La Libye, un pied dans la guerre civile :: LIBYA
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Ce que tout le monde craignait est en train de se produire en Libye. Alors que le monde a les yeux rivés sur la Syrie et la Corée du Nord, où les risques d’escalade sont importants, l’ex-Jamahiriya sombre progressivement et dans l’indifférence générale dans la guerre civile après l’échec de la communauté internationale à réconcilier les gouvernements rivaux de Tripoli et de Tobrouk. Les armées des deux camps s’affrontent directement depuis le début du mois dans le sud du pays pour contrôler des positions perçues comme stratégiques par les uns et les autres.

Après avoir réussi à reprendre, le 14 mars dernier, le contrôle du Croissant pétrolier libyen, les unités de l’Armée nationale libyenne autoproclamée (ANL), commandée par le maréchal Khalifa Haftar, mènent actuellement une vaste offensive sur la base aérienne de Tamanhant se trouvant à 600 km au sud de Tripoli et occupée par des éléments de la puissante milice de Misrata alliée au gouvernement d?union nationale (GNA). De son côté, Tripoli a donné son feu vert à ses forces pour reprendre la base de Barak tombée récemment entre les mains du maréchal Haftar.

L’homme fort de l’Est libyen mise beaucoup sur la reprise de la base aérienne de Tamanhant pour isoler Tripoli. Son objectif, soutiennent certaines sources, est de faire tomber le GNA qu’il accuse d’être noyauté par des islamistes et des «opportunistes qui veulent piller les richesses des Libyens». L’entourage de l’ancien officier supérieur de l’armée de Mouammar El Gueddafi considère que la crise libyenne ne peut être résolue que par les armes. Le gouvernement de Tobrouk et le maréchal Khalifa Haftar ont toujours considéré l’accord qui a donné, en décembre 2015, naissance au gouvernement d?union nationale comme inopérant, car n’ayant pas impliqué les plus importants acteurs de la scène politico-militaire libyenne.
 
Les Inquiétudes de l’ONU

Devant la crainte d’une déflagration générale et dans l’espoir d’arrêter la logique de guerre dans laquelle se sont engouffrés les gouvernements rivaux de Tripoli et Tobrouk, Fayez El Sarraj, le chef du GNA, a appelé samedi soir à une «intervention urgente» de la communauté internationale, mais sans pour autant préciser le caractère de cette intervention. Il ne dit également pas si les appels concernent les pays voisins de la Libye, impliqués également dans le règlement de la crise. «Nous vous demandons de prendre une position ferme et décisive vis-à-vis de cette escalade (dans le Sud libyen) et nous appuierons toutes les décisions à même de rétablir la sécurité et la stabilité en Libye», a ajouté Fayez El Sarraj dans une lettre adressée aux secrétaires généraux de la Ligue arabe, de l’Onu, de l’Organisation de la coopération islamique (OCI) et à la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini. Evoquant les raids essuyés par la base de Tamanhant, M. El Sarraj met en garde que «cette escalade soudaine et injustifiée (...) met le pays au bord de la guerre civile» et risque de «saborder le processus politique». Hors Maghreb, le seul à s’être jusque-là montré inquiet de la tournure prise par les événements est le secrétaire générale de l’ONU, Antonio Guterres.

Dans un communiqué rendu public jeudi, il a averti que «le conflit en Libye risque de se généraliser, si aucune solution n’est trouvée à l’impasse politique actuelle». M. Guterres a estimé, en outre, que si le chaos règne dans le pays, c’est bien parce que les problèmes politiques n’ont pas été abordés, mais aussi en raison de la «multiplicité des acteurs armés sur le terrain avec des agendas conflictuels». La crise libyenne dure depuis six ans. Six années au cours desquelles instabilité, crimes, destructions, guerres pour le pétrole et escalade de violences ont rythmé le quotidien des Libyens. 

Aujourd’hui, la Libye est un Etat failli, où prospèrent groupes terroristes, milices armées et réseaux criminels qui s’adonnent au vu et au su de tout le monde au trafic d’êtres humains, d’armes et de drogue.

© El Watan : Zine Cherfaoui

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