Le piège que Biya s'est tendu avec la vice-présidence
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Cameroun - Le piège que Biya s'est tendu avec la vice-présidence

La réforme d'avril 2026 crée un vice-président nommé qui peut déclencher une procédure d'incapacité. Le piège constitutionnel que Paul Biya s'est tendu.

En nommant lui-même son successeur, Paul Biya a créé une fonction qui peut se retourner contre lui et aucun vice-président n'a encore été désigné.

Quatre mois après la promulgation de la loi n°2026/002 du 14 avril, le poste de vice-président du Cameroun reste vacant. Ce silence n'est pas un oubli. C'est peut-être la preuve que le dispositif imaginé à Yaoundé inquiète jusqu'à ses propres architectes. Car sous les apparences d'une réforme technique, la révision constitutionnelle d'avril 2026 a introduit une mécanique que ses auteurs n'avaient pas pleinement anticipée : un successeur nommé, non élu, capable de saisir le Conseil constitutionnel pour constater l'incapacité du président qui l'a désigné. Autrement dit, Paul Biya a peut-être créé, sans le vouloir, l'instrument de sa propre fin politique.

Une réforme qui devait tout verrouiller

Pendant des décennies, la Constitution camerounaise a été retouchée au gré des calculs politiques. La révision de 2008 avait déjà supprimé la limitation des mandats présidentiels. Celle d'avril 2026 devait, dans l'esprit de ses promoteurs, résoudre un problème simple : garantir la continuité du pouvoir en cas de vacance brutale.

Le Parlement réuni en Congrès a adopté le texte le 4 avril 2026 par 200 voix contre 18 et 4 abstentions. Dix jours plus tard, Paul Biya a promulgué la loi. Le mécanisme paraît limpide : le président nomme un vice-président, qui assure l'intérim et achève le mandat en cas de décès, démission ou incapacité permanente du chef de l'État.

Le piège : un successeur nommé au cœur du pouvoir

Michèle Ndoki, avocate et ancienne vice-présidente de l'aile féminine du MRC, a été la première à formuler publiquement le paradoxe. Dans une tribune publiée le 21 septembre 2026, elle écrit : « En cas d'incapacité permanente, le vice-président peut déclencher la procédure constitutionnelle qui saisit le Conseil constitutionnel. Le vice-président ne peut pas, à lui seul, destituer le Président : c'est le Conseil constitutionnel qui prend la décision déterminante ».

La formulation est prudente. Mais l'implication est vertigineuse. La personne que Paul Biya aura lui-même installée au poste de vice-président se retrouve au cœur du processus capable de mettre fin aux fonctions de celui qui l'a nommé. Ce n'est pas un scénario de fiction constitutionnelle. C'est un article du texte.

L'avocate Ndoki pointe également une disparition : l'ancienne obligation d'organiser une nouvelle élection présidentielle dans un délai de 20 à 120 jours, qui pesait sur le président du Sénat en cas d'intérim, a été supprimée. Désormais, un vice-président nommé peut achever le mandat en cours jusqu'en 2032 sans que les Camerounais ne retournent aux urnes.

Le Conseil constitutionnel : juge et partie ?

L'indépendance du Conseil constitutionnel camerounais a été mise en cause à chaque scrutin contesté. La loi organique prévoit que ses onze membres sont tous, en dernière instance, nommés par le président de la République. Leurs candidatures proviennent de la Présidence, de l'Assemblée nationale, du Sénat et du Conseil supérieur de la magistrature. Mais le décret de nomination reste présidentiel.

En octobre 2025, le Conseil a rejeté huit recours contestant la réélection de Paul Biya, puis proclamé sa victoire avec 53,66 % des voix. Sa décision était définitive et sans appel.

Le même Conseil qui a validé cette élection pourrait, demain, avoir à trancher une question d'incapacité opposant un président à son propre vice-président. Ce n'est pas une hypothèse d'école : c'est une compétence que le texte lui confère explicitement.

L'opposition dénonce une « dérive monarchique »

Maurice Kamto, président du MRC, a qualifié la réforme de « coup d'État institutionnel et constitutionnel ». Issa Tchiroma Bakary, arrivé deuxième à la présidentielle d'octobre 2025, a parlé d'une « dérive monarchique du pouvoir illégitime ». La professeure Kourra Félicité Owona Mfegue a soulevé l'ambiguïté créée par le dispositif.

Ces critiques ne sont pas seulement politiques. Elles touchent à un point de droit : comment un pouvoir nommé par un seul homme peut-il être contrôlé par une institution dont ce même homme nomme les membres ?

Le silence de la nomination

Depuis avril 2026, aucun nom n'a été officialisé. Des rumeurs ont circulé notamment sur une possible nomination de Franck Emmanuel Biya, fils du président. Elles ont été démenties par les fact-checkers. À ce jour, la fonction reste vacante.

Ce silence nourrit toutes les lectures. Pour certains observateurs, Paul Biya hésite à installer un successeur qui pourrait devenir un rival. Pour d'autres, il attend le moment opportun pour désigner quelqu'un dont il contrôle encore les loyautés. Le nom de Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la Présidence, circule dans les cercles du palais.

Mais la question centrale demeure : pourquoi nommer un vice-président si ce vice-président peut, un jour, se retourner contre vous ?


Le vice-président camerounais est-il élu par le peuple ?
Non. Il est nommé par le président de la République. Contrairement à d'autres pays où le vice-président est un colistier élu avec le président, au Cameroun la fonction est une désignation présidentielle.

Que se passe-t-il si Paul Biya décède en fonction ?
Le vice-président s'il est nommé assure l'intérim et achève le mandat en cours, jusqu'en 2032. Il n'y a plus d'obligation de convoquer une nouvelle élection présidentielle dans un délai de 20 à 120 jours.

Le vice-président peut-il destituer le président ?
Pas seul. Il peut saisir le Conseil constitutionnel pour constater une incapacité permanente. C'est le Conseil qui décide. Mais le vice-président est celui qui déclenche la procédure.

Le Conseil constitutionnel est-il indépendant ?
Ses onze membres sont nommés par le président de la République. Leurs candidatures viennent de différentes institutions, mais la nomination finale reste présidentielle. Cette configuration a été régulièrement critiquée par l'opposition.

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