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© Camer.be : Onana Nestor
- 17 Sep 2026 14:13:07
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Cameroun - Willy Mengue perd la bataille du mandataire ad hoc
Le tribunal d'Ekounou a jugé qu'il n'a pas qualité pour désigner un mandataire ad hoc au MRC. Willy Mengue et ses co-demandeurs perdent leur bataille judiciaire.
Trois dissidents voulaient placer le MRC sous tutelle judiciaire. Le tribunal d'Ekounou leur a répondu qu'il n'en avait pas le pouvoir.
Le Tribunal de première instance de Yaoundé-Ekounou rend son ordonnance. Willy Mengue, Laure Noutchang et Sébastien Mbala Wouria II ont demandé la désignation d'un mandataire ad hoc pour « normaliser » le MRC.
Le tribunal a répondu : il n'a pas qualité pour le faire.
Trois demandeurs, une requête, un échec. Et derrière, un parti en pleine crise.
Ce que le tribunal a décidé
Le Tribunal de première instance de Yaoundé-Ekounou a rendu son ordonnance ce jeudi 17 septembre 2026 à 12 heures. Le juge saisi en référé a estimé qu'il n'avait pas qualité pour désigner un mandataire ad hoc au sein du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC).
La demande émanait de trois militants : Willy Mengue, Georgette Laure Kamegne dite Laure Noutchang et Sébastien Mbala Wouria II. Ils réclamaient la nomination d'un administrateur judiciaire provisoire chargé de « normaliser » le fonctionnement du parti.
Le tribunal a suivi la position du ministère public, qui avait soulevé une exception d'incompétence dès l'audience du 10 septembre. Le parquet avait invoqué le principe de libre administration des partis politiques, consacré par la loi de 1990 relative aux associations politiques.
Le juge des référés ne peut intervenir dans le fonctionnement interne d'un parti politique, a conclu le tribunal. Les désaccords portant sur la validité des actes internes du MRC constituent une « contestation sérieuse » qui relève du fond, pas de l'urgence.
Deux absences qui pèsent
Les trois demandeurs ne se sont pas présentés à l'audience du 15 septembre. C'était la deuxième fois consécutive.
Le 10 septembre, leur conseil avait sollicité un report, invoquant « un état de santé précaire » et la réception tardive des conclusions du Ministère Public. Le président avait accédé à cette demande.
Cette fois, personne n'a demandé de renvoi. Un collaborateur de Me Francis Bipan a déposé les écritures réaffirmant la demande initiale. Puis il s'est tu. Pas de plaidoirie. Pas de débat.
Leur avocat habituel, Me Okala Ebode Thierry, n'était pas là non plus.
Pourquoi des demandeurs, représentés par un avocat, ne viennent-ils plus défendre leur propre cause devant le juge ?
La défense du MRC a parlé
Pendant que la partie demanderesse gardait le silence, les avocats du MRC ont plaidé seuls.
Me Hippolyte B.T. Meli, du Collectif Sylvain Souop, a ouvert les débats. Me Martin Ntene Nzohoua, connu pour avoir défendu Maurice Kamto dans plusieurs dossiers, a développé les moyens de défense. Me Fidèle Djoumbissie, responsable du MRC dans le Littoral, a poursuivi. Me Emmanuel Simh, vice-président du MRC et avocat de formation, a clos les échanges.
Leur argumentaire s'appuie sur les instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme : article 20 de la Déclaration universelle de 1948, article 22 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966, article 10 de la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples. Ils ont aussi invoqué la Constitution camerounaise, la loi de 1990 sur les partis politiques, et la jurisprudence de la Cour suprême.
En clôture, Me Simh a insisté sur la dimension politique de la procédure : « Il ne s'agit pas d'un jeu : les gens sont morts et enterrés pour la cause, les citoyens meurent de mort lente ».
Le contexte : un parti en crise
Cette bataille judiciaire se déroule sur fond de crise profonde au MRC.
