50 jours d'absence : Paul Biya est-il toujours au travail ?
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Cameroun - 50 jours d'absence : Paul Biya est-il toujours au travail ?

Paul Biya a quitté Yaoundé le 7 juin pour un « court séjour privé » à Genève. 50 jours plus tard, le président de 93 ans n'est toujours pas rentré. L'opposition crie à la vacance du pouvoir.

Parti pour un « court séjour privé » le 7 juin 2026, le président camerounais prolonge son absence alors que le pays attend des décisions majeures et que la nouvelle Constitution, qui prévoit un vice-président, n'a jamais été appliquée.

Le 7 juin 2026, Paul Biya quitte Yaoundé en compagnie de son épouse Chantal pour un « court séjour privé en Europe ». Cinquante jours plus tard, le président camerounais, âgé de 93 ans, n'a toujours pas reparu. Aucune image. Aucune déclaration. Aucune date de retour.

Depuis son départ, seuls quelques décrets liés aux Forces de défense ont été signés. Aucune signature sur les dossiers économiques ou sociaux. Le gouvernement garde le silence. Les réseaux sociaux officiels de la présidence publient des messages de félicitations à des chefs d'État étrangers, mais rien sur la situation du chef de l'État.

Pendant ce temps, à Genève, c'est tout le clan Biya qui s'est installé à l'hôtel InterContinental. Une réunion familiale que Jeune Afrique a documentée. Mais derrière ces retrouvailles privées se cache une question autrement plus lourde : que se passe-t-il quand le chef de l'État est absent depuis 50 jours, que la nouvelle Constitution a réintroduit le poste de vice-président, mais que personne n'a encore été nommé ?

50 jours d'absence : ce que dit le calendrier

Parti le 7 juin 2026 pour Genève, Paul Biya devait effectuer un séjour de deux semaines. Mi-juillet, le président était toujours à Genève. Ce lundi 27 juillet 2026, cela fait désormais 50 jours.

La dernière image publique du président remonte au 7 juin : une photo publiée par le journal Cameroon Tribune montrant le couple présidentiel à l'aéroport. Depuis, plus aucune nouvelle n'a été donnée, qu'elle concerne le lieu précis où il se trouverait ou une possible date de retour.

Selon les informations du média Jeune Afrique, Paul Biya se serait rendu en Suisse pour recevoir des soins dans une clinique privée de Genève, après un malaise survenu lors de la fête nationale du 20 mai. Une partie de sa famille dont son frère et deux de ses enfants se trouverait également en Suisse.

Le silence du gouvernement, la parole du RDPC

Face à cette absence prolongée, le gouvernement camerounais garde le plus grand silence. Ni le ministre de la Communication René Emmanuel Sadi, ni la présidence n'ont donné d'informations sur l'état de santé du président ou sur une éventuelle date de retour.

Seul le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti présidentiel, a osé une réaction. Le 21 juillet, Jacques Fame Ndongo, ministre d'État et secrétaire national à la communication du RDPC, a affirmé : « Il n'y a aucune vacance de pouvoir au sommet de l'État ». Selon lui, le président est au travail et suit « méticuleusement les dossiers que lui soumettent ses collaborateurs, de visu ou par les moyens électroniques connus de tous ».

Le 15 juillet déjà, Christophe Mien Zok, directeur des organes de presse du RDPC, écrivait dans un éditorial du journal L'Action : « Le pouvoir n'est pas vacant et le Lion n'est pas parti. Il est encore là ».

Mais ces déclarations, loin d'apaiser la controverse, l'ont ravivée.

« Un exil de fait » : l'opposition hausse le ton

L'opposition camerounaise ne mâche pas ses mots. Le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), par la voix de son vice-président Mamadou Mota, pose une question cinglante : « À partir de combien de semaines d'absence physique l'exercice de la magistrature suprême devient-il une vue de l'esprit ? Quarante-cinq jours loin du territoire national, ce n'est pas un séjour, c'est un exil de fait ».

