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© Camer.be : Toto Jacques
- 24 Sep 2026 13:38:58
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Cameroun - Sécurisation foncière des aéroports : ce que le gouvernement prépare
Le gouvernement camerounais lance une opération de sécurisation foncière autour de cinq aéroports. Recensement, délimitation, indemnisations : ce qui attend les riverains.
Recensement des occupations irrégulières, clarification des limites, indemnisations éventuelles : la sécurisation foncière des aéroports camerounais entre dans sa phase active, à trois mois de l'audit de l'OACI.
Le Conseil de cabinet du 23 septembre 2026 a duré quelques heures. Mais ses conclusions vont peser sur des milliers de vies. Le gouvernement a décidé de s'attaquer à un problème vieux de plusieurs décennies : l'occupation illégale des domaines aéroportuaires. Cinq aéroports sont concernés. Des centaines de familles sont potentiellement touchées. Et personne, à ce stade, ne sait combien devront partir.
Ce que le Conseil de cabinet a décidé
Le 23 septembre 2026, Joseph Dion Ngute a présidé un Conseil de cabinet consacré principalement à la sécurisation des domaines aéroportuaires. La décision est tombée : une opération structurée en deux phases sera lancée autour de Yaoundé-Nsimalen, Douala, Garoua, Maroua-Salak et Koutaba.
Première phase : recensement des occupations irrégulières, clarification des limites des domaines, identification des occupants.
Seconde phase : délimitation physique des emprises, clôture, régularisation des titres fonciers, récupération des parcelles illégalement occupées.
Le gouvernement n'annonce pas de déguerpissements immédiats. L'accent est mis sur la clarification juridique et cadastrale. Des indemnisations sont envisagées pour les personnes dont les droits seraient reconnus. Aucun montant n'a été communiqué à ce stade.
Pourquoi maintenant ? L'ombre de l'OACI
Le calendrier n'est pas anodin. Du 26 novembre au 9 décembre 2026, l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) conduira un audit de supervision de la sécurité aérienne au Cameroun. L'objectif fixé : un taux de conformité d'au moins 75 % aux normes internationales.
Dans une note de travail présentée à la 40ᵉ session de l'Assemblée de l'OACI, le Cameroun lui-même reconnaît le problème : « L'occupation illégale des domaines aéroportuaires constitue une menace pour la sécurité, la sûreté et le développement de certains aéroports. » Le document évoque des réserves foncières « s'amenuiser de près de 400 hectares envahis par des constructions à usage de commerces et d'habitations, des activités agricoles, pastorales ».
L'aéroport de Douala concentre une grande partie de la pression. Selon Investir au Cameroun, la CCAA « entend sauver les 400 hectares de terres appartenant à l'aéroport international de la ville, illégalement occupés par des familles qui y ont bâti leurs habitations ».
Un rapport de l'OACI cité par la même source qualifie la situation à Yaoundé-Nsimalen de « haut risque en raison des populations installées sur la piste d'atterrissage. Celles-ci y cultivent des champs de maïs, et y construisent. » L'avertissement est sans ambiguïté : les habitants « n'auraient aucune chance de survie en cas d'accident ».
Ce qui attend les riverains
Le mot « déguerpissement » n'a pas été prononcé. Pas encore.
Le scénario est connu. Il s'est déjà joué à Bertoua, en juillet 2026. La CCAA a versé 491 338 884 FCFA à 340 bénéficiaires, dans le cadre du projet d'extension de l'aéroport. Les paiements se sont déroulés du 15 au 17 juillet, en présence du gouverneur de la Région de l'Est et sous la coordination du préfet du Lom-et-Djerem.
Un résident de Bertoua, cité par la CCAA, a résumé la situation : « Cet argent va leur permettre de se réinstaller en dehors de la zone de danger. Nous acceptons de partir, car nous savons que l'extension de cet aéroport va amener le développement. »
À Koutaba, en novembre 2024, 38 familles expropriées du village de Koundja ont reçu un total de 35 173 500 FCFA. Le décret n°2024/0260/PM du 4 juillet 2024 avait marqué le cadre juridique de cette indemnisation.
