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© Camer.be : Toto Jacques
- 09 Sep 2026 13:23:14
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Cameroun - Djeuga Palace vendu 5,5 milliards par l'État
> L'immeuble Djeuga Palace de Douala, sommé de libérer les lieux sous 48h, vient d'être mis aux enchères par l'État à 5,5 milliards FCFA. Récit d'un feuilleton foncier de 17 ans.
> Propriété du député Jean-Claude Feutheu, le complexe hôtelier de Bonanjo a été adjugé par l'État après une bataille judiciaire de près de deux décennies autour d'une emprise de l'ex-Regifercam.
C'est la fin d'un feuilleton qui aura tenu en haleine les milieux d'affaires et politiques camerounais pendant dix-sept ans. L'immeuble Djeuga Palace, fleuron hôtelier de Douala implanté en plein cœur de Bonanjo, vient d'être mis aux enchères par l'État au prix de 5,5 milliards de francs CFA. Une décision qui intervient après des mois de tension, une sommation de libérer les lieux sous 48 heures, et une annulation du titre foncier qui avait valu au propriétaire des lieux, le député Jean-Claude Feutheu, le surnom de « Claude le Parisien ». Mais au-delà d'une simple vente aux enchères, c'est tout un symbole : l'État camerounais reprend possession d'un patrimoine ferroviaire stratégique, estimé à près de 10 milliards de FCFA, et envoie un signal fort aux spoliateurs présumés du domaine public.
Bonanjo : un immeuble au cœur des tensions
Le Djeuga Palace n'est pas un hôtel comme les autres. Situé au giratoire Joss, en plein cœur économique de Douala, l'établissement a accueilli des délégations lors de la CAN 2016 et 2019. Mais son histoire est aussi celle d'un contentieux foncier qui oppose depuis 2008 la Société Hôtelière Djeuga Palace au Cabinet Conseil Atou, mandataire chargé de la liquidation des actifs de l'ex-Regifercam.
Le litige porte sur une parcelle de l'ancienne Régie des Chemins de Fer du Cameroun, une emprise ferroviaire protégée par un arrêté du Haut-Commissaire de la République française au Cameroun datant du 6 avril 1926. Selon les documents officiels, une concession provisoire avait été accordée en 2008, avant une concession définitive du 18 juin 2016 portant sur 5 972,3 m² pour la somme de 29,861 millions de FCFA.
Une acquisition à prix cassé qui interroge
Le problème ? La superficie effectivement occupée par l'hôtel serait bien plus vaste. Une mission gouvernementale a constaté une occupation de 1 hectare 07 ares 04 centiares, soit environ 10 704 m². Une surface dont la valeur marchande a été estimée à près de 10 milliards de FCFA. Soit un rapport de 1 à 335 entre le prix payé et la valeur réelle du terrain.
Pour les créanciers de l'ex-Regifercam, l'affaire est claire : le site aurait été frauduleusement qualifié de « domaine national de deuxième catégorie » une classification réservée aux terres libres de toute occupation. Une qualification qui aurait permis l'attribution du terrain à prix bradé.
Une bataille judiciaire à rebondissements
Le feuilleton judiciaire s'est accéléré en 2026. Le 18 février, le ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires Foncières, Henri Eyebe Ayissi, annule purement et simplement le titre foncier 318/WA de la Société Hôtelière Djeuga Palace.
Le 21 juillet, le Tribunal administratif du Littoral accorde un sursis à exécution à Jean-Claude Feutheu, une première victoire pour le promoteur. Mais quelques jours plus tard, le Tribunal de Première Instance de Douala-Bonanjo rend une ordonnance de référé d'heure à heure n°506/H du 23 juillet 2026.
Le 21 août 2026, à 16h34, Maître Guy Efon, huissier de justice, signifie à la Société Hôtelière Djeuga Palace une sommation de libérer le site sous 48 heures. « FAIT COMMANDEMENT au sus requis d'avoir, dans les 48 heures qui suivent la signification des présentes pour tout délai, à libérer tant de corps, de biens ainsi que de tout occupant de son chef, l'immeuble de l'ex-REGIFERCAM », stipule l'acte.
Une vente aux enchères à 5,5 milliards
Le dénouement est désormais connu. L'immeuble Djeuga Palace, sis à Bonanjo, vient d'être mis aux enchères par l'État à 5,5 milliards de francs CFA. Un montant qui, bien qu'inférieur à l'estimation initiale de 10 milliards, marque une victoire pour l'État dans sa volonté de récupérer les actifs résiduels de l'ex-Regifercam.
Le Cabinet Conseil Atou, mandataire officiel de l'État, est chargé de la gestion et de la sauvegarde de l'actif résiduel de l'ex-Regifercam. Sa mission : préserver les droits attachés à ce patrimoine ferroviaire stratégique.
L'État envoie un signal fort
Au-delà du cas Djeuga Palace, cette affaire pose une question de fond sur l'échiquier politique et économique camerounais : l'État est-il enfin décidé à récupérer ses biens spoliés, quitte à faire tomber des icônes des affaires ?
Pour les uns, cette vente aux enchères est un signal fort envoyé à tous ceux qui auraient profité de zones grises pour s'approprier le domaine public. Pour les autres, elle illustre les risques d'un investissement lourd lorsque la régularité de son assiette foncière est contestée.
Le feuilleton judiciaire n'est peut-être pas totalement clos : Jean-Claude Feutheu dispose encore de recours. Mais une chose est sûre : le Djeuga Palace, fleuron hôtelier de Douala, vient de changer de main. Et l'État camerounais, après dix-sept ans de bataille, a remporté une manche décisive.
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