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© Camer.be : Onana Nestor
- 09 Sep 2026 11:52:46
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Cameroun - Ciment, Moulinex : le langage d’Atanga Nji
Paul Atanga Nji assume sa formule choc : « Quand vous défiez l’autorité de l’État, je mets du ciment. » Décryptage d’une rhétorique qui interroge.
Le ministre de l’Administration territoriale assume pleinement sa métaphore : ceux qui défient l’autorité de l’État « creusent leur propre trou ». Et quand ils y tombent, il ne met pas de terre… mais du ciment.
Il y a des formules qui marquent. Celle-ci restera. « Chaque fois que vous défiez l’autorité de l’État, vous creusez votre propre trou… Quand vous y tombez, moi, je ne mets pas la terre, je mets le ciment. » La phrase est signée Paul Atanga Nji, ministre de l’Administration territoriale du Cameroun. Elle résume à elle seule une philosophie politique : celle d’une fermeté qui ne transige pas, d’un État qui ne recule pas, d’un homme qui assume ses mots et qui les répète. Mais cette métaphore du « ciment » ne tombe pas du ciel. Elle s’inscrit dans un lexique bien rodé, celui du « Moulinex », du « trou » et des « condiments ». Derrière les formules choc, une question brûle : s’agit-il d’une simple communication politique, ou du programme assumé d’un homme qui se présente comme le « verrou du système » ?
Le « ciment » d’Atanga Nji : une formule qui fait mouche
L’expression a été prononcée lors d’une interview accordée à la CRTV, la télévision publique camerounaise. Paul Atanga Nji y développait sa vision de l’autorité de l’État. Sa formule est sans ambiguïté : ceux qui défient l’ordre républicain « creusent leur propre trou » et lorsqu’ils y tombent, le ministre ne se contente pas de « mettre de la terre ». Il met du « ciment ».
Une déclaration qui n’est pas passée inaperçue. Elle a été reprise, commentée, décortiquée. Pour certains, elle incarne la fermeté nécessaire d’un État qui doit faire face à des défis sécuritaires et politiques majeurs. Pour d’autres, elle révèle une conception de l’autorité qui confine à l’intimidation et au refus du dialogue.
Le « Moulinex » et le « ciment » : les métaphores d’une philosophie
Paul Atanga Nji ne s’arrête pas au ciment. Il a également popularisé une autre métaphore : celle du « Moulinex ». « Pour moi, je structure le Moulinex comme le maintien de l’ordre. Et ceux qui défient l’autorité de l’État, les terroristes, les bandits de grands chemins, ceux qui lancent les mots d’ordre irresponsables […] pour moi, c’est des condiments », expliquait-il en décembre 2025 sur PRC TV. « Et lorsque vous mettez la tomate, l’ail, les oignons dans le Moulinex, c’est la pâte qui sort. Donc, vous êtes écrasés ».
Le ciment et le Moulinex forment un duo rhétorique cohérent : l’un broie, l’autre scelle. L’un écrase la contestation, l’autre l’enterre définitivement. Une vision de l’autorité qui ne laisse aucune place à la négociation. « Le Moulinex pour moi, c’est le maintien de l’ordre. Cela veut donc dire que nous devons respecter les institutions républicaines », ajoute-t-il.
Le contexte d’une déclaration qui interroge
Ces formules n’ont pas été prononcées dans un vide politique. Elles interviennent dans un Cameroun marqué par des tensions post-électorales persistantes après la présidentielle d’octobre 2025. Le ministre de l’Administration territoriale, souvent décrit comme un « homme fort du régime » et « l’un des principaux hommes de main de Biya », est au cœur du dispositif sécuritaire et administratif du pays.
Son ministère, le MINAT, est notamment chargé de contrôler la régularité des partis politiques. Une prérogative qui lui a valu des tensions avec l’opposition, en particulier avec le MRC de Maurice Kamto. En août 2026, le ministre a opposé un refus catégorique à la reconnaissance des travaux de la Convention extraordinaire du MRC, contribuant à une escalade qui a abouti, quelques jours plus tard, à la démission de Maurice Kamto de la présidence du parti.
« Je mets le ciment » : fermeté ou message de dissuasion ?
La question est posée : que signifie réellement cette rhétorique du ciment ? Pour les partisans de Paul Atanga Nji, elle traduit une détermination sans faille à maintenir l’ordre républicain. Le ministre, qui se présente comme un « fervent défenseur du chef de l’État », incarnerait la ligne dure nécessaire pour stabiliser le pays.
Pour ses détracteurs, en revanche, ces formules sont symptomatiques d’un excès de pouvoir et d’une conception brutale de l’autorité. Ses sorties médiatiques « musclées » viseraient à « décourager toute velléité de contestation ». « Cette stratégie de la fermeté radicale a plongé le Cameroun dans un état de léthargie où les libertés de réunion et d’expression sont devenues de plus en plus précaires », analyse un observateur.
Le ministre a d’ailleurs été critiqué pour sa gestion de dossiers sensibles, comme l’interpellation de près de 2 000 personnes accusées d’atteintes à l’ordre public ou la suspension de plusieurs organisations de défense des droits humains.
Une rhétorique qui suscite des réactions
La formule du ciment a également été reprise par des journalistes et des citoyens pour interpeller le ministre sur ses propres contradictions. En août 2025, le journaliste Joseph Essama écrivait une lettre ouverte à Paul Atanga Nji, lui rappelant ses propres mots : « Voilà plus de cinq jours qu’on attend que vous alliez mettre le ciment sur leur trou ! », en référence à l’enlèvement de cinq enfants. Une manière de retourner la métaphore contre son auteur.
« Je mets le ciment » : une déclaration qui divise
Au-delà des polémiques, la déclaration de Paul Atanga Nji pose une question de fond : celle de l’équilibre entre autorité et dialogue, entre fermeté et ouverture. Le ministre, qui a qualifié de « chasse aux sorcières » les critiques sur la réforme de la vice-présidence et qui rejette l’idée d’importer des modèles étrangers, assume une vision de l’État qui ne transige pas.
Reste à savoir si cette rhétorique du ciment, en apparence immuable, résistera aux secousses politiques à venir. Alors que le Cameroun s’approche des élections municipales et législatives, la question du maintien de l’ordre et du respect des libertés publiques sera plus que jamais au cœur des débats.
La leçon de la formule : quand les mots deviennent actes
Paul Atanga Nji ne cache pas ses intentions. Ses mots sont des actes. « Je mets le ciment » n’est pas une simple formule choc c’est un programme. Celui d’un homme qui considère que l’autorité de l’État ne se négocie pas, ne se discute pas, ne se tempère pas. Elle s’impose. Et ceux qui la défient en subissent les conséquences, définitivement scellées.
Une vision qui, pour ses partisans, est celle de la stabilité. Pour ses adversaires, celle de la répression. Une chose est sûre : la formule restera. Et elle continuera de diviser le Cameroun.
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