-
© Camer.be : Paul Moutila
- 20 Aug 2026 19:31:39
- |
- 727
- |
Cameroun - Une main et puis s'en va : le retour présidentiel qui interroge
Après 73 jours d'absence, Paul Biya est rentré au Cameroun. Accueil télévisé en direct, foule mobilisée… mais le président n'a montré qu'une main derrière une vitre fumée.
Le président Paul Biya est rentré au Cameroun ce jeudi 20 août 2026, après 73 jours d'absence un record depuis son arrivée au pouvoir en 1982. À 93 ans, le doyen des chefs d'État au monde a atterri à Yaoundé en provenance de Genève, où il séjournait depuis le 7 juin pour un « court séjour privé en Europe ».
Le pouvoir avait pourtant tout orchestré pour en faire un événement : foule de militants du RDPC mobilisée, 200 agents de la CRTV déployés pour une couverture en direct, dispositif médiatique digne d'une cérémonie d'État.
Mais au moment de montrer au monde le Commandant en chef, c'est une main saluant derrière une vitre fumée qui a été servie aux Camerounais.
À l'heure où l'image est devenue l'élément essentiel de la communication politique, cette absence d'image claire du Chef de l'État ne dissipe pas les interrogations elle les nourrit. Et lorsqu'un pays entier attend de voir son président après une aussi longue absence, une main derrière une vitre fumée ne saurait constituer une réponse.
73 JOURS D'ABSENCE : LE RECORD DE TOUS LES RECORDS
Paul Biya a quitté Yaoundé le 7 juin 2026. La présidence annonçait alors un « court séjour privé en Europe », sans autre précision. Depuis, aucune date de retour n'avait été officiellement communiquée.
À 93 ans, le président camerounais détient déjà le record de longévité au pouvoir parmi les chefs d'État en exercice. Cette absence de 73 jours en ajoute un autre : celui du séjour à l'étranger le plus long jamais enregistré depuis son arrivée à la tête du pays.
Les rumeurs ont rapidement enflé. D'aucuns le disaient très malade et hospitalisé après une opération du genou, d'autres évoquant des consultations de routine. Le 18 juin, le ministre de la Communication René Emmanuel Sadi avait démenti l'hospitalisation du dirigeant à Genève. Il a fallu attendre le 2 août pour que le gouvernement sorte officiellement du silence, affirmant que « Paul Biya est en vie » et que son retour était « imminent ».
Mais l'absence prolongée a laissé des traces. Des députés d'opposition ont appelé le Conseil constitutionnel à constater la vacance du pouvoir. L'opposition camerounaise a dénoncé un pays en « pilotage automatique ». Les milieux diplomatiques, eux, peinaient à identifier les véritables centres de décision au sommet de l'État.
UNE MISE EN SCÈNE MINUTIEUSEMENT ORCHESTRÉE
Le pouvoir ne s'est pas contenté d'attendre le retour du président. Il l'a préparé comme un spectacle.
Selon RFI, les préparatifs se sont accélérés ces dernières heures. La CRTV, le groupe de médias du service public, a mobilisé 200 de ses agents pour une couverture en direct à la radio et à la télévision. L'atterrissage et les 22 kilomètres de trajet entre l'aéroport et le palais devaient être retransmis et commentés.
Les militants du RDPC, le parti présidentiel, ont été mobilisés pour offrir un accueil « particulièrement enthousiaste ». Des dizaines de militants, certains arborant un pagne à l'effigie du président, étaient réunis à l'aéroport.
Rien n'a été laissé au hasard. Sauf l'image.
UNE MAIN DERRIÈRE UNE VITRE FUMÉE : LE SYMBOLE D'UN RAPPORT AU POUVOIR
Les journalistes de l'AFP, présents sur place, ont décrit la scène : le président a quitté l'aéroport en saluant la foule d'un geste de la main, à travers une fenêtre légèrement entrouverte.
Une main. Rien qu'une main. Derrière une vitre fumée.
