-
© Camer.be : Toto Jacques
- 11 Aug 2026 17:31:06
- |
- 668
- |
Cameroun - Johann Sitchom : de l'Église à la prison de Kondengui
Johann Sitchom, l'homme qui a tenté de faire lire un faux décret présidentiel nommant un vice-président à la CRTV le 12 juin 2026, a été incarcéré à la prison centrale de Kondengui pour « tentative d'atteinte à la sûreté de l'État avec complicité de puissances étrangères ».
LE 12 JUIN 2026 : LE JOUR OÙ LE CAMEROUN A FAilli BASCULER
Le 12 juin 2026 restera gravé dans les mémoires comme le jour où un simple coursier a failli faire vaciller les institutions camerounaises. Ce jour-là, Johann Adriel Sitchom Kuate se présente dans les locaux de la CRTV, à Mballa II, porteur d'enveloppes scellées. À l'intérieur : deux prétendus décrets présidentiels. Le premier nomme un vice-président de la République. Le second annonce un remaniement gouvernemental complet.
Les documents arborent tous les attributs de l'authenticité : sceaux officiels de la présidence, signature attribuée à Paul Biya, numérotation conforme. Le faux est soigneusement travaillé. Sitchom affirme avoir été mandaté par le palais présidentiel. Il demande à ce que le document soit lu au journal de 17 heures.
Mais la CRTV refuse. Les responsables relèvent des anomalies dans le mode de transmission, qui ne correspond pas aux procédures habituelles. Après vérification, la chaîne constate que le décret est un faux. Sitchom est interpellé dans la foulée.
LE CONTEXTE D'UNE TENTATIVE DE COUP D'ÉTAT INSTITUTIONNEL
L'affaire intervient dans un contexte politique particulièrement sensible. Le 7 juin 2026, cinq jours avant la tentative de Sitchom, Paul Biya a quitté Yaoundé pour un séjour privé en Europe. Selon les informations de Jeune Afrique, des conseillers américains avaient recommandé au chef de l'État de reporter ce déplacement, estimant que son absence du Cameroun « pourrait être exploitée par des groupes souhaitant imposer leur version du remaniement gouvernemental et leur favori à la vice-présidence ».
La question de la succession à la tête de l'État camerounais alimente les spéculations depuis des années. Introduire dans l'espace public, via un média d'État, un document annonçant la création et la première nomination au poste de vice-président aurait eu un effet immédiat et difficile à contenir. Plusieurs analystes qualifient d'ailleurs cette affaire de « tentative de coup d'État institutionnel ».
QUI EST JOHANN SITCHOM ?
Johann Adriel Sitchom Kuate est présenté comme un ancien étudiant de la Faculté des Mines et des Industries pétrolières et comme un contractuel de l'administration. Âgé d'une trentaine d'années, il ne présentait aucun profil particulier susceptible d'attirer l'attention.
Mais son profil est plus complexe qu'il n'y paraît. Diplômé en sciences politiques de l'université de Soa, il souffrirait de troubles dépressifs depuis plusieurs années, au point d'avoir effectué une « retraite spirituelle » de trois mois au sein de l'église de la famille. Sa mère a déclaré aux enquêteurs qu'il avait repris ses études et obtenu sa licence, mais que l'embellie n'aurait pas duré.
Selon sa mère, quelqu'un aurait profité de son présumé état de vulnérabilité. Un homme l'aurait convaincu de télécharger une application permettant d'extraire un décret authentique, d'en conserver la signature et le cachet, puis d'en modifier le contenu. Sitchom se serait exécuté, puis s'est présenté à la CRTV vers 16 h 45, le 12 juin.
LE SCANDALE BABOKE : UN COMPLOT AU SOMMET DE L'ÉTAT
L'affaire ne s'arrête pas à Johann Sitchom. L'enquête menée par le Secrétariat d'État à la Défense (SED) et la Direction de la sécurité présidentielle (DSP) pointe vers une cible bien plus haute : Oswald Baboke, directeur adjoint du Cabinet civil de Paul Biya.
