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© Camer.be : Paul Moutila
- 12 Sep 2026 16:10:11
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Yémen - Bab el-Mandeb : les Houthis contrôlent désormais le détroit
Les Houthis ont pris le contrôle de l'île de Mayun et de la côte ouest du Yémen. Le détroit de Bab el-Mandeb, voie vitale du pétrole, est désormais sous leur surveillance.
La prise de l'île de Mayun et de la côte ouest du Yémen place le détroit de Bab el-Mandeb sous contrôle houthi, menaçant une voie maritime vitale pour le pétrole.
Les Houthis contrôlent désormais le détroit de Bab el-Mandeb. Vendredi 11 septembre 2026, les forces d'Ansarullah ont pris l'île de Mayun, également appelée Perim, située au cœur du détroit qui sépare la mer Rouge du golfe d'Aden. Elles ont également capturé la ville portuaire de Mokha, soixante-dix kilomètres plus au nord, avant de progresser vers l'ensemble de la côte ouest du Yémen.
Bab el-Mandeb. « La Porte des Larmes ». Le nom n'a jamais aussi bien porté.
En une semaine, la carte militaire du Yémen a changé. Et avec elle, celle du pétrole mondial.
Une progression éclair sur toute la côte ouest
L'offensive a commencé le 3 septembre. Les Houthis l'ont annoncée eux-mêmes, par la voix de leur porte-parole militaire, Yahya Saree.
En huit jours, les forces d'Ansarullah ont pris le contrôle de six districts dans les provinces de Taïz et de Hodeïda, soit 5 400 kilomètres carrés, selon le communiqué du groupe. Elles ont également capturé la base militaire de Khaled, dans le district de Mawza, et la ville de Mokha, port stratégique sur la mer Rouge.
Le jeudi 10 septembre, les forces gouvernementales yéménites se sont retirées de l'île de Mayun, à l'entrée du détroit. Le lendemain, les Houthis y étaient.
« Les Houthis ont pris les zones de Bab el-Mandeb et l'île de Mayun », a confirmé un responsable gouvernemental yéménite à l'Agence France-Presse. Un témoin cité par la même agence a vu des combattants houthis investir l'île.
Pourquoi cette île compte plus que les autres
Mayun. Perim. Deux noms pour un rocher désertique de sept kilomètres carrés, posé au milieu du détroit.
Le détroit de Bab el-Mandeb, c'est le passage obligé entre l'Asie et l'Europe pour les navires venant du golfe Persique. En 2023, 9,3 millions de barils de pétrole y transitaient chaque jour, selon l'Energy Information Administration américaine. En 2025, ce chiffre était tombé à environ 4,2 millions de barils par jour, conséquence directe des attaques houthies contre la navigation en mer Rouge.
L'île de Mayun divise le détroit en deux chenaux de navigation. Qui la contrôle peut surveiller, ralentir, ou bloquer le passage. Ce n'est pas un détail.
Sur l'île, les Émirats arabes unis avaient construit un aérodrome militaire et une base, avec la coopération d'Israël selon plusieurs sources régionales. Armes de haute technologie, équipements de surveillance. Tout est tombé aux mains des Houthis.
L'oléoduc qui contournait Ormuz
Le même jour, une autre nouvelle est tombée. En Arabie saoudite, des drones lancés depuis l'Irak ont frappé l'oléoduc East-West, qui relie le champ pétrolifère d'Abqaiq, près du golfe Persique, au port de Yanbu, sur la mer Rouge.
Le ministère saoudien de l'Énergie a annoncé la fermeture préventive de l'oléoduc. Riyad a condamné « le ciblage de l'oléoduc East-West dans les régions de Riyad et Médine par plusieurs drones venus d'Irak, qui a causé des blessés et des dégâts ».
Cet oléoduc, c'était la dernière voie d'exportation du pétrole saoudien qui ne passait pas par le détroit d'Ormuz déjà fermé par l'Iran. Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, l'Arabie saoudite l'utilisait massivement pour contourner le blocus iranien. Aujourd'hui, il est fermé.
Bagdad a réagi. Le bureau du Premier ministre irakien a annoncé le limogeage du commandant de la province de Maysan, après avoir « confirmé que les attaques ciblant nos frères dans le Royaume provenaient d'un lieu situé dans le gouvernorat ».
Le prix du baril de Brent a dépassé les 106 dollars, son plus haut niveau depuis mai. Certaines sources évoquent des pointes à 110 dollars.
Hizam al-Assad : « une opération interne »
Hizam al-Assad est membre du bureau politique d'Ansarullah. Interrogé par Al-Mayadeen, il a détaillé la stratégie houthie.
« Nous suivons une trajectoire s'inscrivant dans le cadre d'opérations imposant l'équation "blocus contre blocus" et "escalade contre escalade" », a-t-il déclaré. « Notre objectif est clair : arracher les droits légitimes du Yémen et briser le blocus imposé à notre pays par l'ennemi saoudien. »
Interrogé par l'agence russe TASS, il a précisé que le trafic maritime international dans le détroit restait « normal » et que les navires passaient « comme d'habitude ». Il a confirmé que l'opération militaire visait à « établir le contrôle sur les territoires et les districts adjacents au détroit de Bab el-Mandeb ».
« Les actions du mouvement constituent une opération nationale interne visant à affirmer la souveraineté du Yémen et à contrer les défis et les ambitions qui menacent la paix civile », a-t-il ajouté.