Ces précédents dessinent une méthode : recensement, évaluation des biens, indemnisation, sécurisation physique. Le gouvernement semble vouloir reproduire ce schéma pour les cinq plateformes concernées.
La question des titres fonciers irréguliers
Une partie du problème est juridique. Des titres fonciers ont été délivrés sur des parcelles situées dans les emprises aéroportuaires. Le gouvernement a annoncé qu'il procéderait à leur annulation.
C'est une opération délicate. Les détenteurs de ces titres parfois de bonne foi, parfois non se retrouveront face à l'État. L'annulation d'un titre foncier régulièrement délivré ouvre un droit à contestation, voire à indemnisation.
Un expert du domaine foncier, interrogé par Cameroon Tribune, a souligné que ces occupants « n'ont ni titre foncier, ni permis de bâtir, sinon de faux documents ». La distinction entre les occupants sans titre et ceux qui détiennent des documents, même contestables, sera au cœur du processus.
Les aéroports concernés, un par un
Yaoundé-Nsimalen : l'aéroport international dessert la capitale politique. Des constructions et des cultures ont été observées dans des zones normalement réservées à l'exploitation aéroportuaire. Le rapport de l'OACI le classe « à haut risque ».
Douala : première plateforme du pays, confrontée à une occupation ancienne de 400 hectares. Les premiers déguerpissements dans cette zone remontent à la période 1987-1992, lors de la construction de l'infrastructure.
Garoua : aéroport international dans la région du Nord. Son statut international est menacé par le non-respect des normes de sécurité. L'OACI a recommandé au Cameroun de le retirer du trafic international régulier.
Maroua-Salak : même situation que Garoua. La question du coût du statut international se pose avec acuité avant l'audit.
Koutaba : plateforme secondaire dans la région de l'Ouest. Un précédent d'indemnisation existe déjà (novembre 2024), ce qui facilitera peut-être la phase de recensement.
Ce que dit la loi
La loi camerounaise est claire. L'article 3 de la loi n°2004/003 du 21 avril 2004 régissant l'urbanisme précise que « toute construction, même partielle du domaine aéroportuaire est interdite ». Les textes protégeant le domaine aéroportuaire existent depuis des décennies. Leur application, elle, a été intermittente.
Le Conseil de cabinet du 23 septembre marque une inflexion. L'État entend reprendre le contrôle de ses emprises. Reste à savoir comment, et à quel prix humain.
Le calendrier est serré. L'audit de l'OACI commence dans deux mois. Les opérations de recensement et de clarification juridique devraient s'accélérer dans les semaines à venir.
Pour les riverains des cinq aéroports, l'incertitude domine. Seront-ils indemnisés ? À quel montant ? Dans quel délai ? Le gouvernement n'a fourni aucune réponse à ces questions.
Une chose est certaine : après des décennies d'occupation tolérée, le temps de la clémence semble révolu. La question n'est plus de savoir si quelque chose va changer, mais quand et pour qui.
Est-ce que les déguerpissements sont immédiats ?
Non. Le gouvernement a annoncé une première phase de recensement et de clarification juridique. Les déguerpissements éventuels interviendront après la régularisation des situations. Aucun calendrier précis n'a été communiqué.
Y aura-t-il des indemnisations ?
Des indemnisations sont envisagées pour les personnes dont les droits seraient reconnus. Aucun montant n'a été communiqué. Les précédents de Bertoua (491 millions FCFA pour 340 bénéficiaires) et Koutaba (35 millions FCFA pour 38 familles) donnent un ordre de grandeur, mais chaque cas sera évalué individuellement.
Quels sont les cinq aéroports concernés ?
Yaoundé-Nsimalen, Douala, Garoua, Maroua-Salak et Koutaba.
Pourquoi cette opération maintenant ?
L'audit de l'OACI prévu du 26 novembre au 9 décembre 2026 impose au Cameroun un taux de conformité d'au moins 75 %. La sécurisation des emprises aéroportuaires est une condition de cette conformité.
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