« Vous n'étiez qu'un prédateur sexuel » : le capitaine Effoudou accuse Badjeck
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Cameroun - « Vous n'étiez qu'un prédateur sexuel » : le capitaine Effoudou accuse Badjeck

Le capitaine Kenneth Effoudou accuse le colonel Didier Badjeck de prédation sexuelle sur le plateau de « Fauteuil rouge ». Agression en 2017, plainte contre le MINDEF, uniforme déchiré. L'ex-officier en exil vide son sac sans filtre.

Un duel d'anciens officiers, une accusation de prédation sexuelle, un scandale qui ressurgit : sur le plateau de Morgan Palmer, le capitaine Kenneth Effoudou, en exil, a porté une charge d'une violence inouïe contre le colonel à la retraite Didier Badjeck.

« Monsieur le colonel Badjeck, n'oubliez pas qu'au cours de vos responsabilités, vous n'étiez qu'un prédateur sexuel. » La phrase est tombée comme un couperet. Invité sur le plateau de l'émission « Fauteuil rouge » de Morgan Palmer, le capitaine Kenneth Effoudou, ancien chef du bureau des renseignements à l'État-major particulier du président Paul Biya, n'a pas pesé ses mots.

En exil depuis trois ans, l'officier radié des cadres de l'armée en 2024 a vidé son sac. Il accuse le colonel à la retraite Didier Badjeck, ancien porte-parole de l'armée camerounaise, d'avoir agressé sexuellement une collaboratrice dans son bureau en 2017. Une affaire qui, selon lui, a été étouffée.

Kenneth Effoudou, l'officier qui parle depuis l'exil

Ancien chef du bureau d'enquête et de renseignement à l'État-major particulier du président de la République, le capitaine Kenneth Romuald Effoudou Awussi n'est pas un inconnu dans le paysage sécuritaire camerounais. Radié des cadres de l'armée le 13 mars 2024, il est recherché par les autorités pour « désertion en temps de paix » depuis novembre 2024.

Aujourd'hui en exil en Europe, il a choisi le plateau de Morgan Palmer pour briser trois ans de silence. Et il n'est pas venu pour parler de la pluie et du beau temps. Ses accusations visent plusieurs hauts responsables, mais c'est contre le colonel Didier Badjeck qu'il a été le plus virulent.

« Vous n'étiez qu'un prédateur sexuel » : la charge de l'ex-officier

La scène est saisissante. Face à la caméra, le capitaine Effoudou s'adresse directement au colonel Badjeck. Il dénonce d'abord ce qu'il perçoit comme du mépris pour les hommes du rang :

« Je voudrais déjà rappeler à monsieur Badjeck qu'il a un fils qui est capitaine de gendarmerie. […] De ce qui ressort de ses propos, ça veut dire que les capitaines ne sont pas des gens qui ont voix au chapitre et que par conséquent les lieutenants, les sous-lieutenants et tous les sous-officiers ne sont que des vermines qu'on peut écraser. »

Puis, la charge s'alourdit. Effoudou sort un dossier sensible, celui d'une agression sexuelle présumée qui aurait eu lieu en 2017 :

« Monsieur le colonel Badjeck, vous voulez vraiment que nous sortions les cadavres des placards ? Vu que vous semblez connaître beaucoup de choses, je voudrais vous rafraîchir la mémoire : au cours de votre passage au ministère de la Défense comme chef de la division de la communication, vous vous êtes montré comme quelqu'un aux mœurs légères. N'oubliez pas qu'au cours de vos responsabilités, vous n'étiez qu'un prédateur sexuel. »

Il précise ensuite les faits :

« Il y a un fait documenté en 2017 selon lequel monsieur Badjeck a agressé dans son bureau une de ses collaboratrices qui, pendant qu'elle se défendait, a eu à déchirer son uniforme. L'intéressée a eu à porter plainte contre le ministère de la Défense. »

2017 : le scandale sexuel étouffé du MINDEF

Les accusations du capitaine Effoudou ne sont pas sans écho. En 2022, une enquête  avait déjà révélé une tentative de viol au ministère de la Défense impliquant le colonel Didier Badjeck.

Selon ces révélations, une collaboratrice, que nous appellerons Marie (prénom d'emprunt), avait été invitée à travailler sur un projet avec le colonel. Les avances de Badjeck auraient commencé dès les premiers mois. Un vendredi, le colonel l'aurait convoquée pour une prétendue séance de travail à 13h, avant de la faire attendre jusqu'à 18h40. C'est à ce moment que les faits se seraient produits :

« Au moment où Marie sort de son sac un bloc note, Didier Badjeck la saisit violemment, la porte et la jette sur son bureau. C'est un homme costaud. Il écarte ses jambes et il lui dit : « on ne t'a pas dit qu'aucune femme ne dit non à un officier ? » »

La victime, qui avait suivi des cours d'autodéfense, aurait réussi à se dégager en donnant un coup entre les jambes de l'agresseur et en déchirant sa tenue. Badjeck aurait alors sorti un couteau de son placard et crié. Le personnel serait entré dans le bureau.

Mais au lieu d'une enquête, c'est la victime qui aurait été suspendue six mois. Le scandale aurait été étouffé.

Didier Badjeck, un colonel à la retraite sous le feu des critiques

Le colonel Didier Badjeck n'est pas un inconnu. Ancien porte-parole de l'armée camerounaise, spécialiste en stratégie militaire et sécurité, il a été chef de la division de la communication au ministère de la Défense. Admis à la retraite, il est aujourd'hui consultant.

Mais son parcours est jalonné de controverses. En 2017, il avait été vivement critiqué pour des propos jugés méprisants envers des manifestantes anglophones. Plus récemment, il a été accusé de mener une campagne de diffamation contre le journaliste J. Rémy Ngono.

Dans cette affaire, Badjeck a détourné le débat en présentant les déclarations d'Effoudou comme une attaque contre l'armée, alors que celles-ci visaient principalement des responsables civils. L'un et l'autre ne sont plus militaires : Effoudou a été radié, Badjeck est à la retraite. Tous deux sont des civils.

« L'humanité commence avec les femmes » : la stocade finale

Le capitaine Effoudou a conclu sa charge par une phrase qui résonne comme un manifeste :

« Monsieur Badjeck, je n'ai pas de leçons à recevoir de vous. Je n'ai pas de leçons à recevoir de quelqu'un qui agresse des femmes, parce que dites-vous bien que l'humanité commence avec les femmes. »

Une déclaration qui, au-delà de l'accusation personnelle, interpelle sur la place des femmes dans la société camerounaise et sur l'impunité dont bénéficient parfois les hauts gradés.

Une affaire qui s'inscrit dans un contexte explosif

Cette accusation survient dans un climat politique déjà tendu. Le capitaine Effoudou, en exil, a déjà accusé le secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, de tentative de coup d'État et de mainmise sur l'appareil sécuritaire. Il a promis de révéler le nom du commanditaire de l'assassinat du journaliste Martinez Zogo.

La Chambre nationale des experts criminels (CNCEC) a déjà réagi aux déclarations d'Effoudou, les jugeant « non fondées » et rappelant qu'elles mettent en cause de hautes autorités sans éléments de preuve publics. Mais l'ex-officier persiste et signe.

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