Les limites du système de soupape de sécurité : Risque de surpression (partie 4et fin)
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Cameroun - Les limites du système de soupape de sécurité : Risque de surpression (partie 4et fin)

Si la soupape évacue le surplus de pression, la canalisation dirige les fluides restants vers des itinéraires circonscrits, fragmentant ainsi l'opposition politique et sociale. Bien que cette ingénierie politique ait fait preuve de durabilité, il faut souligner qu'un système fondé sur la gestion des symptômes plutôt que sur la résolution des causes structurelles comporte des vulnérabilités :

1. L'usure des mécanismes de régulation : À force d'être sollicitées, les promesses de concertation ont perdu leur efficacité symbolique auprès des populations jeunes. On voit bien que la jeunesse camerounaise est de plus en plus désinvolte et qu’elle entre difficile dans un moule. Il est difficile aujourd’hui de prétendre qu’on la contrôle. 

2. L'émergence d'espaces non canalisables : L'utilisation massive des plateformes numériques et des messageries cryptées échappe en partie aux schémas traditionnels de médiation, créant des poches de tension invisibles pour les capteurs classiques de l'État. Les avancées technologiques vont plus vite que les stratégies politiques, l’on voit bien que le régime de Yaoundé éprouve beaucoup de peine à rester à jour.

3. La fissuration des canalisations : Comme en mécanique, le vieillissement des canalisations, les mouvements de sol et les variations thermiques arrivent toujours par survenir. Par exemple, le gel ou de fortes pressions internes dilatent et fendent des parois fragiles, ce qui peut faire lâcher le système. L’on voit bien que le régime de Yaoundé est faible en matière d’entretien des infrastructures. Pourtant, il faut identifier et réparer rapidement les fissures pour éviter que le système cède. Par exemple, l’on note dans l’actualité le vol des dossiers judiciaires au TCS. C'est une fissure importante dans le système. Théoriquement, les grands criminels du pays n’ont plus de dossiers contre eux. Ils peuvent  encore passer à l’acte.

Voilà la limite de cette stratégie qui réside dans la résistance des matériaux. En ingénierie, si la soupape est mal calibrée ou obstruée, le système explose. Au Cameroun, la résilience des populations est forte, mais l'essoufflement de ce modèle d'usure est à l’ordre du jour. La superposition des crises à l'approche d’une transition future (économique, sécuritaire, politique) augmente le niveau de pression globale. Canaliser l’eau ou libérer les drains de la colère ne suffit plus si la source elle-même continue de déborder. 

Pour passer d'une stabilité subie par usure à une paix durable, la gouvernance camerounaise devra sans doute remplacer ses soupapes temporaires par de véritables fondations structurelles.

Louis Marie Kakdeu MPA, PhD & HDR
Deuxième Vice-Président SDF

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