Affaire Mengue : verdict renvoyé au 27 juillet
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Une phrase de onze mots sur Facebook. C'est tout ce qu'il a fallu pour envoyer Patrick Mengue derrière les barreaux de la prison de Kondengui. Le verdict, attendu ce jour, a été renvoyé au 27 juillet 2026.

Onze mots. C'est le nombre de mots qu'il a fallu pour faire basculer la vie de Patrick Mengue. « Seigneur tu te rapproches déjà de la cible encore un effort stp ». Une prière, pour certains. Une menace, pour les autorités.

Depuis le 11 avril 2026, ce jeune Camerounais est incarcéré à la prison centrale de Kondengui. Accusé de cybercriminalité et de tentative de coup d'État, il encourt jusqu'à cinq ans d'emprisonnement et une amende de 20 millions de francs CFA.

Ce 21 juillet 2026, le tribunal devait rendre son verdict. Il a été renvoyé au 27 juillet 2026. Une nouvelle fois, l'attente se prolonge. Une nouvelle fois, la justice camerounaise temporise. Et une question demeure : peut‑on envoyer un homme en prison pour une prière ?

Une phrase, onze mots, une arrestation

Tout commence le 11 avril 2026, au lendemain de l'annonce du décès de Marcel Niat Njifenji, ancien président du Sénat. Sur sa page Facebook, Patrick Mengue publie un commentaire : « Seigneur tu te rapproches déjà de la cible encore un effort stp ».

Pour les autorités, le sous‑entendu est clair : le jeune homme prierait implicitement pour la mort du chef de l'État, Paul Biya. Pour la défense, il s'agit d'une prière personnelle, sans rapport avec la politique.

Peu importe l'interprétation. Patrick Mengue est interpellé dans les jours suivants par la SEMIL, la sécurité militaire, et aussitôt écroué à la prison centrale de Kondengui.

Une procédure contestée

L'affaire Patrick Mengue est devenue un symbole. Symbole d'une justice qui, selon ses détracteurs, fonctionne à l'envers. « On a arrêté mon client, on l'a jeté en prison, et c'est maintenant qu'on cherche désespérément les preuves pour l'accuser », a dénoncé son avocat, Me Batam Nkolong.

Les irrégularités sont nombreuses :
- Interpellation par un organe militaire normalement incompétent pour un civil ;
- Dix jours de disparition entre le 13 et le 23 avril 2026 sans présentation à un magistrat, au mépris du délai légal de 48 heures ;
- Des allégations de sévices corporels et de tortures.

Selon des proches de Patrick Mengue, il aurait été enlevé et conduit « manu‑militari » au SED par des hommes en civil lourdement armés. Une fois sur place, il aurait subi tout genre de sévices corporels, y compris des traitements inhumains et dégradants.

Les accusations : cybercriminalité et tentative de coup d'État

Les chefs d'accusation sont lourds : cybercriminalité et tentative de coup d'État. Des charges qui, pour la défense, sont disproportionnées par rapport à un commentaire Facebook.

Son ami, Aristide Ayolo Meyo, a adressé une lettre ouverte au chef de l'État pour plaider sa cause. « Patrick n'est ni un délinquant, ni un voleur, ni un individu animé par la violence gratuite. C'est un jeune homme brillant, réfléchi, respectueux », écrit‑il.

Il décrit un jeune diplômé « confronté à l'absence d'opportunités, à la précarité, à l'incertitude ». Une jeunesse qui s'épuise, qui parfois se perd et exprime sa frustration « de manière maladroite, excessive ».

Ce que risque Patrick Mengue

Si le tribunal le reconnaît coupable des infractions retenues contre lui, Patrick Mengue encourt une peine pouvant aller jusqu'à cinq ans d'emprisonnement ainsi qu'une amende de 20 millions de francs CFA.

En droit, il bénéficie de la présomption d'innocence tant qu'une décision de justice définitive ne l'a pas déclaré coupable. Une présomption qui, dans son cas, semble bien fragile.

Le renvoi du 27 juillet 2026

Initialement attendu le 13 juillet 2026, le verdict a été renvoyé au 27 juillet 2026. Une nouvelle date, un nouveau délai. Pour la défense, c'est un signe supplémentaire d'une procédure qui s'éternise. Pour les observateurs, c'est l'illustration d'une justice qui peine à se prononcer sur un dossier devenu politiquement sensible.

Le 27 juillet devrait constituer une étape décisive dans cette affaire, avec l'annonce attendue du jugement qui déterminera la responsabilité pénale ou non de Patrick Mengue.

La liberté d'expression en question

Au‑delà du cas individuel, l'affaire Patrick Mengue soulève une question fondamentale : peut‑on encore s'exprimer librement au Cameroun ?

La surveillance du Web camerounais a fait une nouvelle victime. Chaque mot posté sur Facebook peut conduire derrière les barreaux. Et la frontière entre une prière et un délit semble de plus en plus floue.

Pour les défenseurs des droits de l'homme, cette affaire est un test pour la justice camerounaise. Elle montrera si le Cameroun est un État de droit ou un régime où la moindre parole critique est réprimée.

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