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© Camer.be : Onana Nestor
- 20 Aug 2026 14:51:04
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Cameroun - Sonamines : échec des appels pour les gisements stratégiques
Sonamines : les appels d'offres pour les gisements de Nkamouna (cobalt, nickel, manganèse) et Akonolinga (rutile) déclarés infructueux. Le Cameroun cherche toujours des partenaires pour ses minerais stratégiques.
Après des décennies de travaux et d'importants investissements dans l'exploration, les gisements de Nkamouna et d'Akonolinga restent en sommeil faute de partenaires répondant aux critères exigeants de la Sonamines.
La Sonamines, la Société nationale des mines du Cameroun, a déclaré infructueux les deux appels internationaux à manifestation d'intérêt lancés en janvier 2026 pour trouver des partenaires technico-financiers pour les gisements de Nkamouna et d'Akonolinga. Dans deux communiqués publiés le 18 août 2026, l'entreprise publique annonce qu'aucune candidature n'a satisfait aux critères de sélection fixés.
Pour Nkamouna, dans la région de l'Est, la Sonamines recherchait un partenaire capable de développer et d'exploiter un important gisement de cobalt, de nickel et de manganèse. Pour Akonolinga, dans la région du Centre, il s'agissait de trouver un investisseur pour poursuivre les travaux de recherche et préparer la mise en exploitation du rutile.
Le camouflet est cinglant pour le Cameroun, qui espérait enfin valoriser des ressources minières stratégiques pour la transition énergétique mondiale. Mais ce double échec n'est que le dernier épisode d'une longue série de déconvenues qui dure depuis près de trois décennies.
NKAMOUNA : LE TRÉSOR ENFOUI QUI N'ATTEND QUE SON HEURE
Le gisement de Nkamouna, situé dans la région de l'Est, est l'un des plus anciens dossiers miniers du Cameroun. Les recherches y ont commencé dans les années 1970 et 1980, avec l'intervention du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et d'organismes géologiques camerounais.
Le projet a ensuite été porté à une échelle industrielle par la société américaine Geovic et sa filiale Geovic Cameroon Plc. Une convention minière a été signée en 2002 et un permis d'exploitation accordé en 2003 sur une superficie d'environ 1 250 km².
Le potentiel est colossal. Selon une étude de faisabilité réalisée en 2011, les réserves prouvées et probables étaient évaluées à 68,1 millions de tonnes, avec des teneurs moyennes de 0,26 % de cobalt, 0,66 % de nickel et 1,48 % de manganèse. La Sonamines, de son côté, fait état de plus de 100 millions de tonnes de réserves et d'environ 226 millions de tonnes de ressources réparties sur cinq sites. D'autres sources évoquent 121 millions de tonnes de ressources mesurées et indiquées.
Pourtant, malgré des décennies de travaux, le projet n'est jamais entré en phase de production industrielle. Geovic n'a jamais réussi à réunir les financements nécessaires à la mise en exploitation du gisement. Même la tentative de relance en juin 2023 avec Phoenix Mining n'a pas permis de démarrer les travaux.
LE RETRAIT DU PERMIS DE GEOVIC UN TOURNANT DÉCISIF
En février 2025, par décret présidentiel, l'État camerounais a acté le retrait du permis d'exploitation minière n°33 détenu par Geovic Cameroon Plc. La décision était motivée par la non-mise en valeur du gisement après plus de vingt ans d'immobilisme.
Geovic a contesté cette décision, affirmant que son permis n'avait jamais été retiré légalement et avertissant que tout opérateur s'engageant sur le site de Nkamouna s'exposait à des risques juridiques. Mais le gouvernement est resté ferme.
Le projet a été rétrocédé à la Sonamines en mai 2025. La société publique a alors lancé, en janvier 2026, un appel international à manifestation d'intérêt pour trouver un nouveau partenaire. Le cahier des charges était exigeant : les soumissionnaires devaient justifier d'au moins 15 ans d'expérience dans le secteur extractif et d'un chiffre d'affaires annuel conséquent. Un investissement minimum de 48 millions d'euros était requis.
Aucun candidat n'a été retenu.
AKONOLINGA : LE RUTILE QUI ATTEND DEPUIS 40 ANS
Le gisement de rutile d'Akonolinga, dans la région du Centre, présente une situation comparable. Les recherches remontent à plusieurs décennies et ont notamment porté sur les formations alluviales des rivières Djaa et Yo. En 1988, l'État camerounais et le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) avaient créé la Société d'étude du rutile d'Akonolinga (Serak) pour développer le projet.
Les études historiques estimaient à plus de 500 000 tonnes le potentiel de rutile autour d'Akonolinga. En élargissant les recherches à Nanga-Eboko et à d'autres secteurs rutilifères, les ressources identifiées étaient évaluées à environ 2,85 millions de tonnes, pour une teneur moyenne de 1,05 %. Selon des données communiquées en 2025 par le directeur général de la Sonamines, le gisement recèlerait environ un million de tonnes de rutile à haute teneur.