Le porte-parole militaire Yahya Saree a été plus direct : « Nous confirmons que la navigation maritime est sûre pour toutes les compagnies, sauf pour les navires saoudiens. »
La coalition saoudienne en difficulté
En 2015, Riyad avait monté une coalition arabe pour chasser les Houthis de Sanaa. Onze ans plus tard, le bilan est sans appel. La coalition n'a pas chassé les Houthis. Elle a perdu la côte ouest.
En juillet 2026, l'Arabie saoudite avait rompu un cessez-le-feu de fait en frappant la piste de l'aéroport de Sanaa. Depuis, la guerre a repris. Et les Houthis avancent.
Le « Bouclier de la Nation », la force yéménite soutenue par Riyad, n'a pas résisté. Les forces gouvernementales se sont retirées jusqu'à Jor Omeria, dans la province de Lahj, à quatre-vingt-dix kilomètres à l'ouest d'Aden. La sécurité a été renforcée autour de la capitale provisoire.
Il reste deux objectifs aux Houthis : Marib, pour ses gisements de pétrole et de gaz, et le port d'Aden, où se concentrent les forces hostiles à Sanaa. Ni l'un ni l'autre n'est encore tombé.
46 000 déplacés en une semaine
Le coût humain, lui, est déjà là.
L'Organisation internationale pour les migrations a annoncé vendredi que 46 000 personnes avaient été déplacées par les combats en une semaine. « Le chiffre augmente de manière alarmante d'heure en heure », a déclaré sa directrice générale, Amy Pope.
« Les familles sont forcées de fuir pour la deuxième ou la troisième fois dans ce conflit, alors qu'il ne leur reste presque rien. »
Le Conseil de sécurité des Nations unies s'est réuni en urgence le 10 septembre. Le gouvernement yéménite a demandé une position ferme. L'Arabie saoudite a appelé à couper le « soutien qui permet » les attaques houthies.
Ce que cela signifie pour l'Afrique et l'Asie
Le détroit de Bab el-Mandeb n'est pas qu'un point sur une carte. C'est la route du pétrole vers l'Asie, l'Europe, et une partie de l'Afrique. C'est aussi la route des marchandises.
Pour le Cameroun, pour le Nigeria, pour toute l'Afrique de l'Ouest qui importe du carburant raffiné, la fermeture du détroit signifie des délais plus longs, des coûts de transport plus élevés, et des prix à la pompe plus lourds.
L'Égypte, qui dépend du canal de Suez, voit passer moins de navires. Le canal, c'est une source de devises. Moins de navires, moins de dollars.
L'Asie, premier client du pétrole saoudien, doit trouver d'autres routes. Le tour du cap de Bonne-Espérance ajoute des milliers de kilomètres et des jours de navigation.
Le Pakistan a prévenu. Son ministre de la Défense a déclaré que le pacte de défense de La Mecque signé avec l'Arabie saoudite et la Turquie pourrait devenir opérationnel si le conflit débordait sur le territoire saoudien. Puis Islamabad a nuancé : le pacte est « défensif » et ne s'applique pas à une situation préexistante comme la guerre saoudienne lancée en 2015.
Traduction : le Pakistan ne veut pas être entraîné dans cette guerre.
La question qui reste sans réponse
Un détail cloche. L'attaque contre l'oléoduc East-West n'a été revendiquée par personne. Riyad accuse des drones venus d'Irak. Bagdad a limogé un commandant. Mais qui a tiré ? Aucun groupe n'a revendiqué.
Les Houthis, eux, n'ont pas revendiqué cette attaque spécifique. Ils ont revendiqué le contrôle du détroit. Pas l'oléoduc.
Cette zone grise est dangereuse. Dans une guerre régionale où les acteurs sont multiples Houthis, CGRI iranien, milices irakiennes, coalition saoudienne, forces yéménites , une attaque non revendiquée peut être le signe d'une escalade incontrôlée.
Ou d'une opération dont personne ne veut assumer la paternité.
Une chose est certaine : Bab el-Mandeb est désormais sous surveillance houthie. Le détroit qui porte le nom de « Porte des Larmes » n'a jamais aussi bien porté son nom.
Qui contrôle le détroit de Bab el-Mandeb en 2026 ?
Les Houthis (Ansarullah) contrôlent désormais la côte ouest du Yémen et l'île de Mayun (Perim), située au cœur du détroit. Ils ont pris ces positions début septembre 2026.
Pourquoi l'île de Mayun est-elle si importante ?
L'île de Mayun divise le détroit de Bab el-Mandeb en deux chenaux de navigation. Qui la contrôle peut surveiller et potentiellement bloquer le passage des navires. Elle abritait une base militaire construite par les Émirats arabes unis.
Pourquoi le prix du pétrole a-t-il augmenté en septembre 2026 ?
L'attaque contre l'oléoduc East-West en Arabie saoudite, la prise de contrôle du détroit par les Houthis, et le blocage du détroit d'Ormuz par l'Iran ont créé une triple pression sur les routes pétrolières. Le Brent a dépassé les 106 dollars le baril.
Combien de personnes ont été déplacées par les combats ?
L'Organisation internationale pour les migrations a annoncé le 11 septembre 2026 que 46 000 personnes avaient été déplacées en une semaine, un chiffre en hausse « d'heure en heure ».
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