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© Camer.be : La rédaction
- 30 Jul 2026 03:08:09
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Mali : Amnesty réclame une enquête pour crimes de guerre
Proposition : Amnesty International appelle à une enquête pour crimes de guerre après l'exécution présumée de 19 soldats maliens capturés lors d'une attaque jihadiste. L'ONU exige également des investigations.
L'organisation de défense des droits humains a analysé douze vidéos montrant des militaires maliens désarmés maltraités puis tués de sang-froid après l'attaque du convoi reliant Anéfis à Gao, le 18 juillet 2026 des faits que l'ONU et l'armée malienne elle-même qualifient de possibles crimes de guerre.
C'est une image qui ne devrait exister que dans les pires cauchemars. Des soldats maliens, désarmés, assis ou allongés dans le sable, les mains derrière la tête. Puis des rafales de balles. Le 18 juillet 2026, dans la zone de Tabrichat, région de Gao, un convoi militaire malien est tombé dans une embuscade tendue par une coalition jihadiste. Une cinquantaine de soldats ont perdu la vie. Mais pour au moins dix-neuf d'entre eux, la mort n'est pas venue sur le champ de bataille elle est venue après la reddition.
Des vidéos, diffusées sur X et sur une chaîne Telegram associée au groupe paramilitaire russe Wagner, montrent des soldats « hors de combat » maltraités puis exécutés de sang-froid. Amnesty International a analysé ces images. Et a tiré une conclusion qui glace le sang : il ne s'agit pas de combattants tombés au combat, mais de prisonniers exécutés.
L'attaque du 18 juillet : un convoi pris au piège
Le 18 juillet 2026, un important convoi militaire malien quitte la ville d'Anéfis, dans le nord du Mali, à destination de Gao. Il transporte des soldats, du matériel et des renforts. Mais sur la route, entre Anéfis et Gao, l'embuscade est tendue.
Les assaillants sont nombreux. Ils appartiennent à deux groupes : le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM) , affilié à Al-Qaïda, et le Front de libération de l'Azawad (FLA) , mouvement indépendantiste touareg. Les deux organisations, qui ont coordonné des attaques nationales en avril 2026, mènent une nouvelle offensive en juillet avec pour objectif la prise de la ville d'Anéfis.
Le bilan est lourd : au moins cinquante soldats maliens sont tués. Mais la tragédie ne s'arrête pas là.
Les vidéos qui accablent : un « fait clair » selon Amnesty
Amnesty International a examiné douze vidéos de l'incident diffusées sur X et sur une chaîne Telegram associée à Wagner. « Il est clair que les soldats étaient hors de combat avant d'être maltraités puis exécutés », a déclaré Ousmane Diallo, chercheur principal d'Amnesty International pour le Sahel.
Sur les images, on voit des militaires désarmés, assis ou allongés dans le sable, recevoir des rafales de balles. « Ce sont des soldats qui étaient restés à l'arrière du convoi, leur camion s'était ensablé, ils s'étaient rendus », affirment des sources sécuritaires maliennes citées par RFI.
Parmi les jihadistes identifiés sur les vidéos figure Hamza Ag Iyad, l'un des fils d'Iyad Ag Ghaly, le chef historique du JNIM.
Le droit international humanitaire : des règles claires
En droit international humanitaire, une personne mise « hors de combat » parce qu'elle est blessée, qu'elle s'est rendue ou qu'elle a déposé les armes bénéficie d'une protection absolue contre toute attaque. Son exécution constitue une infraction grave aux règles applicables en période de conflit armé, susceptible d'être qualifiée de crime de guerre.
« Une fois les combats terminés, les vainqueurs sont responsables de leurs captifs, qu'ils sont censés traiter sans violence et dignement », rappelle RFI.
L'ONU exige une enquête indépendante
Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a immédiatement réagi. Le 23 juillet, son porte-parole Thameen Al-Kheetan a exigé « une enquête approfondie et indépendante ».
« Nous déplorons les actes de torture et les meurtres dont auraient été victimes des dizaines de soldats maliens qui s'étaient rendus aux mains des groupes armés », a-t-il déclaré. Il a appelé à faire la lumière sur « les images effroyables diffusées en ligne, qui semblent montrer des membres du FLA et du JNIM tirant sur des soldats après que ceux-ci se sont rendus, les mains derrière la tête ».
L'armée malienne : prudence et mise en garde
Dans un communiqué publié le 24 juillet, les forces armées maliennes ont affirmé que les images relayées donnaient une représentation qu'elles jugent « trompeuse » des événements. L'état-major estime que ces publications cherchent à présenter l'embuscade comme une « victoire militaire » des groupes armés, en contradiction avec la « réalité des opérations ».
Mais le communiqué ajoute un point crucial : « l'exécution de personnes capturées ou mises hors de combat constituerait une violation grave du droit international humanitaire susceptible d'être qualifiée de crime de guerre ».
En clair : l'armée malienne ne confirme pas les images, mais elle ne les écarte pas non plus. Elle reconnaît que, si les faits sont avérés, il s'agit d'un crime.
La position du FLA : « Nous, nous avons capturé, pas exécuté »
Le Front de libération de l'Azawad, allié sur le terrain du JNIM, s'efforce de se démarquer. « Nous avons attaqué le même convoi mais chacun de son côté, les groupes ne sont pas mélangés », assure un chef militaire indépendantiste. « Le JNIM a exécuté ses propres prisonniers ».
Le FLA affirme avoir capturé une vingtaine de soldats maliens au cours de l'embuscade, qui s'ajoutent à ceux déjà capturés à Kidal en avril. Au total, entre 200 et 250 militaires maliens seraient actuellement détenus par le FLA.
Une escalade qui menace la stabilité du Mali
Cette attaque s'inscrit dans une escalade inquiétante des violences au Mali. En avril 2026, le JNIM et le FLA avaient déjà coordonné des attaques nationales qui ont coûté la vie au ministre de la Défense et touché le principal aéroport du pays. En juillet, une nouvelle offensive a été lancée, visant notamment la ville d'Anéfis.
L'armée malienne a jusqu'ici conservé le contrôle d'Anéfis. Mais la multiplication des attaques et la brutalité des exécutions rapportées posent une question : jusqu'où ira l'escalade ?
Ce que disent les vidéos : un crime de guerre en pleine lumière
Les douze vidéos analysées par Amnesty International sont accablantes. Elles montrent des soldats maliens, désarmés, capturés, soumis à des mauvais traitements, puis exécutés de sang-froid.
« Ce sont des soldats qui s'étaient constitués prisonniers », confirment plusieurs sources sécuritaires maliennes. Leur exécution, si elle est établie, constitue une violation flagrante des Conventions de Genève.
L'enquête exigée par Amnesty International et l'ONU devra déterminer non seulement la matérialité des faits, mais aussi l'identité des auteurs et leur chaîne de commandement.
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