Expulsés des États-Unis : le Cameroun dit oui pour 30 millions
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Expulsés des États-Unis : le Cameroun dit oui pour 30 millions

Le Cameroun a accepté d’accueillir jusqu’à 1 000 personnes expulsées des États-Unis dans le cadre d’un accord associé à un financement américain de 30 millions de dollars. Un premier avion est arrivé le 14 janvier 2026. Quatre journalistes ont été interpellés en février alors qu’ils enquêtaient sur le centre où ces migrants sont détenus.

Yaoundé, janvier 2026. Un avion en provenance de Louisiane atterrit à l’aéroport de Nsimalen. À son bord, des hommes et des femmes qui ne sont pas camerounais. Ils ont été expulsés des États-Unis vers un pays qu’ils ne connaissent pas, dans le cadre d’un accord que ni Washington ni Yaoundé n’ont annoncé publiquement.

Le mécanisme est simple sur le papier. Les États-Unis ne peuvent pas renvoyer certaines personnes dans leur pays d’origine : des tribunaux américains l’ont interdit, estimant qu’elles y risqueraient la persécution ou la torture. La solution trouvée par l’administration Trump : les envoyer ailleurs. N’importe où. Pourvu qu’un pays accepte de les recevoir.

Le Cameroun a dit oui.

Un accord révélé par le New York Times

L’histoire a éclaté fin mars 2026. Le New York Times révèle l’existence d’un accord confidentiel entre Washington et Yaoundé. Les documents consultés par le journal américain montrent que le département d’État a débloqué 30 millions de dollars le 12 janvier 2026, deux jours avant l’arrivée du premier vol.

Cette somme n’a pas été versée directement au gouvernement camerounais. Elle est destinée au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) au Cameroun. C’est du moins la version officielle. Selon le New York Times, le déblocage de ces fonds était explicitement lié à l’accord sur les expulsions.

« Un haut responsable camerounais a qualifié la manœuvre de chantage », rapporte Camer.be, citant des documents confidentiels du département d’État. Paul Biya aurait d’abord dénoncé l’arrangement avant de revenir sur sa position, espérant que certains opposants camerounais exilés soient également concernés par les expulsions, selon un responsable de Yaoundé.

Joint par téléphone, un diplomate camerounais en poste à l’étranger n’a pas souhaité commenter. « Je n’ai pas d’informations sur les termes de cet accord », a-t-il déclaré. Le ministère des Relations extérieures n’a pas répondu à nos sollicitations avant publication.

36 migrants, neuf nationalités, un centre à Yaoundé

Les premiers expulsés sont arrivés le 14 janvier. Au total, 36 ressortissants africains ont été transférés au Cameroun entre janvier et mai 2026, selon les données compilées par plusieurs médias.

Ils viennent de la République démocratique du Congo, du Ghana, de l’Angola, de l’Éthiopie, de la Sierra Leone, du Kenya, du Sénégal, du Zimbabwe et du Maroc.

La quasi-totalité bénéficiait aux États-Unis d’une protection judiciaire empêchant son renvoi vers le pays d’origine. Ces protections ont été contournées par le transfert vers le Cameroun.

Depuis leur arrivée, ils sont hébergés dans un centre géré par les autorités camerounaises en collaboration avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Ils y sont « privés de documents d’identité et de statut légal clair », selon leur avocat, et font l’objet de restrictions de déplacement.

Quatre journalistes arrêtés pour avoir enquêté

Le 17 février 2026, quatre journalistes camerounais se rendent dans un centre étatique à Yaoundé. Ils veulent interroger des migrants expulsés. Ils sont interpellés.

Parmi eux, un reporter de l’Associated Press, un photojournaliste, un vidéaste et Randy Joe Sa’ah, un journaliste indépendant qui collabore régulièrement avec la BBC. Un avocat qui les accompagnait est également arrêté.

Selon deux des personnes détenues, le reporter de l’AP a été battu par la police. « Il nous a dit que les policiers l’avaient attaqué », rapporte le New York Times. Les cinq personnes ont été placées en garde à vue à la direction de la police judiciaire. Certaines ont passé des heures en cellule.

Avant leur libération, les policiers ont confisqué téléphones, appareils photo et ordinateurs portables. Motif invoqué : les journalistes auraient capturé des « informations gouvernementales sensibles ».

Reporters sans frontières a dénoncé « une atteinte grave et inacceptable à la liberté de la presse ». Nous avons tenté de joindre la direction générale de la Sûreté nationale à Yaoundé ce vendredi. Sans succès.

36 plaignants devant le tribunal administratif

Début août 2026, les 36 migrants expulsés passent à l’offensive. Ils saisissent le tribunal administratif de Yaoundé pour obtenir la suspension de l’accord migratoire et la reconnaissance d’un statut juridique leur permettant de séjourner légalement au Cameroun.

Leur avocat, Me Joseph Fru Awah, ne mâche pas ses mots. « Le Cameroun ne peut être utilisé comme un pays de transit pour renvoyer des personnes vers la persécution ou la torture », déclare-t-il.

La procédure vise aussi à empêcher leur expulsion vers leurs pays d’origine. Une audience n’était pas encore programmée au moment d’écrire ces lignes.

Un système global, un précédent centrafricain

Le Cameroun n’est pas un cas isolé. La République centrafricaine a conclu un accord similaire : 1 500 places, 85 millions de dollars promis à des organisations. Dix-huit personnes y ont été transférées. En RDC, 2 000 places pour 75 millions de dollars, et quinze personnes transférées.

À l’échelle mondiale, l’enquête The Deportation Project, menée par Forbidden Stories avec 26 médias dans 15 pays, a documenté 25 447 personnes expulsées vers des pays tiers au 31 août 2026. Trente-cinq pays ont signé des accords. Environ 410 millions de dollars ont été prévus par Washington.

« Les accords ont été écrits sans les garanties habituelles en matière de droits humains », note The New Republic, citant les rapports du département d’État qui documentent des violations au Cameroun, au Gabon et en Guinée équatoriale.


Combien de migrants ont été expulsés des États-Unis vers le Cameroun ?
Trente-six personnes ont été transférées entre janvier et mai 2026. L’accord prévoit une capacité maximale de 1 000 personnes.

Pourquoi le Cameroun a-t-il accepté ?
Officiellement, les 30 millions de dollars sont destinés au HCR pour des opérations humanitaires. Des documents américains et des responsables camerounais suggèrent que le déblocage des fonds était lié à l’accord.

Les migrants peuvent-ils rester au Cameroun ?
Ils ont saisi la justice pour obtenir un statut légal. À ce jour, ils sont détenus dans un centre et privés de documents d’identité.

Où sont-ils détenus ?
Dans un centre géré par les autorités camerounaises et l’OIM à Yaoundé. Son adresse exacte n’a pas été rendue publique.

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