Le MRC s'amuse du « Cameroun qui serait devenu le premier pays au monde gouverné en télétravail clandestin ». Le Social Democratic Front (SDF) du député Joshua Osih estime que le pays fonctionne en « pilotage automatique ».

Le professeur Aba'a Oyono, soutien d'Issa Tchiroma lors de la dernière présidentielle, évoque quant à lui une situation de « vacance du pouvoir ». Le député d'opposition Jean-Michel Nintcheu a même saisi le Conseil constitutionnel pour qu'il constate cette vacance.

L'Union démocratique du Cameroun (UDC) a publié un communiqué jugeant que « la stabilité d'une République ne peut reposer sur le silence ou les suppositions ». Le parti appelle à l'ouverture « d'un chantier institutionnel pour encadrer les absences prolongées du chef de l'État ».

La réforme constitutionnelle inappliquée

Cette absence prolongée intervient dans un cadre institutionnel inédit. Le 14 avril 2026, une révision constitutionnelle a réintroduit la fonction de vice-président de la République, disparue depuis novembre 1982. Ce dispositif, censé sécuriser la continuité de l'État, n'a donné lieu à aucune nomination depuis son adoption, plus de trois mois plus tôt.

À défaut de vice-président désigné, c'est le mécanisme antérieur qui prévaudrait en cas de vacance constatée : l'intérim assuré par le président du Sénat. Mais aucun texte ne fixe une durée maximale d'absence du président hors du territoire national. Pas de disposition qui prévoit qu'un tel séjour entraîne automatiquement la constatation d'une vacance du pouvoir.

Ce vide juridique, combiné au silence des autorités, alimente toutes les spéculations.

Une communication présidentielle en crise

Au-delà de l'absence physique, c'est toute la stratégie de communication du pouvoir qui est en question. Présenté comme un simple « court séjour privé », le voyage de Paul Biya s'est transformé en une absence de 50 jours.

Le RDPC et le gouvernement se retrouvent pris au piège de leur propre communication. En refusant de reconnaître l'évidence qu'un homme de 93 ans peut avoir besoin de repos ou de soins médicaux ils alimentent la défiance des citoyens. Plutôt que de faire preuve de sobriété, l'appareil de communication s'embourbe dans des éléments de langage déconnectés de la réalité.

« Vouloir à tout prix nier l'évidence frise le ridicule et dessert l'institution présidentielle plus qu'autre chose », peut-on lire dans les réflexions citoyennes qui circulent sur les réseaux sociaux.

Le Cameroun en attente

Pendant que Paul Biya séjourne à Genève, le Cameroun, lui, n'a pas pris de vacances. Les dossiers économiques, sociaux et sécuritaires s'accumulent. La crise anglophone, qui a fait des milliers de morts et déplacé des centaines de milliers de personnes depuis 2017, reste sans solution. Les défis économiques inflation, chômage, dette publique attendent des arbitrages.

« Son absence donne l'impression que le Cameroun fonctionne, mais on en a juste l'impression », notait un observateur.

Le pays retient son souffle. La question n'est plus seulement de savoir quand Paul Biya rentrera. Elle est devenue : le système camerounais peut-il survivre à l'absence prolongée de celui qui en est le pivot ?

Scénarios pour l'après-50 jours

Plusieurs scénarios se dessinent :

Scénario 1 Le retour : Paul Biya rentre à Yaoundé dans les prochains jours. La communication officielle justifie son absence par un « repos médical » et la vie politique reprend son cours.

Scénario 2 La prolongation : Le séjour à Genève s'étend encore. Le RDPC continue d'assurer que « le président est au travail ». L'opposition monte le ton. Le malaise s'installe.

Scénario 3 La nomination d'un vice-président : Pour sécuriser la continuité de l'État, Paul Biya nomme un vice-président depuis Genève. C'est la solution prévue par la réforme constitutionnelle d'avril.

Scénario 4 La vacance du pouvoir : Le Conseil constitutionnel est saisi. Une période d'intérim s'ouvre. Le Cameroun entre dans une phase d'incertitude politique inédite depuis 1982.

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