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© Camer.be : Toto Jacques
- 11 Aug 2026 01:43:02
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Succession de Biya : le Cameroun va-t-il décoller ?
Me Christian Bomo Ntimbane prédit qu'après la fin du régime de Paul Biya, le Cameroun connaîtra un boom économique et rattrapera l'Afrique du Sud en cinq ans. Un pari audacieux confronté aux chiffres.
Me Christian Bomo Ntimbane, avocat, président du parti Héritage et figure de l'opposition camerounaise, a lancé une prédiction qui fait trembler les cercles politiques et économiques de Yaoundé : « La fin de ce régime marquera le début du boom économique du Cameroun ! En cinq ans, le Cameroun sera aussi développé que l'Afrique du Sud. »
65 milliards de dollars contre 480 milliards. C'est l'écart qui sépare aujourd'hui le Cameroun de l'Afrique du Sud. Un fossé que le Cameroun devrait combler en seulement cinq ans. Rêve ou réalité ? Décryptage.
Me Christian Bomo Ntimbane : qui est cet homme qui prédit l'impossible ?
Avocat au barreau du Cameroun et de Paris, président exécutif du parti politique Héritage, Christian Bomo Ntimbane est une figure montante de l'opposition camerounaise. Engagé au sein de la Société civile des réconciliateurs, il défend une alternance politique pacifique et une réforme de la gouvernance.
Candidat déclaré à l'élection présidentielle de 2025, il avait présenté un programme économique intitulé « Business Plan pour le Cameroun » avant de retirer sa candidature. Il est également membre du Collectif d'avocats Sylvain Souop, dédié à la défense des droits et libertés.
Récemment, il a soutenu que le Conseil constitutionnel peut constater la vacance à la présidence en raison de l'absence prolongée de Paul Biya hors du Cameroun. Une position qui le place au cœur du débat sur la succession.
La déclaration qui enflamme la toile
C'est dans ce contexte politique tendu que Me Bomo Ntimbane a lancé sa prédiction :
> « The end of this regime will mark the beginning of Cameroon's economic boom! Within five years, Cameroon will be as developed as South Africa. »
Une déclaration qui repose sur plusieurs postulats :
1. La fin du régime Biya est imminente ou inévitable
2. L'après-Biya libérera un potentiel économique aujourd'hui entravé
3. Le Cameroun possède les ressources et le capital humain pour un décollage rapide
4. Cinq ans suffisent pour combler l'écart avec la première économie africaine
Les chiffres qui donnent le vertige
Confrontons cette vision aux réalités macroéconomiques.
Le Cameroun en 2026 :
- PIB nominal : 65,14 milliards de dollars
- Croissance projetée : 3,3 % en 2026
- PIB par habitant : environ 2 125 dollars
- Population : environ 29,8 millions d'habitants
L'Afrique du Sud en 2026 :
- PIB nominal : 479,96 milliards de dollars
- Croissance projetée : 1,2 à 1,4 %
- PIB par habitant : environ 7 503 dollars
- Population : environ 62,3 millions d'habitants
L'écart est vertigineux : le PIB sud-africain est 7,4 fois supérieur à celui du Cameroun. Pour rattraper l'Afrique du Sud en cinq ans, le Cameroun devrait multiplier son PIB par plus de sept une croissance annuelle moyenne de près de 50 %. À titre de comparaison, la croissance chinoise à son apogée n'a jamais dépassé 15 % par an.
Les atouts du Cameroun : un potentiel sous-exploité
Malgré ces chiffres, le Cameroun possède des atouts indéniables :
- Richesses naturelles : pétrole, gaz, minerais (or, diamant, bauxite), bois, cacao
- Position stratégique : carrefour de l'Afrique centrale et occidentale
- Population jeune : un dynamisme démographique qui peut être un moteur de croissance
- Ressources hydrauliques : un potentiel hydroélectrique considérable
Le FMI lui-même reconnaît que l'économie camerounaise « a fait preuve d'une résilience considérable ces dernières années ». Les projections à moyen terme sont modérément positives, avec une croissance attendue à 3,8 % en 2027 et 4,6 % à moyen terme.
Mais ces chiffres restent très loin de la croissance nécessaire pour rattraper l'Afrique du Sud.
Les obstacles : un système à bout de souffle
Me Bomo Ntimbane ne s'y trompe pas : le problème n'est pas tant les ressources que la gouvernance. Le système Biya est décrit comme « à bout de souffle », avec une économie « à l'arrêt » et une corruption endémique.
Dans une tribune récente, il a dénoncé la paralysie de l'État, affirmant que le pays serait contraint de contracter des dettes auprès d'usuriers à des conditions prohibitives.
Les défis sont nombreux :
- Crises sécuritaires : Boko Haram dans l'Extrême-Nord, crise anglophone dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest
- Corruption systémique : qui grève les finances publiques et décourage les investissements
- Infrastructures insuffisantes : routes, électricité, accès à l'eau
- Absence de vision : sept ans sans Conseil des ministres, une gouvernance informelle
L'Afrique du Sud : un modèle accessible ?
L'Afrique du Sud elle-même n'est pas un modèle de développement sans faille. Sa croissance est atone (1,2 % en 2026), son chômage est massif, ses inégalités sont parmi les plus élevées au monde, et sa dette publique atteint 79,6 % du PIB.
Me Bomo Ntimbane vise peut-être moins le PIB nominal que le niveau de développement humain et industriel. Dans ce domaine, l'écart reste considérable, mais peut-être plus facile à combler.
Le pari est-il réaliste ?
La réponse courte est : non, pas en cinq ans. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : un rattrapage en cinq ans exigerait une croissance annuelle de près de 50 %, un rythme jamais observé dans l'histoire économique moderne.
Mais la réponse longue est plus nuancée. Si la fin du régime Biya s'accompagnait de :
- Réformes structurelles profondes
- Lutte effective contre la corruption
- Attraction massive des investissements étrangers
- Exploitation optimale des ressources minières et pétrolières
- Résolution des crises sécuritaires
... alors le Cameroun pourrait connaître une croissance accélérée. Peut-être pas jusqu'à rattraper l'Afrique du Sud en cinq ans, mais suffisamment pour transformer radicalement son économie en une décennie.
Comme le dit le proverbe : « Il vaut mieux viser la lune et atterrir dans les étoiles que viser une étoile et atterrir dans la boue. »
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