Le 8 septembre 2026, Maurice Kamto a annoncé sa démission de la présidence du parti. Dans une lettre adressée au directoire national, il a expliqué avoir pris cette décision « dans l'intérêt supérieur » du parti et du « Peuple du Changement ».
Quelques heures plus tard, Mamadou Mota, premier vice-président, a annoncé sa démission à son tour. Il a évoqué des pressions exercées par l'administration camerounaise sur les responsables du MRC, un « acharnement constant ».
Tiriane Balbine Nadège Noah a pris la direction du parti par intérim. Une convention extraordinaire doit être organisée pour élire le successeur de Kamto. Les candidatures doivent être déposées au plus tard le 9 octobre 2026.
La contestation administrative
La crise couvait depuis des mois.
La convention du 21 décembre 2025, qui avait reconduit Kamto à la présidence du MRC, fait l'objet d'une contestation administrative. Dans une correspondance datée du 19 août 2026, le ministre de l'Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a indiqué à Joseph Thierry Okala Ebode, ancien cadre du MRC, que son département n'avait « pas jugé opportun de prendre acte » des travaux de cette convention.
Cette lettre a été versée au dossier du tribunal d'Ekounou par le biais du Ministère Public.
Qui sont les demandeurs ?
Willy Mengue est un militant du MRC. Il a saisi le tribunal avec deux autres dissidents pour contester la légitimité de Maurice Kamto à diriger le parti.
Laure Noutchang, de son vrai nom Georgette Laure Kamegne, est une figure historique du MRC. Elle a rejoint le parti en 2013, dans les premiers mois de son existence. Elle est devenue la première femme conseillère municipale élue sous la bannière du MRC.
En janvier 2019, quand les forces de l'ordre ont arrêté Maurice Kamto et les leaders du MRC, elle s'est rendue à son domicile. Elle a été interpellée, détenue au Groupement Spécial d'Opérations, puis incarcérée à Kondengui.
Son exclusion définitive du MRC a été validée le 12 août 2026. Sa démarche judiciaire contre Kamto est décrite comme l'aboutissement d'une rupture profonde.
Sébastien Mbala Wouria II est le troisième demandeur. Il est moins connu du grand public. Son rôle exact dans la procédure n'a pas été détaillé publiquement.
Ce que ça change
La décision du tribunal d'Ekounou ferme une porte judiciaire. Les trois dissidents ne pourront pas obtenir la mise sous tutelle du MRC par cette voie.
Mais la crise du parti n'est pas résolue. La convention de décembre 2025 reste contestée. La démission de Kamto a laissé un vide. La bataille pour sa succession s'annonce.
Et une question reste ouverte : pourquoi des militants qui voulaient « normaliser » leur parti n'ont-ils pas jugé utile de venir défendre leur demande à l'audience ?
Nous avons tenté de joindre le cabinet de Me Francis Bipan et les demandeurs avant publication. Sans succès.
Qu'est-ce qu'un mandataire ad hoc ?
C'est un administrateur provisoire désigné par un juge pour gérer les affaires d'une organisation pendant une crise. Dans un parti politique, cette mesure est exceptionnelle et vise à rétablir le fonctionnement normal des instances.
Pourquoi le tribunal a-t-il refusé ?
Parce que le juge des référés ne peut pas intervenir dans le fonctionnement interne d'un parti politique. Le litige relève d'une « contestation sérieuse » qui nécessite un examen au fond.
Que va devenir le MRC ?
Le parti doit organiser une convention extraordinaire pour élire un nouveau président. Les candidatures sont ouvertes jusqu'au 9 octobre 2026. Tiriane Balbine Nadège Noah assure l'intérim.
Les demandeurs peuvent-ils faire appel ?
Ils peuvent contester la décision devant une juridiction supérieure. Aucune information publique n'indique, à ce stade, qu'ils ont l'intention de le faire.
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