Jeanne Irène Biya : assassinée ou malade ?
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Cameroun - Jeanne Irène Biya : assassinée ou malade ?

Le 29 juillet 1992, Jeanne Irène Biya, première dame du Cameroun, disparaissait subitement. Officiellement une « courte maladie », mais les rumeurs d'assassinat et de complot persistent, 34 ans après. 

Le 29 juillet 1992, Jeanne Irène Biya, épouse du président Paul Biya, décédait à Yaoundé dans des circonstances jamais élucidées. Trente-quatre ans plus tard, entre devoir de mémoire et zones d'ombre, le mystère reste entier.

Le 29 juillet 1992, le Cameroun se réveille sous le choc. Dans les kiosques, Cameroun Tribune titre sobrement : « Madame est morte ». Jeanne Irène Biya, première dame du pays depuis dix ans, s'est éteinte à Yaoundé. Officiellement, une « courte maladie ». Mais très vite, les rumeurs les plus folles enflent. Assassinat. Complot. Secrets d'État. Témoins éliminés.

Trente-quatre ans plus tard, le mystère reste entier. Alors que le Cameroun s'apprête à commémorer ce triste anniversaire, une question demeure : que s'est-il vraiment passé le 29 juillet 1992 dans la résidence présidentielle ? Plongée dans une affaire d'État qui n'a jamais livré tous ses secrets.

Jeanne Irène Biya, une première dame discrète

Née Atcham Ndoumin en 1935 à Monengombo, dans la région du Centre, Jeanne Irène Biya fut bien plus qu'une simple épouse de président. Formée sage-femme à l'École des sages-femmes de Nantes, elle exerça à l'hôpital central de Yaoundé avant de devenir première dame en 1982. Elle était la sœur aînée de Robert Nkili, ministre sous Paul Biya, et la tante de Louis-Paul Motaze, actuel ministre de l'Économie.

Mère de deux fils, Franck Biya et Roger Ndoumin, elle était décrite comme une femme « digne, discrète, élégante et généreuse ». Ses actions humanitaires, menées sans apparat médiatique, lui avaient valu le surnom de « reine » auprès de certains Camerounais. Une reine qui, selon Saint-Eloi Bidoung, « nous aurait sûrement épargné ce énième mandat ».

Le jour où tout bascula

Le 29 juillet 1992 devait être un jour comme les autres. Jeanne Irène Biya avait prévu de se rendre à Obala pour superviser un projet de production de champignons et de cultures maraîchères. Elle ne verra jamais Obala.

Ce matin-là, alors que son mari, le président Paul Biya, est en mission de travail au Sénégal aux côtés de ses homologues Abdou Diouf, Omar Bongo et Félix Houphouët-Boigny, la première dame s'effondre. Le décès est officialisé dans la journée. La cause : une « courte maladie ».

Mais la nouvelle surprend les Camerounais. Très peu d'entre eux la soupçonnaient d'être malade. Sa dernière apparition publique, une semaine auparavant, lors d'une visite dans la résidence privée de la star américaine Stevie Wonder, ne laissait rien présager.

Les rumeurs d'assassinat

Très rapidement, les rumeurs les plus folles enflent. On murmure que Jeanne Irène Biya n'est pas morte de maladie, mais qu'elle a été assassinée. Les témoignages et les livres d'investigation, comme « Sang pour sang » d'Ebale Angounou, alimentent ces thèses.

Selon ces sources, la première dame pressait son mari de quitter le pouvoir. Elle aurait confié des secrets compromettants à ses confidentes les plus proches : deux religieuses de Djoum. Le journaliste Léger Ntiga précise que ces religieuses auraient rendu visite à la première dame le jour même de son décès, faisant partie des dernières personnes à l'avoir vue.

Le mystère des religieuses de Djoum

L'affaire des religieuses de Djoum est l'un des épisodes les plus troublants de ce dossier. Ces deux sœurs, amies et confidentes de Jeanne Irène Biya, auraient disparu peu après la mort de cette dernière.

Ebale Angounou soutient, dans « Sang pour sang », que la première dame leur avait confié « des secrets et documents suffisamment délicats sur son état d'esprit et ses appréhensions », sachant ses jours comptés. À son retour du Sénégal, le président Biya, apprenant la visite des religieuses, aurait paniqué, craignant que sa défunte épouse ne lui ait livré des secrets compromettants.

« Le secret devrait absolument entourer les circonstances et les conditions de la mort de Jeanne-Irène. Tous ceux qui étaient susceptibles d'en dire quelque chose devaient disparaître », écrit Ebale Angounou.

La conversation Fochivé-Ayissi Mvodo

Le livre « Les révélations de Jean Fochivé » rapporte une conversation glaçante entre Victor Ayissi Mvodo et Jean Fochivé, ancien chef de la police secrète. Ayissi Mvodo y évoque « ce groupe occulte et tribal qui dirige effectivement ce pays », un groupe qui « commandite les assassinats et fait le vide autour de Biya ».

Il interroge Fochivé : « J'espère que tu sais au moins de quoi est morte Jeanne Irène ? Pourquoi elle a entraîné dans sa mort les deux sœurs et le prêtre Yves Plumet du clergé, et pourquoi le jeune Motazé a suivi quelque temps après ? »

Un lien avec Mgr Yves Plumey ?

D'autres indiscrétions établissent un lien entre la mort de Jeanne Irène Biya et celle, un an plus tôt, de l'ancien archevêque de Garoua, Mgr Yves Plumey. Les deux religieuses de Djoum auraient été en possession des mêmes informations « top secret » que détenait l'évêque émérite.

Ce faisceau d'indices, jamais confirmé officiellement, a contribué à entretenir le mystère autour de cette affaire.

Une mémoire occultée

Trente-quatre ans après les faits, le devoir de mémoire peine à s'imposer. Saint-Eloi Bidoung, dans un texte hommage, déplorait en 2024 que la première dame soit « reléguée aux oubliettes » par ses propres proches. « Aucun proche n'a jugé utile et nécessaire de mobiliser les Camerounais au tour de cette date », écrivait-il.

Le 29 juillet 2026 marque le 34e anniversaire de sa disparition. Un anniversaire qui, comme les précédents, risque de passer inaperçu, noyé dans l'indifférence générale.

Le poids des zones d'ombre

L'affaire Jeanne Irène Biya reste un sujet sensible au Cameroun. Les zones d'ombre qui entourent sa mort illustrent les défis persistants en matière de gouvernance et de transparence. Elle rappelle également l'importance de la presse dans l'investigation de tels événements.

Si la thèse du complot n'a jamais été prouvée, elle continue d'alimenter les conversations et la défiance envers les institutions. Comme le souligne un expert cité par 237online.com, « une enquête approfondie et indépendante pourrait aider à apaiser les tensions et à renforcer la confiance entre le peuple et ses institutions ».

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