Ce n'est pas un détail. C'est un symbole. À l'ère des images ultra-HD, des directs sur les réseaux sociaux et des téléphones portables qui filment tout, le président de la République, commandant en chef des armées, première institution du pays, est apparu aux Camerounais comme une ombre derrière un verre teinté.
Que s'est-il passé ? Une volonté délibérée de ne pas montrer le visage du président ? Une incapacité à le faire ? Une indifférence souveraine à l'égard de l'attente populaire ?
Les Camerounais n'ont pas de réponse. Ils ont une main.
LE CONTRASTE : LES LIONNES ONT PRÉCÉDÉ LE PRÉSIDENT
Pour mesurer l'absurdité de la situation, il suffit de regarder ce qui s'est passé quelques jours plus tôt.
Les Lionnes Indomptables, sacrées championnes d'Afrique de la CAN féminine 2026, sont rentrées à Yaoundé le lundi 17 août. Elles ont été accueillies triomphalement par une foule en liesse. Le Premier ministre Joseph Dion Ngute avait pourtant transmis aux joueuses un message qui semblait ne laisser guère de doute : le chef de l'État et son épouse Chantal Biya les attendaient dans la capitale, coupe en main.
Les Lionnes ont rempli leur part du contrat. Le président, lui, n'était toujours pas rentré.
Un pays qui célèbre ses héroïnes sans son président. Un président qui rentre trois jours plus tard, sans montrer son visage. Le contraste est saisissant.
CE QUE LES CAMEROUNAIS ATTENDENT MAINTENANT
L'absence de Paul Biya n'a pas seulement nourri des rumeurs. Elle a créé des attentes.
Les Camerounais attendent de voir si leur chef de l'État a mis à profit cette absence prolongée pour faire aboutir certaines de ses promesses à l'instar de la formation d'un nouveau gouvernement annoncé il y a huit mois mais qui reste attendu. Ils attendent aussi de savoir qui sera désigné au poste de vice-président, créé depuis avril dernier.
Le retour du président aurait dû être l'occasion de répondre à ces interrogations. Il n'a fait que les amplifier.
Une main derrière une vitre fumée, ce n'est pas une réponse. C'est une esquive. Et dans un pays où l'absence prolongée du chef de l'État alimente déjà la frustration, cette image risque de peser lourd.
QUELLE SUITE POUR LE POUVOIR CAMEROUNAIS ?
Le Cameroun n'a pas besoin de rumeurs. Il a besoin de clarté.
La photographie officielle qui sera éventuellement publiée dans les prochains jours dira peut-être plus que ce retour en direct. Si elle montre enfin, sans mise en scène ni écran de fumée, Paul Biya en personne, debout ou assis, visible, elle pourra commencer à dissiper les interrogations.
Mais une chose est sûre : le silence du pouvoir et l'image minimaliste offerte aux Camerounais ne sont pas anodins. Ils racontent un rapport au pays, à la transparence et à l'exercice du pouvoir.
Le président est rentré. Mais les Camerounais, eux, attendent toujours de le voir.
« Le Cameroun n'a pas besoin de rumeurs. Il a besoin de clarté. »
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi dans la rubrique POLITIQUE
Les + récents
Drame à Dschang : trois corps découverts à Mingmeto
Une main et puis s'en va : le retour présidentiel qui interroge
Retour de l'armée française au Tchad : le revirement stratégique
Sonamines : échec des appels pour les gisements stratégiques
Camair-Co : Ethiopian Airlines réussit, pas nous
N/A :: les + lus
Le président Paul Biya au plus mal
- 09 February 2018
- /
- 115380
Cameroun, Présidentielle 2018:Cet homme veut chasser Paul Biya
- 14 April 2016
- /
- 106634
Cameroun:Paul Biya brise les réseaux de Séraphin Fouda et Motaze
- 16 November 2015
- /
- 84434
LE DéBAT
Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- 17 December 2017
- /
- 249577
canal de vie
Vidéo de la semaine
évènement
