Célestin Lingo, un journaliste, un pilier, un pionnier, une belle histoire, Daniel RIM, ancien prisonnier politique, journaliste émérite, chroniqueur d'exception, leader d'opinion, membre de la société civile camerounaise et un des artisans les plus déterminés, les plus fiables, les plus loyaux et les plus respectés, des mouvements populaires des années de braise en faveur du changement démocratique dans notre pays, nous a quittés le 18 octobre 2016 à Paris des suites de maladie.

Défenseur acharné des droits de l'Homme et de toutes les causes justes à travers le monde, Célestin Lingo avait longtemps servi à Fraternité Matin en Côte d'Ivoire, puis à Cameroon Tribune, avant de finir sa course professionnelle au quotidien " Le Messager ", où il a longtemps conseillé méthodiquement son ami et regretté fondateur Pius Njawé et formé de nombreux jeunes talents aspirant à l'élévation dans cette noble profession.

Célestin Lingo a été le président du Syndicat des journalistes du Cameroun (UCJ). Il s'était illustré par sa plume acérée, mêlant intelligence, sarcasme et engagement social pour contourner la censure et défendre la liberté d'expression.

Proche des figures du nationalisme camerounais dès son enfance (son père était lié au mouvement Kumze), il avait personnellement croisé le leader historique Ruben Um Nyobè. 

Proche de l'influent et progressiste Monseigneur Albert Ndongmo, il avait également mis ses compétences au service de la transparence électorale en tant que Secrétaire général du réseau de médias NETWEL ( Réseau média pour les élections).

Ce réseau qui fonctionnait comme une coopérative de l'information avait contribué au déploiement sur le terrain, des journalistes d'organes de presse qui en étaient membres.

Daniel RIM était le pseudonyme de plume emblématique sous lequel ce grand journaliste signait ses écrits les plus marquants au Cameroun.

Sous ce pseudonyme, il s'était fait connaître pour ses billets d'humeur savoureux, son ton mordant et son style d'une grande exigence littéraire. Ses écrits offraient une critique fine, parfois teintée d'un humour despotique, face à l'actualité sociale et politique du Cameroun.

L'usage de ce nom d'emprunt (partagé avec d'autres intellectuels de l'époque qui écrivaient masqués pour contourner la censure) était devenu le symbole de la résistance intellectuelle. C'est sous cette identité qu'il a bravé les pressions et le risque de la détention pendant les périodes de fortes tensions politiques au Cameroun

Évoquer Daniel Rim, c'était aussi rendre hommage à l'ancien prisonnier politique. Derrière les pamphlets et les chroniques d'exception se cachait un homme qui a payé de sa liberté son refus de transiger avec le pouvoir en place, s'affirmant comme l'une des figures de proue de la société civile lors des mouvements démocratiques majeurs du pays.

Chaque année au mois d'octobre, la communauté des journalistes et les défenseurs des libertés au Cameroun partagent la formule « Remember Célestin Lingo » pour saluer l'héritage d'un homme qui, même gravement malade, n'avait jamais déposé sa plume.

Et dire que ça fait déjà 10 ans qu'il est parti.

RIP l'artiste