« Le Nattesgate » : un scandale qui intrigue
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Cameroun - « Le Nattesgate » : un scandale qui intrigue

Face à la banalisation de la violence et de l’immoralité sur les réseaux sociaux, le MINPROFF condamne fermement ces dérives. Mais les Camerounais s’interrogent : un simple communiqué suffit-il à protéger nos filles des prédateurs sexuels ?

L’ALERTE DU MINPROFF

Le 23 juillet 2026, le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF) a sorti de sa réserve. Dans un communiqué officiel, la ministre Marie‑Thérèse Abena Ondoa a exprimé sa vive préoccupation face à la multiplication de comportements jugés contraires aux valeurs sociales et familiales, observés chez certaines jeunes filles camerounaises sur les réseaux sociaux.

Le document cite nommément « l’apologie de la consommation des substances nocives, la recherche du gain facile, la dépravation des mœurs à outrance ». Des vidéos devenues virales sur TikTok, Instagram ou Facebook glorifient des modes de vie controversés : consommation d’alcool et de drogues en direct, provocation sexuelle, sugar dating, paris en ligne.

La ministre s’est dite « indignement profonde » face à ces comportements qu’elle considère comme « préjudiciables à l’image de la jeune fille camerounaise ». Et elle a martelé un message fort : « la dignité de la personne humaine est non négociable ».

LE « NATTESGATE » : UN ÉLÉMENT DÉCLENCHEUR

Ce communiqué n’est pas tombé du ciel. Il intervient dans un contexte marqué par une polémique que les internautes ont baptisée le « Nattesgate ».

Des contenus intimes ou à connotation sexuelle mettant en scène de jeunes Camerounaises dont certaines arborent des nattes africaines ont été massivement relayés sur Facebook et TikTok. Ces publications ont suscité des réactions mêlant indignation, moqueries et appels à des sanctions.

La ministre ne cite ni cette affaire ni les personnes concernées. Elle inscrit plutôt son intervention dans une problématique plus large, évoquant « la recrudescence de comportements contraires à l’éthique et aux valeurs sociales et familiales ».

UN PHÉNOMÈNE MONDIAL AUX CHIFFRES ÉDIFFIANTS

Derrière ces dérives apparentes se cache une réalité bien plus sombre : l’exploitation sexuelle des jeunes filles est une industrie lucrative et mondialisée.

Selon l’Organisation internationale du Travail (OIT), le travail forcé génère 150 milliards de dollars de profits illégaux par an dans le monde. Les deux tiers de ce chiffre soit 99 milliards de dollars proviennent de l’exploitation sexuelle à des fins commerciales.

Au Cameroun, le phénomène est loin d’être marginal. Selon des données récentes, plus de 4 000 mineurs, âgés de 11 à 17 ans, sont impliqués dans la prostitution, avec une écrasante majorité de filles. Entre janvier et avril 2026, le Cameroun a enregistré 1 599 cas de violences basées sur le genre, dont 166 viols, 50 féminicides et 13 cas de violences sexuelles.

Les réseaux sociaux sont devenus le terrain de chasse privilégié des prédateurs. La recherche d’audience, les mécanismes de viralité et les possibilités de monétisation favorisent la production de contenus toujours plus provocateurs. Cette surexposition comporte des risques majeurs : cyberharcèlement, exploitation de l’image, pressions sociales, atteinte durable à la réputation.

« NON, MADAME LA MINISTRE, ÇA NE SUFFIT PAS »

Sur les réseaux sociaux, le communiqué du MINPROFF a déclenché un débat houleux. De nombreux Camerounais ont exprimé leur frustration face à ce qu’ils perçoivent comme une réponse insuffisante.

« Vos communiqués ne suffisent plus », peut-on lire dans de nombreux commentaires. « Il faut protéger la jeune fille des griffes des prédateurs sexuels ».

Le reproche est double. D’une part, le MINPROFF, dont les missions incluent pourtant l’élimination de toute discrimination à l’égard de la femme, la protection des droits de la femme et la lutte contre les violences, semble se limiter à une communication réactive plutôt qu’à une action préventive et coercitive.

D’autre part, le ministère agit en silo. Alors que le ministère des Affaires sociales (MINAS) dispose d’une Brigade Nationale de Contrôle de la Conformité Sociale des Projets (BNCSP) créée par décret présidentiel n°2017/388 du 18 juillet 2017 dont la mission est de protéger les populations vulnérables et de contrôler la dimension sociale des projets, aucune coordination interministérielle n’a été annoncée.

CE QUE LE CAMEROUN POURRAIT FAIRE

Face à l’ampleur du phénomène, les Camerounais attendent des mesures concrètes :

1. Coordination interministérielle : Associer systématiquement le MINAS et la BNCSP aux campagnes de protection des jeunes filles, pour une approche globale et opérationnelle.

2. Renforcement du cadre légal : Bien que le Cameroun dispose de lois contre la cybercriminalité, leur application reste peu efficace face à la rapidité de propagation des contenus. La loi n° 2023/009 du 25 juillet 2023 sur la charte de protection de l’enfant en ligne doit être mise en œuvre avec des sanctions dissuasives.

3. Sensibilisation ciblée : Campagnes dans les écoles et universités pour éduquer les jeunes sur les dangers des réseaux sociaux.

4. Renforcement du rôle parental : Ateliers pour aider les parents à surveiller et encadrer l’usage du numérique.

5. Collaboration avec les influenceurs : Impliquer des créateurs de contenu responsables pour promouvoir des valeurs positives.

6. Sanctions contre les plateformes : Exiger des réseaux sociaux qu’ils modèrent davantage les contenus illicites.

7. Application effective du numéro vert 116 : Déjà mis en avant par le MINPROFF, ce numéro destiné au signalement des cas d’abus concernant les enfants doit être massivement médiatisé et opérationnel 24h/24.

L’ENJEU : PROTÉGER L’AVENIR DU CAMEROUN

Derrière ces chiffres et ces polémiques, il y a des vies. Des jeunes filles, souvent issues de milieux défavorisés, qui se retrouvent piégées dans des systèmes d’exploitation. Des adolescentes dont l’image et la réputation sont détruites à jamais par des contenus devenus viraux.

La ministre Marie‑Thérèse Abena Ondoa a raison sur un point : « protéger une fille, c’est protéger l’avenir du Cameroun ». Mais les mots ne suffisent pas. Il faut des actes.

La dignité de la femme camerounaise n’est pas négociable. Elle doit être défendue par des lois, par des politiques publiques, par une coordination interministérielle, et par une mobilisation collective de toute la société.

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