Le Médiateur Universel,Président de la Commission indépendante contre la corruption et la discrimination (COMICODI),Président du Mouvement Populaire pour le Dialogue et la Réconciliation (MPDR), vient d'interpeller le Président de la république du Cameroun au sujet de la double nationalité. Selon  Shanda Tonme, puisqu'il s'agit de lui, il est temps de "mettre fin à un obscurantisme et une discrimination devenus dangereux pour la cohésion nationale, la modernisation de nos institutions, l’attrait des investissements et la valorisation des expériences cruciales de la diaspora"

L'intégralité de sa lettre en dessous
 
Excellence Monsieur le Président de la République,

C’est avec une considération élevée et redoublée, un patriotisme trempé et soutenu, que je reprends la plume, pour solliciter votre écoute, votre attention ainsi que votre sagesse extraordinaire, dans une logique de recommandation honnête au premier soldat de la paix, de l’unité nationale, du vivre ensemble, du rassemblement des cœurs et de la réconciliation nationale. Je viens avec révérence et déférence du perpétuel Médiateur universel en alerte.

Excellence, 
Je me fais l’écho d’une très large section de nos compatriotes de tous les bords, de l’intérieur comme de l’extérieur. Je vous porte la voix, les souhaits, les attentes de millions de parents. Je vous véhicule ici, des sentiments d’une gravité et d’une urgence inégalées. Je vous alerte une fois de plus, sur un sujet qui mérite la plus haute attention parce qu’il suscite de sérieuses préoccupations sur la logique de nos méthodes ainsi que de nos stratégies de valorisation des intérêts nationaux. Nos enfants nés à l’étranger souffrent, souffrent en silence et accusent. 

Ce qui est si grave et entraîne autant de passions et de pensées de même que des jugements négatifs, c’est la discrimination insoutenable, dorénavant inacceptable et lourdement préjudiciable à l’endroit de nos compatriotes qui portent une autre nationalité en plus de la nationalité camerounaise d’origine. Depuis votre accession à la magistrature suprême, une foultitude de projets de révision de la loi existante a vu le jour, suivant des séances de travail, des réunions interministérielles, des concertations. A ce jour, nous sommes toujours au point zéro, bien qu’un projet final de révision de la loi obscurantiste existante, a été finalisé et soumis à votre très haute attention.

Excellence, 
Il est sans doute temps que nous mettions fin à ce qui ressemble tantôt à une inqualifiable hypocrisie, une marginalisation et une discrimination opportuniste, une méchanceté inexplicable, une autoflagellation et un suicide au regard des enjeux stratégiques incontestables. En effet, nombre de nos hauts dirigeants, y compris certains de vos très proches collaborateurs, ont des enfants, des membres de famille détenteurs de plus d’une nationalité. Globalement, ce sont des millions de nos compatriotes, au pays et à l’extérieur qui sont dans cette situation, sans que cela constitue un crime ou une quelconque trahison de nos intérêts nationaux. Pourquoi faire sans eux et contre eux ? Leur cœur bat ici, at home.

Excellence, 
Le spectacle des compatriotes malmenés par des soucis de visas pour rentrer à la maison commune, à l’occasion des congés, ou des événements familiaux, est maintenant une grande honte. Nous ne saurions perdurer dans cette voie, dans cette pratique, dans ce regard douloureux, dans cette incompréhension. A maintes reprises, vous avez clairement exprimé votre ambition, votre souhait, et plus que cela, votre engagement à favoriser l’implication active de la diaspora dans la construction du pays. C’est juste et encourageant, louable et digne de félicitations. Maintenant, ils ont trop attendu. En attendant ils ont trop subi, trop de brimades et de discriminations, surtout que dans la majorité des cas, le choix d’avoir une autre nationalité s’est imposé par des circonstances incontournables, souvent de survie aussi. Le pays a perdu et continue de perdre des milliers de milliards, parce que la loi sur la nationalité demeure obscurantiste et improductive. 

Excellence Monsieur le Président, 
Nous sommes un pays consolidé et stabilisé qui ne redoute pas ou plus aucune ouverture ni apport externe. Allons de l’avant sur toutes les questions, y compris la loi sur la nationalité. Dans la pratique, on retrouve donc déjà les binationaux partout, dans l’appareil de l’Etat, les associations, les entreprises parapubliques, et l’arbitrage se fait au faciès. 

En tout état de cause, et en vous renouvelant cette profonde et sincère déférence jamais démentie et toujours prouvée, je vous relance, Excellence monsieur le président de la république et père de tous les enfants, sur cette question cruciale. Puisse le projet de loi être enfin inscrit à l’ordre du jour de la prochaine session de l’assemblée nationale et du sénat.  Vous aurez rendu un service inestimable à notre pays, vous aurez accompli un travail révolutionnaire, vous aurez délivré de nombreuses familles y compris des hauts commis de l’Etat qui naviguent dans la discrétion avec des documents d’autres pays, vous aurez assuré à la postérité la promotion d’un vrai pays à vocation naturellement multinationale.

Dans la pressante attente et restant patriotiquement très mobilisé, permettez-moi, Excellence Monsieur le Président de la république, Chef de l’Etat, Chef suprême des armées, Chef de la diplomatie et Président du Conseil supérieur de la magistrature, de formuler à votre endroit ainsi qu’à celle de votre famille, des vœux sincères et permanents de santé, de tranquillité, de sagesse et de succès./.