C'est désormais « l'affaire Baboke » qui secoue le sommet de l'État. Baboke est visé par une enquête pour le document frauduleux et des soupçons de trafic. Ses proches qualifient les accusations de « coup monté ». Selon certaines sources, le clan Baboke aurait fabriqué un second document falsifié, remplaçant le nom d'Oswald Baboke par celui d'un parfait inconnu, Sitchom Johann, présenté depuis comme un illuminé ayant agi seul.
Les investigations sont coordonnées à Yaoundé par Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence. La présence de ce dernier à la tête de l'enquête témoigne de l'importance que le régime accorde à cette affaire.
INCARCÉRATION À KONDENGUI : LE POIDS DE LA JUSTICE
Johann Sitchom a été incarcéré à la prison centrale de Kondengui, une prison de haute sécurité située à Yaoundé. Construite en 1967, elle est conçue pour accueillir 1 500 détenus. Ses conditions de détention font l'objet de critiques internationales récurrentes.
Les charges retenues contre Sitchom sont lourdes : « tentative d'atteinte à la sûreté de l'État avec complicité de puissances étrangères ». Ce chef d'accusation, qui relève de la haute trahison, est passible de la réclusion criminelle à perpétuité, voire de la peine de mort. Il suggère que les autorités camerounaises ne considèrent pas Sitchom comme un simple illuminé, mais comme un acteur conscient d'un complot visant à déstabiliser le régime.
Selon certaines sources, Sitchom aurait déclaré avoir agi parce que Dieu lui aurait révélé qu'il deviendrait le vice-président choisi. Un argument qui, s'il est avéré, pourrait plaider en faveur de sa vulnérabilité mentale.
LES ENJEUX POLITIQUES D'UNE AFFAIRE QUI DÉPASSE SITCHOM
L'affaire du faux décret révèle les fractures profondes qui traversent le régime camerounais à l'approche de la succession de Paul Biya. Le président, âgé de 93 ans, est absent du Cameroun depuis plus de deux mois. La question de la vacance du pouvoir est sur toutes les lèvres.
La révision constitutionnelle du 14 avril 2026 a réintroduit le poste de vice-président, un mécanisme de succession directe. Mais aucun nom n'a encore été proposé pour occuper cette fonction. C'est dans ce vide institutionnel que s'inscrit la tentative de Sitchom.
Les enquêteurs cherchent désormais à établir si Sitchom a agi seul ou avec d'éventuels complices. L'affaire Baboke suggère que des forces au sommet de l'État pourraient être impliquées. L'issue de cette enquête pourrait redessiner les équilibres du pouvoir camerounais.
CONCLUSION LE FUSIBLE A SAUTÉ, MAIS LE SYSTÈME TREMBLE
Johann Sitchom est en prison. Oswald Baboke est sur la sellette. Le régime de Paul Biya a frappé fort pour montrer qu'il garde la main. Mais l'affaire du faux décret a révélé une vérité que le pouvoir voudrait cacher : le système est fragile. Les luttes de clans font rage. La succession se prépare dans l'ombre. Et un simple coursier a failli faire basculer le pays.
Sitchom est-il un illuminé manipulé, un pion sacrifié, ou le visage d'un complot plus vaste ? La justice camerounaise tranchera. Mais une chose est sûre : le Cameroun n'a pas fini d'entendre parler de cette affaire.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi dans la rubrique SOCIETE
Les + récents
Santé des écoliers : le cri d'alarme du Dr Albert ZE
Johann Sitchom : de l'Église à la prison de Kondengui
Trump a fui la Turquie caché dans un camion de restauration
Deux morts à Buea : le monoxyde de carbone en question
Iran : les 6 conditions qui font trembler Washington
N/A :: les + lus
26 élèves surpris en train de tourner un film osé à Bafoussam
- 30 April 2015
- /
- 1048979
Brenda biya sème la terreur en boîte de nuit à Yaoundé
- 15 July 2015
- /
- 585838
Menacée de mort par sa famille car elle est lesbienne
- 03 March 2016
- /
- 472535
Oyom-Abang : une femme marche nue à Yaoundé VII
- 09 July 2015
- /
- 388741
LE DéBAT
Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- 17 December 2017
- /
- 247139
canal de vie
Vidéo de la semaine
évènement
