Entre déclarations rassurantes et réalité observée, le fossé ne cesse de s'élargir. Le directeur du cabinet civil semble désormais pris au piège du temps de l'information : ses affirmations sont confrontées aux faits, et l'opacité autour de Paul Biya nourrit davantage les doutes qu'il ne les dissipe », analyse Camerounweb.
Les risques d'une opacité persistante
L'absence prolongée du président et le flou entretenu sur son état de santé ne sont pas sans conséquences. Comme le souligne Ntimbane Bomo dans sa lettre, c'est tout le fonctionnement des institutions qui est en jeu.
La condamnation récente de l'internaute Patrick Mengue à six mois de prison pour « outrage » au président Paul Biya illustre la nervosité du régime. Cette décision a été prise alors que l'absence prolongée du président alimentait les interrogations.
Pour les défenseurs des droits humains, ces affaires traduisent un recours récurrent aux poursuites pénales contre les voix critiques. Comme le rappelle Cyrille Rolande Bechon, présidente de l'ONG Les Nouveaux Droits de l'Homme, « beaucoup d'autres personnes sont en prison pour avoir voulu donner leur opinion sur la vie politique ».
Un débat qui dépasse la personne de Paul Biya
Au-delà du cas particulier de Paul Biya, c'est une question de fond qui est posée : celle de la transparence dans la gouvernance des États africains. Comme le soulignait un article de la BBC en octobre 2024, « la transparence en matière de santé n'est pas souvent pratiquée par les dirigeants » sur le continent.
Mais au Cameroun, le sujet est particulièrement sensible. Paul Biya est au pouvoir depuis 1982. À 93 ans, la question de sa succession est sur toutes les lèvres. Les spéculations sur sa santé sont devenues un véritable feuilleton politique.
La lettre ouverte de Christian Ntimbane Bomo s'inscrit dans cette dynamique. Elle ne se limite pas à une interpellation personnelle de Mvondo Ayolo. Elle pose une question républicaine : un pays peut-il vraiment fonctionner lorsque son chef d'État est absent, invisible, et que son état de santé reste un mystère ?
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