Le projet a ensuite attiré le groupe français Eramet. Le géant minier a obtenu des permis d'exploration en 2019 et réalisé près de 2 000 sondages entre 2019 et 2023. Il envisageait une production d'environ 100 000 tonnes de rutile par an.
Mais en octobre 2023, Eramet a annoncé son retrait. Les études de faisabilité avaient révélé que les « rationnels économiques n'étaient pas atteints ». Le groupe français a invoqué des raisons économiques et environnementales.
Comme pour Nkamouna, le projet a été rétrocédé à la Sonamines en mai 2025. La société publique a lancé un appel à manifestation d'intérêt en janvier 2026. Le résultat a été le même : infructueux.
POURQUOI CES ÉCHECS RÉPÉTÉS ?
Le double échec des appels d'offres de la Sonamines interroge. Plusieurs facteurs peuvent l'expliquer :
Des critères trop exigeants. Le cahier des charges imposait aux candidats 15 ans d'expérience dans le secteur extractif et un chiffre d'affaires annuel conséquent. Ces conditions ont peut-être découragé des investisseurs potentiels, notamment dans un contexte de volatilité des prix des matières premières.
Un historique de contentieux. Le litige entre Geovic et l'État camerounais sur le retrait du permis de Nkamouna a créé un climat d'incertitude juridique. Les investisseurs potentiels craignent peut-être de se retrouver dans une situation similaire.
L'enclavement des sites. Nkamouna est situé dans une zone enclavée de la région de l'Est, ce qui rend les coûts d'infrastructure particulièrement élevés.
La concurrence internationale. Le Cameroun est en concurrence avec d'autres pays africains, comme la République démocratique du Congo pour le cobalt ou l'Afrique du Sud pour le manganèse, qui offrent des conditions potentiellement plus attractives.
Une stratégie de négociation. Selon une source proche du dossier, la publication des résultats, intervenue plus de six mois après le lancement des appels d'offres, aurait également pour objectif de dissiper les spéculations entourant le positionnement de certains investisseurs.
L'OMBRE AMÉRICAINE SUR NKAMOUNA
L'échec des appels d'offres n'a pas mis fin à l'intérêt des investisseurs pour Nkamouna. American Renaissance Minerals (ARM), une structure détenue par American Renaissance Resources, un fonds américain de capital-investissement spécialisé dans les ressources naturelles, cherche à obtenir un nouveau permis minier auprès du gouvernement camerounais.
En janvier 2026, ARM a conclu un accord avec Geovic Ltd. pour obtenir sous licence les informations techniques historiques relatives à Nkamouna, notamment la base de données géologiques, l'étude de faisabilité et les études environnementales et sociales. Geovic doit renoncer à toutes ses revendications concernant le projet.
Le 7 août 2026, Aeternum Resources a annoncé avoir obtenu une option lui permettant d'acquérir 51 % d'American Renaissance Minerals. Pour obtenir cette option, Aeternum a remis à Manaslu LLC 50 millions de ses actions ordinaires et 2 millions d'actions privilégiées de série B. Si elle est exercée, Aeternum deviendra l'actionnaire majoritaire d'ARM et apportera des capitaux ainsi que son expérience en ingénierie.
Le projet doit encore franchir l'étape réglementaire de l'obtention d'un nouveau permis minier. Mais la présence américaine se précise. Selon Africa Intelligence, Drew Horn, entrepreneur minier proche de l'administration Trump et patron de GreenMet, s'est intéressé au projet et a pris langue avec les propriétaires de Phoenix Mining.
Nkamouna est devenu un enjeu géopolitique. Le cobalt, le nickel et le manganèse sont des minéraux critiques pour les batteries des véhicules électriques et la transition énergétique. La Chine domine actuellement le raffinage du cobalt. Les États-Unis cherchent à sécuriser leurs approvisionnements.
QUELLE ISSUE POUR NKAMOUNA ET AKONOLINGA ?
La Sonamines indique que les projets restent ouverts aux investisseurs et qu'elle est « ouverte à des négociations avec tout investisseur disposant de capacités techniques et financières avérées ».
La voie de la négociation de gré à gré semble désormais privilégiée. Cela pourrait permettre d'accélérer le processus, à condition de trouver un partenaire capable de répondre aux exigences techniques et financières.
Mais l'histoire récente n'incite pas à l'optimisme. Après trente ans de travaux, d'études et de tentatives avortées, Nkamouna et Akonolinga restent en sommeil. Le Cameroun dispose d'un trésor minier exceptionnel, mais il peine à le valoriser.
La question qui fâche : le Cameroun parviendra-t-il un jour à exploiter ses richesses minières, ou restera-t-il éternellement assis sur une mine d'or sans jamais la creuser ?
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